Saloua Islah
08 Septembre 2026
À 14:10
Depuis quelques jours, les
réseaux sociaux du monde entier semblent avoir remonté le temps jusqu’aux
années 1980. À l’origine de ce voyage virtuel dans le passé,
un nouveau trend qui déferle sur les fils d’actualité : cheveux volumineux, brushings XXL, maquillage appuyé, moustaches épaisses, vestes aux épaules imposantes et portraits de studio aux couleurs légèrement passées. Sur
Instagram, Facebook et TikTok, les visages d’aujourd’hui prennent ainsi l’allure de portraits photographiés il y a quarante ans.
Au
Maroc, la tendance a rapidement séduit artistes, influenceurs et internautes, parmi lesquels
Asmaa Lmnawar, Dounia Batma, Saad Lamjarred, Simo Sedraty et Fatimazahra Ibrahimi, qui ont dévoilé leur version « années 80 ».
Abdelaziz Stati, lui, n’a pas eu besoin de l’IA pour remonter le temps : le chanteur a simplement ressorti une véritable photo de jeunesse prise à l’époque.
Dans le monde arabe,
Ahmed Helmy et Hana El Zahed ont également adopté l’esthétique rétro générée par intelligence artificielle.
Yousra et Leila Elwi ont choisi de faire exactement l’inverse : plutôt que de demander à l’IA de les imaginer dans les années 80, les deux actrices égyptiennes ont puisé dans leurs propres souvenirs et partagé de véritables clichés de cette période.
Mais l’ampleur du phénomène se mesure surtout à l’engouement qu’il suscite auprès du grand public, bien au-delà des célébrités et des influenceurs qui lui ont donné de la visibilité. En moins d’une semaine, le hashtag associé au trend affiche déjà près de
4 millions de publications sur Instagram, tandis que les
portraits rétro se multiplient dans les fils d’actualité et les stories.
Comment participer au trend des années 80 ?
Reproduire la tendance ne nécessite aucune compétence particulière en retouche photo. La transformation peut être réalisée directement avec
ChatGPT ou Google Gemini, en important une photographie nette et bien éclairée sur laquelle le visage apparaît clairement. Il suffit ensuite de demander à
l’intelligence artificielle de préserver les traits et l’identité de la personne, tout en recréant les principaux codes visuels des années 1980 : coiffure, vêtements, lumière, couleurs et rendu argentique.
L’instruction peut, par exemple, être formulée ainsi :
« À partir de ma photo, crée un portrait photoréaliste de moi dans les années 1980. Préserve fidèlement mon visage, mes traits et mon identité. Ajoute une coiffure volumineuse, des vêtements authentiques de cette décennie et l’esthétique d’une photographie argentique 35 mm, avec un grain naturel, des couleurs légèrement passées et un éclairage typique de l’époque. Le résultat doit ressembler à une vraie photo prise dans les années 80, sans effet caricatural ».
Un mois après l’entrée en application des nouvelles règles européennes sur l’intelligence artificielle, l’AI Act entre dans l’épreuve des faits. Près de 190 organisations, parmi lesquelles plusieurs géants mondiaux de l’IA, ont déjà adhéré au code européen destiné à encadrer le marquage et l’étiquetage des contenus générés artificiellement, tandis que Bruxelles lance en septembre de nouveaux travaux sur sa mise en œuvre. Cette mise en conformité ne concerne pourtant pas les seules entreprises européennes : au Maroc, sociétés technologiques, médias, agences et créateurs de contenus peuvent eux aussi tomber sous le coup du règlement. Sollicités par «Le Matin», Me Nadège Martin et Me Alain Malek, du cabinet Norton Rose Fulbright, expliquent jusqu’où s’étend ce nouveau droit européen.
Pourquoi sommes-nous nostalgiques d’une époque que nous n’avons jamais vécue ?
« Zaman al-jamil », « l’époque où tout était plus beau »... Ces expressions accompagnent régulièrement le trend, parfois chez des internautes qui n’étaient même pas nés dans les années 1980. Le paradoxe n’est qu’apparent : il est possible de développer
une forme de nostalgie pour une époque dont on ne possède aucun souvenir personnel.
Cette familiarité avec un passé que l’on n’a pas connu se construit notamment à travers les albums de famille, les récits des parents et des grands-parents, les chansons, les films, les vêtements ou encore les objets transmis d’une génération à l’autre. Autant de références qui finissent par donner une place à cette décennie dans
l’imaginaire de personnes nées bien après sa disparition.
Cette mémoire transmise reste nécessairement sélective et incomplète, comme le montrent de nombreux travaux en psychologie consacrés à la mémoire et à la nostalgie. Chaque époque a connu ses avancées et ses difficultés, ses moments heureux comme ses crises, mais ce qui en traverse les générations n’en restitue jamais toute la complexité. Plusieurs études ont notamment mis en évidence un phénomène appelé rosy retrospection, ou
« rétrospection embellie », qui désigne la tendance à percevoir certaines expériences passées sous un jour plus favorable avec le recul.
Ce mécanisme peut ainsi contribuer à expliquer pourquoi une époque finit parfois par être imaginée comme plus simple, plus chaleureuse ou plus heureuse qu’elle ne l’était réellement. Il ne faut pas pour autant chercher derrière chaque
portrait rétro une quête d’un âge d’or perdu : pour beaucoup d’internautes, l’explication est beaucoup plus simple. Il s’agit de
suivre une tendance devenue virale, de s’amuser avec l’IA et, surtout, de découvrir à quoi ils auraient pu ressembler quarante ans plus tôt.