Horaires de repas irréguliers : quels risques pour le cœur ?
On pense souvent que la santé dépend avant tout de ce que l’on mange : la qualité des aliments, les quantités consommées ou encore l’équilibre de l’alimentation. Mais ces critères ne seraient pas les seuls à entrer en jeu : le moment auquel nous prenons nos repas pourrait aussi avoir son importance. C’est en tout cas ce que suggère une étude française menée auprès de plus de 100.000 adultes et publiée récemment dans la revue scientifique «Communications Medicine». Les chercheurs se sont intéressés à l’impact du «jetlag alimentaire», c’est-à-dire le décalage des horaires de repas entre les jours de travail et les jours de repos, sur la santé cardiovasculaire. Les résultats suggèrent que, chez les hommes, chaque heure supplémentaire de décalage est associée à une hausse de 14% du risque de maladie cardiovasculaire. Pour mieux comprendre ce phénomène et ses implications, «Le Matin» a sollicité l’avis du Dr Hamza Hajbaoui, médecin urgentiste. L’occasion de revenir avec lui sur les effets possibles de ces changements de rythme, notamment chez les personnes travaillant selon des horaires décalés ou de nuit, mais aussi sur les principaux signes cardiovasculaires qui doivent alerter et conduire à consulter en urgence.
Dr Hamza Hajbaoui
Nabila Bakkass
11 Septembre 2026
À 12:34
Le Matin : Qu’entend-on exactement par «jetlag alimentaire» et comment l’irrégularité des horaires de repas peut-elle affecter le système cardiovasculaire ?
Dr Hamza Hajbaoui : Le «jetlag alimentaire» désigne le décalage entre les horaires auxquels une personne mange pendant ses jours de travail et ceux auxquels elle mange pendant ses jours de repos ou le week-end. Par exemple, quelqu’un qui prend habituellement son petit-déjeuner à 7 heures et son dîner à 19 heures pendant la semaine, mais qui décale régulièrement ses repas de deux ou trois heures le week-end, présente ce que l’on appelle un jetlag alimentaire. Notre organisme fonctionne selon une horloge biologique d’environ 24 heures, appelée rythme circadien. Cette horloge régule notamment le sommeil, la tension artérielle, la sécrétion hormonale, la glycémie et le métabolisme des graisses. Les repas constituent eux aussi un signal important pour certaines de nos horloges biologiques périphériques. Lorsque les horaires alimentaires changent constamment, cela pourrait donc créer un décalage entre ces différents rythmes. À long terme, cette désynchronisation pourrait favoriser certains facteurs de risque cardiovasculaire, notamment des perturbations de la glycémie, du métabolisme lipidique ou de la pression artérielle. Il faut cependant rester prudent : cette étude met en évidence une association et ne permet pas, à elle seule, d’affirmer un lien direct de cause à effet.