Saloua Islah
27 Juillet 2026
À 13:35
Selon les informations rapportées par
l'agence italienne ANSA, la présence de sang dans les poumons d'
Abderrahim Fakir constitue l'un des premiers éléments majeurs révélés par
l'autopsie. En médecine légale, cette constatation est généralement associée à une
détresse respiratoire survenue avant le décès. Elle peut notamment apparaître dans des situations d'asphyxie mécanique, lorsque la respiration est entravée par une compression prolongée du
thorax. Une hypothèse qui renvoie inévitablement aux images de
l'interpellation d'Abderrahim Fakir, maintenu au sol sous le poids de deux policiers exerçant
une pression au niveau du torse. Cette constatation peut toutefois également être observée dans d'autres contextes, notamment lors d'un œdème pulmonaire aigu ou dans certaines intoxications, particulièrement à la cocaïne, selon la même source. C'est précisément afin de départager ces différentes hypothèses que les médecins légistes ont procédé à
des prélèvements toxicologiques et histologiques, dont les résultats sont encore attendus.
L'examen médico-légal a également relevé
des éléments anatomopathologiques compatibles avec une
compression thoracique. Une observation qui fait une nouvelle fois écho aux images de l'interpellation, largement diffusées sur les réseaux sociaux. Pour autant, le parquet de
Bologne estime qu'il serait prématuré d'établir un lien direct entre ces constatations médico-légales et les images de l'intervention. Les experts devront encore déterminer si cette compression est compatible avec les techniques d'immobilisation utilisées lors de l'interpellation ou si elle pourrait également s'expliquer par d'autres circonstances, notamment les manœuvres de réanimation entreprises après l'arrêt cardio-respiratoire.
D'après l'ANSA, les investigations médico-légales se poursuivront au-delà de ces premières observations. Les spécialistes devront rechercher d'éventuelles
lésions internes ou osseuses, analyser les effets potentiels de l'utilisation d'un
spray au poivre lors de l'interpellation — alors que la victime n'était ni armée ni recherchée par les autorités italiennes — et reconstituer avec la plus grande précision le déroulement des dernières minutes précédant son
décès. Son dossier médical sera également examiné afin de déterminer si d'éventuelles pathologies préexistantes ont pu contribuer à l'issue fatale.
Les premiers éléments de l'autopsie ont déjà suscité de nombreuses réactions, notamment celle de
Fabio Anselmo, avocat de la famille Fakir. Adoptant une position prudente, il a indiqué à l'ANSA que les constatations relevées pouvaient être compatibles avec un « tableau d'asphyxie par compression », tout en rappelant que seules les conclusions définitives des experts permettront d'établir avec certitude les
causes du décès.
La
défense des deux policiers avance toutefois une lecture différente des premiers résultats médico-légaux. S'appuyant sur les observations de son propre médecin légiste, leur avocat
Gabriele Bordoni a affirmé auprès de l'ANSA que l'examen n'avait mis en évidence « aucun élément » permettant de conclure à un usage disproportionné de la force. Selon lui, aucune fracture ni lésion osseuse directement imputable à l'interpellation n'a été constatée. Il estime également nécessaire d'attendre les conclusions des analyses histologiques et toxicologiques avant de tirer toute conclusion définitive sur les circonstances du décès.
Avant même la publication des premiers éléments de l'autopsie, le ministre italien de l'Intérieur,
Matteo Piantedosi, avait publiquement appelé à la prudence concernant l'action des forces de l'ordre. Alors que les images de l'interpellation suscitaient une vive émotion en Italie comme au Maroc, il avait insisté sur la nécessité de ne pas tirer de conclusions hâtives et de laisser la justice établir les faits. Une position vivement critiquée par Fabio Anselmo. L'avocat, connu notamment pour avoir représenté les familles de Stefano Cucchi et Federico Aldrovandi, deux affaires emblématiques liées à des accusations de
violences policières en Italie, avait estimé que le ministre apportait son soutien aux agents concernés avant même que les
expertises médico-légales n'aient livré leurs conclusions.
Si
l'autopsie apporte aujourd'hui les premiers éléments scientifiques dans cette affaire, plusieurs interrogations demeurent. Les enquêteurs devront notamment identifier l'homme aperçu sur les images en train d'assister les policiers lors de l'immobilisation du défunt, déterminer avec précision le moment de l'intervention des
secouristes de la Croix-Rouge et établir pourquoi, selon les vidéos diffusées, les premiers gestes de secours semblent avoir été prodigués après que la victime eut cessé de réagir. L'enquête devra également examiner les conditions dans lesquelles l'interpellation s'est déroulée au regard de l'article 53 du
Code pénal italien, qui encadre le
recours à la force par les
agents de l'ordre. Autant d'éléments qui restent à éclaircir et qui seront déterminants pour établir les circonstances exactes de la mort du ressortissant marocain.