Lipœdème : une première rencontre pour briser le silence autour d’une maladie méconnue
Entre éclairage scientifique et témoignages de patientes, la première rencontre grand public consacrée au lipœdème, organisée à l’initiative de la Société marocaine du lipœdème et des pathologies associées, a mis en lumière une maladie encore peu connue du corps médical, avec pour objectif d’améliorer sa reconnaissance et sa prise en charge.
Hajjar El Haïti
14 Juin 2026
À 14:01
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À l’occasion du Mois international de sensibilisation au lipœdème, la Société marocaine du lipœdème et des pathologies associées (Moslipod) a organisé, le 10 juin dernier à Casablanca, le premier événement grand public consacré à cette maladie chronique qui touche principalement les femmes.
Dès les premières interventions, le ton était donné : il s’agissait de rendre visible une maladie encore largement absente des diagnostics médicaux courants. «Le lipœdème est un problème de santé publique qui exige une réponse médicale, scientifique et humaine à la hauteur de son ampleur», a souligné le Dr Fahd Benslimane, chirurgien-plasticien et président fondateur de Moslipod, dans son allocution.
Une maladie féminine encore massivement sous-diagnostiquée
Le lipœdème touche quasi exclusivement les femmes et se caractérise par une accumulation douloureuse et symétrique de graisse au niveau des membres inférieurs, résistante aux régimes et à l’activité physique. Longtemps confondu avec l’obésité ou une simple rétention d’eau, il reste très peu identifié par le corps médical.
Selon les données présentées lors de l’événement, la pathologie concernerait entre 1 femme sur 9 et 1 femme sur 5 dans le monde, tandis que moins de 5% des médecins seraient capables de la reconnaître. Le délai moyen de diagnostic oscille entre 10 et 18 ans.
«Beaucoup de patientes passent des années à entendre qu’il s’agit d’un manque d’effort ou d’un problème esthétique», a rappelé un intervenant médical, soulignant l’errance diagnostique et ses conséquences psychologiques.
Conférences, nutrition et nouvelles pistes thérapeutiques
Cette rencontre s’est articulée autour de plusieurs temps forts scientifiques. Le Dr Karim Benjelloun, spécialiste en nutrition, a insisté sur le rôle de l’inflammation dans la maladie et sur l’intérêt d’une approche alimentaire adaptée.
«Il ne s’agit pas d’un régime de plus, mais d’un outil thérapeutique», a-t-il expliqué, en référence aux études récentes montrant une amélioration de la douleur et de la qualité de vie grâce à une alimentation anti-inflammatoire structurée.
Les discussions ont également évoqué les avancées scientifiques récentes, notamment les travaux sur les signatures moléculaires du lipœdème et les perspectives de traitements ciblés.
Des témoignages au cœur de la mobilisation
Au-delà des données médicales, les récits de patientes ont marqué cet événement. Plusieurs femmes ont partagé des années d’errance, de consultations multiples et de diagnostics erronés avant la reconnaissance de leur maladie.Ces témoignages ont mis en lumière une réalité récurrente : l’invisibilité du lipœdème dans les parcours de soins et le soulagement lié à la pose d’un diagnostic enfin explicatif.
Un atelier d’expression a réuni une vingtaine de participantes autour de leurs vécus, attentes et perspectives. Les mots recueillis dessinent un constat commun : le besoin de reconnaissance médicale, de formation des praticiens et d’un accès plus précoce au diagnostic. «La sensibilisation est le secours et l’information est le trésor», résume l’une des participantes, illustrant l’enjeu central de cette première édition.
Une initiative appelée à s’inscrire dans la durée
Pour Moslipod, cet événement ne constitue qu’un point de départ. L’association ambitionne de structurer la prise en charge du lipœdème au Maroc et de renforcer la recherche dans ce domaine encore peu exploré.
En refermant cette première rencontre, les organisateurs ont insisté sur la nécessité de transformer la parole en action. Un message qui s’adresse autant aux professionnels de santé qu’aux institutions et au grand public.