Société

Innovation Week Awards 2026 : des projets marocains primés

L’Innovation Week Awards 2026 a hissé plusieurs inventeurs marocains parmi les meilleures innovateurs de cette édition internationale organisée en ligne. Portée par l’OFEED, plateforme marocaine dédiée à la promotion de l’innovation et des inventeurs, cette édition a également introduit une évolution notable dans l’évaluation des projets, avec le recours à un jury assisté par intelligence artificielle. Hassan Ammor, professeur à l’Université Mohammed V de Rabat, y a obtenu l’Academic Grand Prize pour un projet de lutte contre la fraude aux examens.

19 Juin 2026 À 16:20

Au-delà du palmarès, l’Innovation Week Awards 2026 se distingue par l’introduction d’un dispositif inédit d’évaluation en direct assistée par intelligence artificielle. Les participants ont défendu leurs projets lors d’échanges vidéo interactifs avec un jury IA, chargé d’analyser les innovations selon les critères de la compétition. La nouveauté ne tient pas seulement à la technologie mobilisée. Elle touche à la manière même d’évaluer les projets, avec l’ambition de renforcer la cohérence, la transparence et l’efficacité des compétitions internationales d’innovation.
Dans cette édition organisée en ligne, plusieurs innovations portées par des inventeurs marocains ont été classées parmi les meilleures de la compétition. L’OFEED a annoncé, en juin courant, les résultats de cette première édition en ligne de l’Innovation Week Awards, qui réunit inventeurs, chercheurs, startups, universités et jeunes talents de plusieurs pays. L’événement coïncide avec le 10e anniversaire de l’OFEED et le 8e anniversaire de l’Innovation Week Awards, lancé en 2019 et présenté par ses organisateurs comme une plateforme de valorisation de l’innovation scientifique et technologique.


Une innovation au service de l’évaluation académique
Hassan Ammor, professeur à l’Université Mohammed V de Rabat et inventeur à la Cité de l’innovation, a obtenu l’Academic Grand Prize, l’une des principales distinctions de cette édition. Le projet primé porte sur la lutte contre la fraude aux examens, à travers une solution qui combine intelligence artificielle, analyse des données et technologies numériques avancées. La portée du projet tient d’abord à son terrain d’application. Avec la numérisation croissante de l’enseignement et des modes d’évaluation, la fraude académique touche directement à la fiabilité des examens, à l’équité entre les candidats et à la crédibilité des diplômes. En traitant ce point sensible, l’innovation distinguée dépasse la seule performance technologique. Elle répond à un besoin institutionnel concret, au croisement de l’éducation, de la gouvernance universitaire et de la transformation numérique.


Des innovations marocaines dans le Top 20 mondial
Le palmarès marocain de l’Innovation Week Awards 2026 ne se résume pas à l’Academic Grand Prize obtenu par Hassan Ammor. Les travaux distingués, menés avec Jalal Baayer et Zakaria Er-Reguig, de l’École Mohammadia d’Ingénieurs, figurent également parmi les meilleures innovations internationales de cette édition. Les trois inventeurs marocains ont été classés parmi les Top 20 Gold Medal Winners, qui regroupent les projets les mieux évalués de la compétition. Cette présence marocaine dans le haut du classement s’exprime dans plusieurs champs d’application. Elle concerne notamment un scanner intelligent destiné à la détection du cancer du sein par imagerie micro-ondes, ainsi qu’une antenne micro-ruban pour GSM conçue pour limiter les interactions thermiques liées aux ondes électromagnétiques. De la santé aux télécommunications, ces projets illustrent une recherche appliquée sur des sujets à fort enjeu scientifique, technologique et sociétal.


L’IA comme nouvel outil d’évaluation scientifique
L’une des singularités de cette édition reste l’introduction d’un jury IA. Présenté comme une première mondiale par les organisateurs, ce dispositif entend compléter l’expertise humaine et améliorer la lecture comparative des projets. Il ouvre cependant un débat plus large : jusqu’où l’intelligence artificielle peut-elle intervenir dans l’évaluation de la créativité, de la pertinence scientifique et du potentiel d’impact d’une innovation ? Cette question donne à l’édition 2026 une portée particulière. Elle ne célèbre pas seulement des inventeurs ; elle expérimente une nouvelle manière de juger l’innovation. Dans un domaine où les critères peuvent varier selon les disciplines, les cultures scientifiques et les niveaux de maturité technologique, l’usage de l’IA interroge autant qu’il promet.


De la médaille au déploiement : le vrai test de l’innovation
Ces distinctions confirment le dynamisme d’une partie de la recherche marocaine, notamment au sein de l’Université Mohammed V de Rabat. Elles rappellent aussi un enjeu plus structurel : la capacité à transformer des inventions primées en solutions financées, protégées, industrialisées et déployées. La reconnaissance internationale constitue une étape importante. Elle ne suffit toutefois pas à garantir l’impact réel d’un projet. Entre le laboratoire, le brevet, le prototype, le financement, le partenariat industriel et l’usage final, le parcours reste exigeant. C’est sur ce terrain que se joue désormais une partie de la crédibilité de l’écosystème national de l’innovation.



Entretien avec le professeur à l’Université Mohammed V de Rabat et inventeur à la Cité de l’innovation

Hassan Ammor : «Les distinctions internationales constituent une étape très importante, mais elles ne représentent finalement que le début du véritable parcours de l’innovation»



Le Matin : Pr Hassan Ammor, vous venez de décrocher le prestigieux Academic Grand Prize. Que représente cette distinction pour vous et pour de la Cité de l’innovation de l’Université Mohammed V ?
Hassan Ammor : Cette distinction dans la compétition internationale des inventeurs IWA 2026 représente avant tout une immense reconnaissance du travail collectif mené depuis plusieurs années au sein de l’École Mohammadia d’Ingénieurs, Université Mohammed V de Rabat et plus particulièrement de la Cité de l’Innovation de Rabat. Recevoir un prestigieux «Academic Grand Prize» constitue pour moi un honneur personnel, mais également une consécration pour toute une équipe de docteurs, chercheurs et doctorants engagés dans une dynamique d’innovation utile à la société. Cette distinction confirme que la recherche scientifique marocaine est capable de rivaliser au plus haut niveau international lorsque les compétences, la vision et l’accompagnement institutionnel sont réunis. Elle traduit aussi la montée en puissance de l’écosystème d’innovation de l’Université Mohammed V, qui œuvre à transformer les résultats de la recherche en solutions concrètes à fort impact technologique et sociétal.

Pour la Cité de l’Innovation, ce Prix représente une reconnaissance internationale de son rôle comme plateforme de valorisation, de transfert technologique et d’accompagnement des projets innovants et des startups. Il démontre que notre université ne se limite plus uniquement à la formation et à la recherche académique, mais qu’elle devient également un acteur majeur de l’innovation entrepreneuriale et du développement technologique au Maroc. Cette récompense constitue également un message fort adressé aux jeunes chercheurs marocains : avec de la persévérance, de la créativité et un environnement favorable, il est possible de produire une innovation de niveau mondial depuis le Maroc. Nos différentes distinctions internationales dans les domaines de la santé, de l’intelligence artificielle et des technologies radiofréquences illustrent cette ambition et cette capacité d’excellence.

Parlez-nous de votre projet récompensé ? en quoi consiste-t-il ? quelle est son importance ?
Le premier projet récompensé porte sur le développement d’un système intelligent, basé sur des antennes micro-cellulaires et des technologies de radiofréquence, destiné à lutter contre la triche électronique lors des examens et concours. Cette solution innovante a été conçue pour répondre à un enjeu devenu majeur dans les établissements d’enseignement : l’utilisation croissante d’appareils de communication miniaturisés et de dispositifs électroniques sophistiqués permettant des fraudes difficiles à détecter par les méthodes classiques de surveillance. Le système repose sur un réseau d’antennes micro-cellulaires intelligentes capables de détecter, d’analyser et de localiser les signaux radiofréquences émis dans une salle d’examen. Grâce à des techniques avancées de traitement du signal et à l’intégration de l’intelligence artificielle, la plateforme peut identifier des communications suspectes provenant de téléphones, oreillettes sans fil, dispositifs connectés ou autres équipements électroniques utilisés à des fins de triche. L’un des aspects innovants du projet réside dans sa capacité à fonctionner en temps réel avec une grande précision, tout en minimisant les perturbations sur les réseaux autorisés. Le système peut également générer des alertes intelligentes, cartographier les zones d’émission suspectes et assister les responsables de surveillance dans la sécurisation des examens.

L’importance de cette innovation est à la fois pédagogique, technologique et sociétale. Elle contribue à renforcer l’intégrité académique, à préserver l’égalité des chances entre les candidats et à protéger la crédibilité des diplômes et des concours. Dans un contexte où les technologies de communication évoluent très rapidement, il devient essentiel de développer des solutions intelligentes capables d’accompagner les institutions éducatives dans la sécurisation des environnements d’évaluation. Ce projet illustre également la capacité de la recherche marocaine à proposer des technologies avancées dans des domaines stratégiques mêlant télécommunications, intelligence artificielle, cybersécurité et systèmes embarqués. Il montre que l’innovation peut répondre à des problématiques concrètes du quotidien tout en ouvrant des perspectives de valorisation industrielle et de transfert technologique au sein de l’écosystème de l'Université Mohammed V de Rabat et de sa Cité de l’Innovation.

Le deuxième projet récompensé s’inscrit dans le domaine des technologies médicales innovantes appliquées à la santé féminine, et plus particulièrement à la détection précoce du cancer du sein. Il repose sur le développement d’un dispositif intelligent utilisant les radiofréquences et l’intelligence artificielle afin de détecter des anomalies mammaires de manière précoce, rapide, non invasive et sans recours aux rayonnements ionisants. L’idée principale du projet est d’exploiter l’interaction des ondes électromagnétiques non ionisantes avec les tissus biologiques. Grâce à des capteurs et à des algorithmes avancés d’analyse de données, le système est capable d’identifier des variations suspectes dans les propriétés des tissus mammaires pouvant indiquer la présence d’anomalies ou de lésions précoces. L’intégration de l’intelligence artificielle permet d’améliorer la précision du diagnostic et d’assister les professionnels de santé dans l’interprétation des résultats.

L’importance de ce projet réside dans plusieurs aspects majeurs. D’abord, il vise à proposer une solution plus accessible et moins contraignante que certaines méthodes conventionnelles, notamment pour le dépistage régulier. Ensuite, l’utilisation d’ondes non ionisantes représente un avantage important en matière de sécurité et de confort pour les patientes. Enfin, cette technologie a été pensée pour répondre aux besoins des pays en développement, où l’accès aux équipements médicaux coûteux reste parfois limité. Au-delà de l’innovation technologique, ce projet porte également une dimension sociale et humaine très forte. Le cancer du sein demeure l’un des cancers les plus fréquents chez les femmes, et la détection précoce joue un rôle déterminant dans l’amélioration des chances de guérison. Notre ambition est donc de contribuer à démocratiser l’accès au dépistage précoce grâce à une technologie marocaine innovante, portable et potentiellement déployable à grande échelle. Cette reconnaissance internationale confirme que la recherche scientifique marocaine peut apporter des solutions concrètes à des enjeux mondiaux de santé publique, tout en favorisant le transfert technologique, l’innovation biomédicale et la création de valeur à travers l’écosystème de la Cité de l’Innovation de l’Université Mohammed V de Rabat.

Le troisième projet récompensé porte sur l’invention et le développement d’une antenne micro-ruban innovante destinée aux systèmes de communication GSM, avec pour principal objectif de réduire les effets thermiques et les interactions des ondes électromagnétiques avec la tête humaine lors de l’utilisation des appareils mobiles. Cette recherche s’inscrit dans le domaine des télécommunications et de la compatibilité électromagnétique, à un moment où l’utilisation intensive des technologies sans fil soulève de nombreuses questions liées à l’exposition aux champs électromagnétiques. L’innovation proposée consiste à concevoir une antenne micro-ruban optimisée capable d’améliorer les performances de transmission tout en diminuant l’absorption de l’énergie électromagnétique par les tissus biologiques, notamment au niveau de la tête. Le système repose sur une architecture d’antenne avancée utilisant des techniques de miniaturisation, de contrôle du rayonnement et d’optimisation des champs électromagnétiques. Grâce à une conception intelligente et à des simulations électromagnétiques précises, le projet permet de réduire le taux d’absorption spécifique (SAR), qui représente la quantité d’énergie absorbée par le corps humain lors de l’utilisation d’un téléphone mobile.

L’importance de cette invention est double. D’un point de vue technologique, elle contribue au développement de systèmes de communication plus performants, plus sûrs et mieux adaptés aux exigences des technologies sans fil modernes. D’un point de vue sanitaire, elle vise à limiter les effets thermiques potentiels liés à l’exposition prolongée aux ondes électromagnétiques, en améliorant l’interaction entre l’antenne et le corps humain. Ce projet démontre également la capacité de la recherche marocaine à produire des innovations avancées dans les domaines des télécommunications, des radiofréquences et de l’ingénierie électromagnétique. Il illustre l’importance de développer des technologies conciliant performance, sécurité et respect des normes internationales d’exposition électromagnétique. Cette innovation ouvre enfin des perspectives importantes dans plusieurs secteurs, notamment les télécommunications mobiles, les objets connectés, les dispositifs médicaux sans fil et les systèmes de communication intelligents développés au sein de l’Université Mohammed V de Rabat et de sa Cité de l’Innovation.


La compétition a connu l’introduction d’un système d’évaluation en direct assistée par intelligence artificielle. Pourriez-vous nous expliquer cette nouveauté ?
L’une des grandes nouveautés de cette compétition a effectivement été l’intégration d’un système d’évaluation en direct assisté par intelligence artificielle, ce qui marque une évolution importante dans la manière d’évaluer les projets scientifiques et technologiques à l’échelle internationale. Concrètement, ce système repose sur des outils d’analyse intelligents capables d’accompagner le jury dans l’évaluation des projets selon plusieurs critères objectifs, notamment le degré d’innovation, l’impact scientifique et sociétal, la faisabilité technologique, le potentiel de valorisation économique ainsi que l’originalité de la solution proposée. L’intelligence artificielle intervient principalement comme un outil d’aide à la décision. Elle permet d’analyser en temps réel les données liées aux projets présentés, de comparer certains indicateurs techniques et même d’assister dans l’identification des points forts et des axes d’amélioration des innovations présentées. Cela contribue à rendre l’évaluation plus rapide, plus transparente et plus harmonisée, tout en réduisant certains biais subjectifs pouvant exister dans les évaluations classiques.

Cette approche illustre également la transformation numérique que connaissent aujourd’hui les grandes compétitions scientifiques internationales. L’IA ne remplace évidemment pas l’expertise humaine des jurys, mais elle agit comme un système de soutien intelligent permettant d’améliorer la qualité et la précision des évaluations. Pour nous, chercheurs et innovateurs, cette expérience dans la compétition internationale des inventeurs IWA 2026 a été particulièrement enrichissante, car elle montre que l’intelligence artificielle devient désormais un outil transversal au service non seulement de la recherche scientifique, mais aussi des processus d’évaluation, de gestion de l’innovation et de transfert technologique. Cette initiative ouvre probablement la voie à une nouvelle génération de compétitions scientifiques plus interactives, basées sur l’analyse de données avancée et les technologies intelligentes, en parfaite cohérence avec les transformations actuelles du monde de la recherche et de l’innovation.


Cette distinction inscrit des travaux marocains dans une compétition internationale dédiée à l’innovation. Que révèle-t-elle, selon vous, du niveau atteint aujourd’hui par la recherche marocaine dans les technologies avancées ?
Cette distinction révèle avant tout que la recherche marocaine a atteint aujourd’hui un niveau de maturité scientifique et technologique lui permettant de se positionner de manière crédible dans les grandes compétitions internationales dédiées à l’innovation et aux technologies avancées. Pendant longtemps, la recherche dans les pays émergents était souvent perçue comme essentiellement académique ou limitée à la production scientifique classique. Aujourd’hui, nous constatons une évolution très importante : les chercheurs marocains développent désormais des solutions technologiques concrètes, interdisciplinaires et orientées vers l’impact sociétal, notamment dans des domaines stratégiques comme l’intelligence artificielle, les technologies médicales, les télécommunications, les énergies renouvelables, la cybersécurité ou encore l’industrie 4.0. Le fait qu’un projet marocain soit distingué dans une compétition internationale de haut niveau montre que le Maroc dispose désormais de compétences scientifiques capables de répondre aux standards internationaux en matière d’innovation, de créativité technologique et de valorisation de la recherche. Cela traduit également la qualité croissante de nos laboratoires, de nos structures de recherche et des écosystèmes d’innovation développés au sein d’institutions comme l’Université Mohammed V de Rabat et sa Cité de l’Innovation.

Cette reconnaissance internationale démontre aussi que le Maroc est en train de construire progressivement une véritable souveraineté technologique fondée sur le savoir, la recherche appliquée et le transfert technologique. Nous voyons aujourd’hui émerger une nouvelle génération de chercheurs et d’innovateurs marocains capables non seulement de produire de la connaissance scientifique, mais aussi de transformer cette connaissance en technologies à fort potentiel économique et social. Cependant, cette avancée doit également nous encourager à renforcer davantage l’investissement dans la recherche et développement, l’accompagnement des startups technologiques, la protection de la propriété intellectuelle et les partenariats entre université et industrie. Les compétences existent, les idées existent et les résultats internationaux le confirment. Il faudrait les moyens financiers nécessaires pour assurer le transfert technologique. L’enjeu est de transformer cette dynamique scientifique en véritable moteur de développement économique et technologique pour le Maroc et pour l’Afrique.


Plusieurs inventions marocaines ont été distinguées dans cette édition. Comment faire pour que ces reconnaissances internationales deviennent, au Maroc, des projets réellement développés, financés et adoptés par les secteurs concernés ?
Les distinctions internationales constituent une étape très importante, mais elles ne représentent finalement que le début du véritable parcours de l’innovation. Le plus grand défi aujourd’hui n’est plus uniquement de concevoir des inventions performantes, mais surtout de réussir leur transformation en produits, technologies ou solutions réellement intégrés dans l’économie et les secteurs stratégiques du pays. Pour y parvenir, plusieurs conditions sont essentielles. D’abord, il est nécessaire de renforcer les mécanismes de financement de l’innovation technologique. Beaucoup de projets marocains primés à l’international disposent d’un fort potentiel – le meilleur exemple en est notre médaille d’argent à Silicon Valley à Santa Clara, aux États-Unis en 2025 –, mais rencontrent des difficultés lors de la phase de prototypage industriel, de certification ou de mise sur le marché. Il devient donc indispensable de développer davantage de fonds dédiés à la deep-tech, à la valorisation universitaire et aux startups technologiques issues de la recherche scientifique. Ensuite, il faut consolider le lien entre l’université, l’industrie et les institutions publiques. Une innovation ne peut avoir d’impact réel que lorsqu’elle répond à un besoin concret du marché ou de la société. Les entreprises doivent être davantage impliquées dans les projets de recherche dès les premières phases de développement afin de faciliter le transfert technologique et l’adoption des solutions innovantes. La question de la propriété intellectuelle est également fondamentale. Les chercheurs marocains produisent aujourd’hui des inventions de très haut niveau, mais il est crucial d’accompagner davantage les équipes dans le dépôt de brevets, la protection des technologies et la création de spin-offs technologiques capables de porter ces innovations vers le marché international. Par ailleurs, il est important que les administrations et les secteurs publics deviennent eux-mêmes des moteurs d’innovation. Dans des domaines comme la santé, l’énergie, l’agriculture ou les technologies numériques, l’État peut jouer un rôle déterminant en soutenant les expérimentations, les phases pilotes et l’intégration des technologies marocaines dans les politiques publiques.

Enfin, il faut continuer à développer une véritable culture nationale de l’innovation. Les distinctions internationales montrent que le potentiel scientifique marocain est réel. L’enjeu maintenant est de créer un environnement où le chercheur, l’ingénieur, l’investisseur et l’entrepreneur travaillent ensemble dans une logique d’écosystème. Je pense sincèrement que le Maroc dispose aujourd’hui des compétences humaines et scientifiques nécessaires pour devenir un acteur régional majeur dans les technologies avancées. Les succès internationaux récents ne doivent pas être perçus comme des réussites isolées, mais comme les signes d’une transformation profonde de notre système national d’innovation, portée notamment par des institutions comme la Cité de l’Innovation de l’Université Mohammed V de Rabat.


Si vous aviez un message ou un conseil aux jeunes chercheurs marocains, quel serait-il ?
Mon message aux jeunes chercheurs marocains est avant tout un message de confiance et d’ambition. Le Maroc possède aujourd’hui une jeunesse extrêmement talentueuse, créative et capable de produire une recherche scientifique de très haut niveau. Il ne faut jamais sous-estimer la capacité de nos compétences nationales à rivaliser sur la scène internationale. Je leur dirais d’abord de croire en leurs idées, même lorsqu’elles paraissent ambitieuses ou difficiles à réaliser. Beaucoup d’innovations naissent justement de défis complexes et de problématiques que d’autres considèrent impossibles à résoudre. La recherche demande de la patience, de la persévérance et une grande capacité à apprendre de l’échec. Chaque difficulté peut devenir une étape vers une découverte plus importante.

Je les encourage également à travailler sur des projets qui répondent à de vrais besoins de la société. Aujourd’hui, les grandes avancées scientifiques se situent souvent à l’intersection de plusieurs disciplines : intelligence artificielle, santé, électronique, énergie, robotique, cybersécurité ou technologies vertes. Les chercheurs capables de combiner ces domaines auront un rôle majeur dans le monde de demain. Il est aussi essentiel de développer une culture de l’innovation et de la valorisation. La publication scientifique est importante, mais il faut également penser au transfert technologique, aux brevets, aux startups et à l’impact concret des recherches sur l’économie et la société. La science doit être un moteur de développement humain et technologique.

Je leur conseille enfin de rester ouverts sur le monde, de participer aux compétitions internationales, de collaborer avec des équipes multidisciplinaires et de saisir toutes les opportunités de formation et de réseautage scientifique. Les expériences internationales permettent non seulement d’acquérir de nouvelles compétences, mais aussi de montrer que les chercheurs marocains ont pleinement leur place dans les grands écosystèmes mondiaux de l’innovation. Le plus important est de garder la passion de chercher, d’innover et de contribuer. Les défis sont nombreux, mais les opportunités le sont tout autant. Le Maroc a besoin aujourd’hui d’une génération de chercheurs capables non seulement de produire de la connaissance, mais aussi de construire les technologies et les solutions qui façonneront l’avenir du pays et du continent africain.
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