Société

Nipah, pas d’alerte au Maroc pour le moment

Classé parmi les virus les plus dangereux au monde en raison de sa forte létalité et de son potentiel pandémique, le virus Nipah refait surface dans l’actualité internationale. Si aucun risque immédiat ne concerne le Maroc, le Dʳ Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, appelle à une vigilance globale face à un agent pathogène encore sans vaccin ni traitement spécifique.

28 Janvier 2026 À 15:00

Le retour du virus Nipah dans l’actualité internationale, après la confirmation de nouveaux cas en Inde, suscite interrogations et inquiétudes bien au-delà des zones touchées. Au Maroc, la question d’un éventuel risque sanitaire se pose naturellement, mais pour le Dʳ Tayeb Hamdi, le constat est sans ambiguïté. «Il n’y a pas de risque spécifique, immédiat ou particulier pour le Maroc et pour les Marocains», affirme-t-il, soulignant que le Royaume ne fait pas partie des foyers connus de circulation du virus. Pour autant, cette absence de menace locale ne doit pas occulter la nature profondément préoccupante de ce virus à l’échelle mondiale.

Car le danger du virus Nipah ne réside pas seulement dans sa rareté, mais dans sa gravité extrême. «C’est un virus très grave, avec un taux de létalité estimé entre 40 et 75%, selon la qualité et la rapidité de la prise en charge», explique le Dʳ Hamdi, précisant que, dans les contextes sanitaires les plus fragiles, les conséquences humaines peuvent être dramatiques. «Sur cinq personnes infectées, on peut perdre entre deux et quatre patients», ajoute-t-il, rappelant que même les survivants ne sortent pas toujours indemnes de l’infection.



En effet, au-delà du risque de décès, le virus Nipah laisse des séquelles lourdes. «Environ une personne sur cinq qui survit garde des séquelles neurologiques à vie», indique le spécialiste, soulignant que l’encéphalite constitue l’une des formes les plus graves de la maladie. Les atteintes respiratoires sévères figurent également parmi les complications possibles, rendant l’évolution clinique souvent imprévisible et rapide.

Un virus rare, mais particulièrement redoutable

Découvert pour la première fois à la fin de l’année 1999 en Malaisie, le virus Nipah est aujourd’hui principalement observé en Asie du Sud et du Sud-Est, notamment en Inde et au Bangladesh. Il s’agit d’un virus zoonotique dont le principal réservoir naturel est la chauve-souris frugivore. «La transmission se fait surtout de manière indirecte, par des fruits contaminés par des chauves-souris infectées, ou via des animaux comme les porcs, qui servent d’hôtes intermédiaires», explique le Dʳ Tayeb Hamdi. Le contact avec des animaux malades ou la consommation de produits issus de ces animaux exposés au virus peuvent ainsi entraîner une infection chez l’être humain.

Plus préoccupant encore, une transmission interhumaine a été documentée, bien que restant limitée. «Ce n’est pas un virus qui se transmet facilement, mais des cas de transmission entre humains ont été confirmés, notamment au sein des familles ou parmi les soignants, lorsqu’il y a un contact étroit et prolongé sans mesures de protection», précise-t-il. Cette transmissibilité restreinte explique pourquoi le virus n’a, jusqu’à présent, pas provoqué de pandémie mondiale, contrairement à d’autres agents infectieux comme la grippe ou la Covid-19.

Pour autant, cette caractéristique n’enlève rien à la dangerosité du Nipah, dont l’infection peut débuter par des symptômes trompeurs. Les premiers signes cliniques évoquent souvent un syndrome grippal banal, avec de la fièvre, des douleurs musculaires, une fatigue intense et des maux de tête, ce qui complique parfois le diagnostic précoce. Rapidement, l’évolution peut devenir sévère, marquée par des troubles neurologiques tels que des vertiges, une désorientation, des troubles de l’équilibre, des convulsions, voire une encéphalite conduisant au coma. Dans d’autres cas, ce sont les voies respiratoires qui sont atteintes, entraînant une détresse respiratoire aiguë potentiellement mortelle.

C’est précisément cette gravité clinique, associée à un potentiel évolutif encore imprévisible, qui a conduit l’Organisation mondiale de la santé à classer le virus Nipah parmi les dix maladies prioritaires à haut risque. Pour le Dʳ Hamdi, l’enjeu est clairement tourné vers l’avenir. «Plus le virus infecte d’êtres humains, plus il a de chances d’acquérir des mutations qui faciliteraient sa transmission», alerte-t-il, rappelant que c’est ainsi que certaines maladies émergentes ont fini par déclencher des pandémies. Dans ce contexte, si le Maroc n’est pas exposé directement, il demeure concerné, comme l’ensemble des pays du monde, par une menace sanitaire globale qui impose anticipation et vigilance.

Pas de vaccin, mais des mesures de prévention essentielles

L’absence de vaccin et de traitement spécifique renforce cette nécessité de vigilance. «Il n’existe aujourd’hui ni vaccin ni traitement antiviral contre le virus Nipah, la prise en charge est uniquement symptomatique», souligne le médecin. La prévention demeure donc le principal levier, passant par la surveillance des cas, la protection des professionnels de santé, l’isolement des animaux infectés et la réduction des risques de transmission entre l’animal et l’homme. «Il faut être tranquille, il n’y a pas de risque particulier pour le Maroc, mais il faut rester conscients que nous faisons partie d’une même planète», conclut le Dʳ Tayeb Hamdi, appelant à une approche fondée sur l’anticipation, la prévention et la coopération internationale face aux menaces sanitaires émergentes.
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