Hajjar El Haïti
27 Juin 2026
À 11:35
Facebook,
Instagram,
TikTok ou encore
LinkedIn sont devenus, ces dernières années, des espaces d’expression privilégiés pour de nombreux
professionnels de santé. Les
pharmaciens n’échappent pas à cette tendance. Conseils de prévention,
vulgarisation médicale, présentation de services ou partage du quotidien en officine : les contenus se multiplient et rencontrent souvent un large public.
Si cette présence numérique peut contribuer à renforcer l’
éducation sanitaire et à rapprocher les professionnels des citoyens, elle soulève également des questions éthiques et réglementaires. C’est dans ce contexte que le
Conseil régional des pharmaciens d’officine du Sud (CRPOS) a publié une circulaire rappelant le cadre légal et déontologique applicable à la communication des pharmaciens sur les
réseaux sociaux.
Une vigilance accrue face aux dérives observées
Dans son document, le Conseil indique avoir constaté, au cours des derniers mois, un développement notable de la présence des pharmaciens et de leurs collaborateurs sur les plateformes numériques. Cependant, cette évolution s’est accompagnée de pratiques jugées préoccupantes.
L’instance évoque notamment la diffusion de conseils thérapeutiques erronés ou insuffisamment fondés scientifiquement, la publication d’informations inexactes relatives aux
médicaments et aux produits de santé, ainsi que des contenus pouvant être assimilés à de la
publicité illicite.
Le Conseil fait également référence à certaines mises en scène, démonstrations ou déclarations incompatibles avec la dignité de la profession. Plus préoccupant encore, il pointe des activités de promotion ou de vente de médicaments via les réseaux sociaux, alors que la
législation marocaine interdit la vente de médicaments au public en dehors des officines autorisées.
Entre information et publicité, une frontière parfois floue
L’un des principaux enjeux soulevés par la circulaire concerne la distinction entre
information sanitaire et
communication promotionnelle. Le
Conseil régional des pharmaciens d’officine du Sud rappelle que la publicité en faveur des médicaments et des produits de santé est strictement réglementée au Maroc. Toute publicité destinée au grand public doit notamment faire l’objet d’une autorisation préalable de l’
Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS).
L’instance souligne par ailleurs qu’une communication peut être considérée comme publicitaire même lorsqu’elle prend l’apparence d’un contenu éducatif ou informatif. Ainsi, toute publication ayant pour objet ou pour effet de promouvoir, directement ou indirectement, la prescription, la délivrance, la vente ou la consommation d’un médicament ou d’un produit de santé peut être assimilée à une publicité au sens de la
réglementation pharmaceutique.
Cette précision vise particulièrement certains formats très populaires sur les réseaux sociaux, tels que les vidéos de conseils, les témoignages, les démonstrations de produits ou les recommandations présentées sous une forme pédagogique.
Le pharmacien responsable de ses publications... et de celles de ses collaborateurs
La circulaire insiste également sur la responsabilité personnelle du pharmacien titulaire. Celui-ci demeure responsable des activités exercées au sein de son
officine, y compris lorsque les contenus publiés émanent de collaborateurs placés sous son autorité. Les déclarations, publications ou comportements diffusés sur les réseaux sociaux sont ainsi susceptibles d’engager sa responsabilité professionnelle, disciplinaire et, le cas échéant, judiciaire. Un rappel qui intervient dans un contexte où de nombreuses officines développent leur présence numérique à travers des
community managers, préparateurs ou collaborateurs chargés de l’animation des pages professionnelles.
Ce qui reste autorisé
Le Conseil ne remet pas en cause l’utilisation des réseaux sociaux par les
pharmaciens. Au contraire, il reconnaît pleinement leur rôle dans l’information, le conseil, la prévention et l’éducation sanitaire, missions qui font partie intégrante de l’acte pharmaceutique. «Sont notamment considérés comme conformes à la réglementation et aux règles déontologiques les contenus d'information générale portant sur la santé et la prévention, à condition qu'ils soient objectifs, fondés sur des données scientifiques et dépourvus de toute visée promotionnelle.
Il en va de même des actions d'éducation sanitaire et de sensibilisation au bon usage du médicament, ainsi que des publications mettant en valeur le rôle du pharmacien dans la prévention, l'accompagnement thérapeutique et la promotion de la santé publique. La présentation des services proposés par l'officine est également autorisée, à la condition qu'elle reste objective et respecte les principes de dignité et de confraternité qui régissent la profession.» L’accent est ainsi mis sur la qualité scientifique de l’information diffusée et sur l’absence d’objectif commercial ou promotionnel.
Préserver la confiance du public
Au-delà du respect des textes, le CRPOS rappelle que la profession pharmaceutique repose sur des valeurs fondamentales de compétence, de probité, de dignité, de responsabilité et d’indépendance. Dans un environnement numérique où les contenus circulent rapidement et touchent un large public, chaque publication peut avoir un impact direct sur la confiance accordée aux professionnels de santé. Une information approximative ou une communication jugée excessive peut non seulement induire les patients en erreur, mais aussi fragiliser l’image collective de la profession.
Le Conseil avertit d’ailleurs que les manquements constatés peuvent donner lieu à des poursuites disciplinaires devant les instances ordinales compétentes, sans préjudice des sanctions administratives ou judiciaires prévues par la loi. À travers cette circulaire, l’Ordre entend donc rappeler qu’à l’ère des réseaux sociaux, la liberté de communiquer s’accompagne d’une responsabilité accrue. Pour les pharmaciens, l’enjeu consiste désormais à trouver le juste équilibre entre visibilité numérique, mission d’information et respect des exigences déontologiques qui fondent la crédibilité de leur profession.