Mathématiques : les filles décrochent à nouveau, l’écart avec les garçons se creuse
Selon une note conjointe de l’IEA et de l’UNESCO, fondée sur les résultats de l’étude TIMSS 2023, les écarts de performance en mathématiques entre filles et garçons se sont nettement accentués ces dernières années. Une tendance préoccupante qui s’observe dès le primaire et qui touche aussi bien les élèves en difficulté que les plus performants.
The hand that is written with the white chalk and the hand that shows the formula on the blackboard.
Majda Fadili
03 Mai 2026
À 11:54
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Les progrès en matière d’égalité entre filles et garçons en mathématiques marquent un net recul. C’est le constat dressé par une note publiée par l’IEA en partenariat avec l’UNESCO, qui s’appuie sur près de trois décennies de données issues des études internationales TIMSS. L’édition 2023 révèle une tendance préoccupante : les garçons surpassent de plus en plus les filles, notamment à la fin du primaire, où l’écart atteint des niveaux inédits depuis 1995.
Longtemps, les systèmes éducatifs avaient réussi à réduire ces disparités, certains atteignant même une forme de parité. Mais depuis 2019, la dynamique s’inverse. En 2023, la part des systèmes éducatifs où les garçons obtiennent de meilleurs résultats que les filles atteint son niveau le plus élevé depuis le lancement de l’étude, tandis que les situations d’équilibre deviennent minoritaires.
Cette évolution ne se limite pas à une moyenne globale. Elle traverse l’ensemble du spectre des performances. Chez les élèves les plus en difficulté, les filles sont de plus en plus nombreuses à ne pas atteindre le niveau minimal en mathématiques. En parallèle, elles restent sous-représentées parmi les meilleurs élèves. En quatrième année, aucun système éducatif ne présente d’avantage significatif en faveur des filles au niveau le plus élevé, tandis que les garçons dominent dans une large majorité des cas.
Au collège, la situation apparaît plus nuancée mais tout aussi préoccupante. Si certains pays continuent d’afficher des écarts en faveur des filles, la tendance globale reste à l’avantage des garçons, tant en bas qu’en haut de l’échelle des performances. En 2023, près de la moitié des systèmes éducatifs enregistrent des résultats supérieurs chez les garçons, confirmant que le phénomène dépasse le seul enseignement primaire.
Pour les auteurs de la note, ces écarts ne s’expliquent pas par des différences de capacités, mais par des facteurs liés à l’environnement d’apprentissage. Stéréotypes persistants, attentes différenciées des enseignants, moindre confiance des filles en leurs compétences ou encore participation inégale aux activités liées aux mathématiques contribuent à creuser ces disparités dès les premières années de scolarité.
La pandémie de Covid-19 a également aggravé la situation. Les fermetures prolongées d’écoles et les perturbations de l’apprentissage ont eu un impact plus marqué sur les filles, accentuant les retards et fragilisant leur confiance en elles, un facteur déterminant dans la réussite en mathématiques.
Face à ce constat, les organisations internationales appellent à une réaction rapide. Elles plaident pour des interventions précoces, dès le primaire, visant à renforcer la confiance des filles, à adapter les pratiques pédagogiques et à lutter contre les biais de genre en classe. Le recours à des approches actives, l’intégration d’activités ludiques et la valorisation de modèles féminins dans les disciplines scientifiques figurent parmi les pistes avancées.
Au-delà des salles de classe, c’est l’ensemble de l’écosystème éducatif qui est concerné. Familles, enseignants, décideurs publics et société dans son ensemble sont appelés à agir pour inverser une tendance qui, si elle se confirme, pourrait compromettre l’accès des filles aux filières scientifiques et, plus largement, aux métiers d’avenir.
Car au-delà de l’enjeu éducatif, la question est aussi économique et sociétale : dans un monde où les compétences en mathématiques et en sciences conditionnent l’innovation et le développement, laisser se creuser de telles inégalités revient à priver les sociétés d’une part essentielle de leur potentiel.