Propos recueillis par Nabila Bakkass
14 Septembre 2026
À 09:35
Le Matin : Chaque rentrée scolaire s’accompagne souvent d’une recrudescence de certaines maladies chez les enfants. Pourquoi cette période est-elle particulièrement propice à leur transmission ?
Dr Hamza Hajbaoui : La rentrée scolaire correspond à un changement important dans le quotidien des enfants. Après plusieurs semaines de vacances, ils se retrouvent à nouveau en collectivité, souvent dans des espaces fermés, avec de nombreux contacts rapprochés. Cela facilite naturellement la circulation des virus et de certaines bactéries. Les enfants, notamment les plus jeunes, ont également tendance à porter leurs mains au visage, à partager des objets ou à moins respecter les règles d’hygiène. À cela peuvent s’ajouter la fatigue liée au changement de rythme, un sommeil parfois insuffisant et, avec l’arrivée progressive de l’automne, davantage de temps passé dans des pièces moins aérées. Tous ces facteurs favorisent la transmission des infections.
Quelles sont les principales maladies et infections que vous voyez réapparaître chez les enfants avec la rentrée scolaire ?Les infections respiratoires sont parmi les plus fréquentes : rhumes, rhinopharyngites, angines, toux et autres infections virales des voies respiratoires. La grande majorité est bénigne et guérit spontanément. Nous pouvons tout autant observer des gastro-entérites virales, avec diarrhées, vomissements et douleurs abdominales. De même, les conjonctivites peuvent circuler facilement dans les collectivités. Chez certains enfants, notamment ceux souffrant d’asthme ou d’allergies, la rentrée peut s’accompagner d’une recrudescence des symptômes respiratoires. Enfin, selon l’âge, on peut, par la même occasion, observer des infections comme la maladie pieds-mains-bouche, particulièrement dans les crèches et les petites classes.
Dans quelle mesure la vie en collectivité favorise-t-elle la transmission des infections entre enfants ?Effectivement, les infections respiratoires se transmettent notamment par les gouttelettes émises lorsque l’on tousse, éternue ou parle, mais aussi par les mains et les surfaces contaminées. Les enfants jouent ensemble, se touchent fréquemment et peuvent partager des jouets, des crayons, des bouteilles ou d’autres objets. Pour certaines infections digestives, la transmission par les mains contaminées est particulièrement importante. Il ne faut cependant pas chercher à créer un environnement complètement stérile. L’objectif est surtout d’adopter de bonnes habitudes d’hygiène et de réduire les situations de transmission évitables.
Chez les enfants asthmatiques ou allergiques, la rentrée peut-elle aussi favoriser une aggravation des symptômes ou des crises ?Chez l’enfant asthmatique, les infections virales respiratoires constituent l’un des principaux facteurs pouvant déclencher une exacerbation ou une crise d’asthme. Comme ces infections circulent davantage après la rentrée, certains enfants asthmatiques peuvent présenter davantage de symptômes. Les allergènes présents dans l’environnement, les variations de température, l’humidité, la pollution ou encore la reprise des activités physiques peuvent également intervenir. Il est donc particulièrement important que les enfants asthmatiques suivent correctement leur traitement de fond lorsqu’il a été prescrit et que les parents disposent d’un traitement de secours adapté ainsi que des consignes données par leur médecin.
Quels signes doivent inciter les parents à consulter rapidement, voire à se rendre aux urgences, plutôt que d’attendre une amélioration spontanée ?La majorité des infections infantiles reste bénigne, mais certains signes doivent alerter les parents. Il faut consulter rapidement lorsqu’un enfant présente une difficulté à respirer, une respiration très rapide, un creusement au niveau des côtes lorsqu’il respire, une coloration bleutée des lèvres, une crise d’asthme qui ne s’améliore pas avec le traitement habituel, une somnolence inhabituelle ou une altération importante de son état général. Il faut également être vigilant devant des vomissements ou diarrhées importants accompagnés de signes de déshydratation, comme un enfant qui urine très peu, ne parvient plus à boire, a la bouche très sèche ou devient particulièrement abattu. Une fièvre mal tolérée, prolongée ou associée à des symptômes inquiétants doit, par ailleurs, conduire à demander un avis médical. L’âge de l’enfant est essentiel : une fièvre chez un très jeune nourrisson nécessite une évaluation médicale particulièrement rapide.
Enfin, quels sont les gestes simples que les parents, mais aussi les écoles, peuvent adopter pour limiter la propagation des maladies à la rentrée ?Les mesures les plus efficaces restent relativement simples : apprendre aux enfants à se laver régulièrement les mains avec de l’eau et du savon, notamment avant les repas et après être allé aux toilettes, tousser ou éternuer dans le pli du coude et éviter de partager les bouteilles, couverts ou autres objets portés à la bouche. Il est, en outre, important d’aérer régulièrement les salles de classe et les pièces de vie. Lorsqu’un enfant est réellement malade, notamment s’il présente de la fièvre, des vomissements importants ou un état général altéré, il est préférable qu’il reste à la maison, à la fois pour lui permettre de récupérer et pour limiter la transmission aux autres enfants. Enfin, il ne faut pas négliger les mesures générales qui participent au bon fonctionnement du système immunitaire : un sommeil suffisant, une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et une vaccination à jour selon les recommandations en vigueur. Le message important pour les parents est de ne pas paniquer devant chaque rhume de rentrée : ces épisodes sont extrêmement fréquents chez les enfants. L’essentiel est surtout de savoir reconnaître les quelques signes d’alerte nécessitant une consultation médicale rapide.