Saloua Islah
09 Juin 2026
À 13:10
Présentée depuis plusieurs années comme une alternative moins nocive que la cigarette classique
, la
cigarette électronique reste au centre d’un débat de
santé publique. La
nicotine a longtemps concentré l’attention, en raison de son pouvoir addictif et de son rôle dans la dépendance. Mais l’étude américaine conduite par l’équipe du professeur
Ahmad Besaratinia montre que la question ne peut pas être réduite à cette seule substance. Dans le
vapotage, l’exposition dépend aussi de la composition du
liquide, des
arômes utilisés, de la
puissance de l’appareil et des
habitudes de consommation.
Les chercheurs ont travaillé sur un échantillon de
83 personnes, réparties entre 35 vapoteurs, 24 fumeurs de cigarettes classiques et 24 personnes ne consommant ni tabac ni cigarette électronique. Ils ont prélevé des cellules à l’intérieur de la joue, car la bouche est le premier tissu directement exposé à l’aérosol inhalé. Ces cellules ont ensuite été analysées par
séquençage de l’ARN, une méthode qui permet d’observer l’activité des gènes et de détecter les modifications biologiques associées à une exposition donnée.
Les résultats montrent que les vapoteurs présentent des changements importants dans
l’expression de leurs gènes par rapport aux non-usagers. L’étude identifie
3.124 gènes dont l’activité est modifiée chez les vapoteurs. Chez les fumeurs,
2.180 gènes sont concernés.
L’apport principal de cette étude réside dans
l’analyse des facteurs qui expliquent ces modifications. Les chercheurs ne se sont pas contentés de comparer vapoteurs, fumeurs et non-usagers. Ils ont aussi examiné la quantité de liquide consommée, l’exposition à la nicotine, la durée du vapotage, le type d’appareil utilisé et les arômes des e-liquides. Cette approche permet de mieux comprendre pourquoi les effets observés chez les vapoteurs sont plus variables que ceux constatés chez les fumeurs.
Les arômes, bien plus qu’une question de goût !
Les
arômes apparaissent comme un facteur important dans les différences observées entre les
vapoteurs. L’étude précise que 42,9% des vapoteurs suivis utilisaient plusieurs saveurs, 34,3% des arômes fruités, 14,3% des arômes sucrés et 8,6% des arômes mentholés. Les modifications les plus marquées concernent les utilisateurs de plusieurs arômes, avec 2.009
gènes affectés, soit 64,3% des
gènes modifiés chez les vapoteurs. Les arômes fruités arrivent ensuite, avec 970 gènes concernés, soit 31% des modifications observées. Les arômes sucrés sont associés à 92 gènes modifiés et les arômes mentholés à 27 gènes, des niveaux plus faibles dans cette cohorte, sans que l’étude permette de les considérer comme sans effet. Les chercheurs se sont intéressés à ces modifications parce qu'elles concernent des gènes impliqués dans la protection et le bon fonctionnement des cellules. Des perturbations de ces mécanismes peuvent, à long terme, fragiliser les tissus et favoriser le développement de certaines maladies, notamment des
cancers, des
maladies inflammatoires ou encore des
pathologies respiratoires.
Le type d’appareil change aussi la donne
Le type d’appareil utilisé semble également influencer l’ampleur des modifications observées. Parmi les 35 vapoteurs étudiés, 60% utilisaient des appareils de troisième génération, souvent appelés
«mods» ou «tanks», tandis que 28,6% alternaient entre plusieurs types d’appareils. Les chercheurs ont observé que les modifications génétiques étaient surtout présentes dans ces deux catégories. Les utilisateurs de dispositifs de troisième génération étaient associés à
1.747 gènes modifiés, contre 1.367 pour ceux utilisant plusieurs modèles. À l’inverse, aucune modification significative n’a été observée chez les rares utilisateurs d’appareils de première génération, de
type «cigalike», ou de deuxième génération, de
type «vape pen», un résultat que les auteurs attribuent davantage au faible nombre de participants dans ces catégories qu’à l’absence d’effet de ces dispositifs. Ces observations suggèrent que les appareils les plus récents et les plus performants pourraient être associés à
des effets biologiques plus marqués, en raison notamment de leur puissance, de leur température de chauffe et de la quantité d’aérosol produite, concluent-ils.