Hajjar El Haïti
07 Mai 2026
À 17:16
L’actualité sanitaire mondiale a été récemment secouée par l’apparition d’un foyer de
hantavirus à bord d’un navire de croisière en plein Atlantique. Selon les autorités sanitaires internationales, dont le
Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), sept cas ont été recensés à ce stade, dont deux confirmés et cinq suspects, avec un bilan lourd de trois décès.
Si ce type de cluster attire l’attention, les experts rappellent que les cas groupés observés en milieu maritime sont le plus souvent liés à un foyer de risque environnemental, notamment une exposition à des rongeurs dans les cales ou les zones de stockage. Toutefois, dans le cas présent, l’enquête épidémiologique se poursuit afin de déterminer avec précision l’origine de la contamination, ainsi que la possibilité, rare mais étudiée, d’une transmission interhumaine, en particulier au regard de la souche suspectée.
Vacances d’été : aucun impact à redouter
Dans ce contexte, la question d’un éventuel impact sur les déplacements estivaux se pose. Pour le
Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, la réponse est sans équivoque. «Il n’y a aucune menace sur les vacances d’été, ni cette année ni dans les années à venir». Le spécialiste insiste sur un point clé : «La transmission interhumaine est quasi nulle. Elle reste extrêmement rare et n’a été observée que pour une souche spécifique en Amérique du Sud, la souche Andes».
Dans ces conditions, une propagation à grande échelle apparaît hautement improbable. «Pour devenir un virus pandémique, le hantavirus a encore beaucoup de chemin à parcourir», souligne-t-il.
Au Maroc, aucune inquiétude particulière n’est signalée à ce stade. «À ce jour, il n’existe aucune donnée officielle faisant état de cas au Maroc», indique Dr Tayeb Hamdi.
Le pays dispose néanmoins d’un dispositif de vigilance. Le système de santé marocain s’appuie sur un réseau national de surveillance épidémiologique, complété par des laboratoires de référence capables de diagnostiquer d’éventuels cas importés.
Un virus transmis par les rongeurs
Le hantavirus appartient à la famille des hantaviridae. Son réservoir naturel est constitué de rongeurs, notamment les souris et les rats.
La contamination humaine survient principalement par l’inhalation de particules contaminées (urine, salive ou excréments), le contact direct avec des plaies et, plus rarement, par morsure.
La maladie débute généralement par des symptômes non spécifiques : fièvre, douleurs musculaires (notamment au dos et aux cuisses), fatigue et maux de tête.
Dans certains cas, elle peut évoluer vers des formes graves, à savoir le Syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), provoquant une détresse respiratoire, et la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR). Le taux de létalité peut atteindre jusqu’à 50% dans les formes sévères.
Pas de traitement spécifique, mais des gestes préventifs efficaces
Dr Tayeb Hamdi affirme, par ailleurs, qu’à ce jour, aucun vaccin ni antiviral spécifique n’est disponible. La prise en charge repose sur des soins de soutien, notamment en réanimation. «La prévention reste essentielle. Il faut éviter de balayer à sec les zones à risque, privilégier un nettoyage humide avec désinfectant, aérer les espaces clos et porter des équipements de protection», recommande le médecin.
Un virus ancien dans un contexte environnemental changeant
Au-delà de cet épisode ponctuel, le hantavirus reste une maladie peu fréquente à l’échelle mondiale, bien que présente de manière endémique dans certaines régions. Selon les données des organismes internationaux de santé, notamment l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et les réseaux de surveillance épidémiologique, plusieurs dizaines de milliers de cas sont recensés chaque année, dont près de 90% en Asie et en Europe, principalement en Chine, tandis que les Amériques concentrent environ 10% des infections.
Bien que des pathologies similaires aient été décrites depuis des siècles, le virus n’a été formellement identifié qu’en 1976 en Corée du Sud. Les estimations actuelles évoquent environ 150.000 cas par an dans le monde, avec une forte concentration en Asie de l’Est.
Dans ce contexte, les spécialistes soulignent le rôle des changements climatiques et des perturbations des écosystèmes, susceptibles de modifier les habitats des rongeurs et d’augmenter les contacts avec les populations humaines, favorisant ainsi les risques d’exposition.
En définitive, malgré un regain d’attention médiatique, le hantavirus ne constitue pas une menace immédiate pour la population générale. À l’approche de la saison estivale, il est nécessaire de rester informé sans s’alarmer, tout en maintenant une surveillance attentive de l’évolution du virus et d’éventuelles modifications de ses caractéristiques à long terme.