Hajjar El Haïti
06 Juin 2026
À 15:21
La santé visuelle des Marocains est aujourd’hui confrontée à de nombreux défis qui, selon les ophtalmologistes libéraux, risquent d’affecter la qualité des soins et l’accès des patients à des traitements sûrs et innovants. Réuni jeudi dernier lors d’un point de presse autour d’une série de revendications jugées prioritaires, le Syndicat national des ophtalmologistes libéraux du Maroc (SNOLM) appelle à une mobilisation des pouvoirs publics et des acteurs du secteur pour engager des réformes qu’il considère devenues incontournables.
Le Syndicat rappelle que ces recommandations sont le fruit d’une large concertation menée lors du «SNOLM Day», organisé le 28 février dernier à Bouznika. Cette rencontre avait réuni ophtalmologistes, experts, sociétés savantes et représentants institutionnels autour d’un mémorandum national consacré aux priorités du secteur.
La greffe de cornée est une intervention relativement simple, susceptible de restaurer la vision. Au Maroc, elle demeure pourtant hors de portée pour une large partie des patients. Si entre 6.000 à 8.000 personnes en auraient besoin chaque année, selon l’OMS, seulement 500 à 600 personnes en bénéficient, soit 7 à 8% des besoins couverts. Deux ophtalmologues que nous avons sollicités, Mohsine El Bakkali et Bachiri Mahmoud, membres du Syndicat national des ophtalmologues libéraux du Maroc, décrivent une crise moins médicale que structurelle, marquée par le recul du prélèvement local, l’affaiblissement du secteur hospitalo-universitaire et une dépendance quasi totale à l’importation. Au terme de cette chaîne fragilisée, des patients attendent, parfois jusqu’à basculer dans un handicap durable.
Cataracte : des pratiques qui inquiètent la profession
Parmi les préoccupations majeures soulevées par le SNOLM figurent certaines campagnes de chirurgie de la cataracte réalisées, selon lui, en dehors des conditions optimales de sécurité. Le Syndicat estime que ces in terventions peuvent exposer les patients à des risques infectieux et à des complications postopératoires parfois irréversibles.
Pour les professionnels, ces pratiques contribuent aussi à banaliser un acte chirurgical complexe tout en créant une concurrence jugée déloyale vis-à-vis des structures respectant les normes médicales en vigueur.
La greffe de cornée, un défi national
Autre sujet d’inquiétude : l’accès à la greffe de cornée. Le SNOLM rappelle que les besoins nationaux sont estimés entre 6.000 et 8.000 greffes par an, alors que seules 500 à 600 interventions sont réalisées actuellement.
«La situation actuelle de la greffe de cornée au Maroc constitue une urgence nationale», affirme le syndicat, qui pointe une forte dépendance à l’importation des greffons ainsi qu’une concentration de cette activité dans un nombre limité de structures.
Pour remédier à cette situation, le SNOLM plaide pour l’ouverture de l’importation aux structures qualifiées, la création de banques nationales des yeux et le développement du don de tissus oculaires.
Faciliter l’accès aux traitements rétiniens
Le Syndicat demande par ailleurs l’autorisation dérogatoire d’un médicament anti-facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF) largement utilisé à l’international, dont le coût est nettement inférieur à celui des produits actuellement autorisés. Selon lui, cette mesure permettrait d’améliorer l’accès aux traitements pour un grand nombre de patients atteints de maladies rétiniennes.
Dans le registre de la prévention, le SNOLM appelle à rendre obligatoire un examen ophtalmologique avant l’entrée à l’école primaire afin de détecter précocement les troubles visuels susceptibles d’impacter les apprentissages et le développement de l’enfant.
Une tarification jugée dépassée
La révision de la Tarification nationale de référence (TNR) figure aussi parmi les principales revendications du Syndicat. Celui-ci souligne que cette tarification n’a pas connu d’actualisation depuis plus de vingt ans malgré l’évolution des technologies médicales et l’augmentation continue des coûts d’exploitation des cabinets et cliniques.
Selon le SNOLM, cette situation fragilise l’équilibre économique des structures médicales et risque, à terme, d’affecter la qualité des prestations offertes aux patients.
Publicité médicale et accès aux médias
Le Syndicat s’inquiète par ailleurs de certaines pratiques assimilées à de la publicité médicale déguisée. Il estime que certains acteurs bénéficient d’une visibilité privilégiée dans les médias audiovisuels et sur les réseaux sociaux, au détriment du principe d’égalité entre professionnels.
Le SNOLM appelle ainsi à un encadrement plus strict des contenus promotionnels liés à la santé et à une application uniforme des règles déontologiques.
À travers cet appel, le Syndicat réaffirme sa volonté de défendre «une ophtalmologie marocaine moderne, éthique et sécurisée» et rappelle que «la qualité des soins n’est pas négociable».
Pour le SNOLM, la protection des patients, l’accès équitable aux soins et le maintien d’un haut niveau d’exigence médicale doivent rester au cœur des réformes à venir. Le Syndicat appelle ainsi à l’ouverture d’un dialogue avec les autorités sanitaires et l’ensemble des acteurs concernés afin de construire «une médecine de qualité, équitable et digne des ambitions du Maroc de demain».