YOUSSEF CHAAT
05 Août 2026
À 16:22
Le Matin : Comment avez-vous effectué vos premiers pas dans la boxe anglaise et à quel moment avez-vous décidé de devenir professionnel ?
Bilel Jkitou : Tout a commencé ici, à Marrakech, lorsque mon grand frère Rachid a ouvert sa première salle de boxe en 2013. À cette époque, j’étais encore tourné vers le football, mais je venais régulièrement m’entraîner avec lui. En revenant souvent à Marrakech, la passion a progressivement pris le dessus. C’est à ce moment-là que je me suis dit que je voulais me relancer sérieusement dans la boxe et devenir professionnel. Mon frère étant installé ici depuis plus de dix ans, Marrakech est devenue une ville très importante dans mon évolution.
Vos frères Rachid et Reda ont beaucoup influencé votre carrière. Quels sont les autres combattants qui vous ont inspiré ?
Mes frères ont été mes premiers modèles. Rachid nous a tout appris et nous a introduits dans le monde de la boxe. Nous avons suivi son parcours et ses conseils. J’ai également été inspiré par plusieurs combattants marocains, notamment Youssef Boughanem, Badr Hari et Jamal Ben Saddik, même s’ils ne pratiquent pas tous la boxe anglaise. Il y a évidemment aussi des légendes comme Mohamed Ali et Mike Tyson. Le Maroc possède une véritable culture des sports de combat. Nos champions sont reconnus dans la boxe et le kick-boxing, et cela encourage les jeunes à se lancer dans ces disciplines.
En 2024, vous avez décroché un titre africain en Libye sous les yeux de Mike Tyson. Quels souvenirs gardez-vous de cette soirée ? Ce combat en Libye reste l’un des moments les plus forts de ma carrière sur le plan émotionnel. Je suis entré sur le ring avec le drapeau marocain et mes deux frères étaient présents. Rachid était à mes côtés et Mike Tyson se trouvait devant le ring. Il a assisté au combat et m’a même applaudi. Nous nous étions également rencontrés la veille, à l’occasion de la pesée, et nous avions pu échanger quelques mots. Tout cela a rendu l’expérience particulièrement forte. J’avais déjà été sacré champion d’Afrique en 2018 à Laâyoune, au Maroc. C’était mon premier titre et un moment magnifique. Mais cette nouvelle consécration en Libye avait une dimension particulière.
Quels autres moments ont marqué votre carrière ?
Mon premier combat professionnel, disputé dans mon quartier à Nanterre, reste évidemment très important. Il représentait le début de ma carrière et suscitait beaucoup d’émotion. Je retiens également mon premier titre de champion d’Afrique remporté en 2018 sous licence marocaine. Plus récemment, j’ai décroché la ceinture WBC Silver, qui représente la dernière étape avant le titre mondial. Tous ces moments ont participé à la construction de ma carrière.
Vous êtes devenu professionnel après seulement six combats amateurs. Avec le recul, estimez-vous avoir fait le bon choix ?
Je suis effectivement passé professionnel très rapidement. Avec seulement six combats amateurs, cela reste inhabituel, notamment en France, où les boxeurs disputent généralement au moins une vingtaine ou une trentaine de combats avant de franchir le pas. J’ai toutefois été très bien conseillé par mes frères. Même si je comptais peu de combats officiels, je possédais déjà plusieurs années d’entraînement et j’avais développé un style davantage adapté à la boxe professionnelle. Beaucoup de personnes se demandaient si ce passage n’était pas prématuré, mais tout s’est très bien déroulé. Je ne regrette absolument pas cette décision. Je dois beaucoup à mes frères et à ma famille, qui m’ont toujours bien encadré et m’ont permis d’éviter de nombreuses erreurs.
Quelle place la préparation mentale occupe dans votre travail avant un grand combat ?
La dimension mentale est extrêmement importante. Cela fait quatre ou cinq ans que je travaille avec un préparateur mental basé en France. Nous pouvons collaborer à distance, par téléphone ou en visioconférence. Ce travail a profondément changé ma carrière, ma manière de percevoir les événements et ma façon de monter sur le ring. La préparation mentale permet de visualiser les situations, de se projeter dans le combat et d’améliorer sa concentration, y compris dans la vie quotidienne. Je la recommande à tous les sportifs. À mes yeux, elle représente près de 50% de ma préparation.
«Champion du monde avant GTA VI» est devenu votre slogan. Alors que la sortie du jeu est prévue en novembre prochain, pensez-vous encore pouvoir tenir cette promesse ?
J’ai effectivement dit que je voulais devenir champion du monde avant la sortie de GTA VI. Le jeu doit normalement sortir le 19 novembre et j’espère décrocher le titre mondial avant cette date. J’ai reçu plusieurs propositions ces derniers mois, mais aucune ne concernait un championnat du monde. À ce stade de ma carrière, les autres combats ne m’intéressent plus. Je ne veux plus disputer de petits combats ou monter sur le ring sans titre en jeu. Si je combats, ce sera pour le championnat du monde. Mon objectif est clair : devenir champion du monde.
Une fois cette ceinture remportée, quel sera votre prochain défi ?
Si je deviens champion du monde, mon premier objectif sera de défendre ma ceinture sur les terres marocaines. J’aimerais ramener le titre au Maroc et organiser un grand événement pour le défendre devant le public marocain. Je pourrais ensuite poursuivre ma carrière pendant deux ou trois années avant de m’arrêter. La boxe reste un sport très dangereux et je ne souhaite pas continuer trop longtemps. J’aimerais prendre ma retraite au plus tard vers 37 ou 38 ans. Je pense avoir suffisamment donné aux sports de combat et je serai alors prêt à ouvrir un nouveau chapitre de ma vie.
Vous avez entamé une carrière d’acteur avec votre participation à la série Neflix «La Cage». Souhaitez-vous poursuivre dans le cinéma ?
Je pense déjà beaucoup à l’après-boxe et c’est aussi pour cette raison que je ne veux pas prolonger indéfiniment ma carrière. J’ai plusieurs projets en parallèle. J’ai participé à la première saison de «La Cage» et cette expérience a été incroyable. On me verra brièvement dans la deuxième saison, où mon frère Reda aura une présence plus importante. J’en suis très heureux pour lui. Le cinéma est un domaine que j’aime beaucoup et que j’aimerais davantage explorer après ma carrière. Je réalise aussi des podcasts sur YouTube et je travaille avec Canal+ Afrique dans une émission consacrée au football. Tous ces projets prennent du temps, mais je reste pleinement concentré sur ma carrière de boxeur.
De nombreux jeunes Marocains se tournent aujourd’hui vers la boxe. Le Royaume peut-il voir émerger prochainement une nouvelle génération de boxeurs de haut niveau ?
J’en suis convaincu. Il suffit de venir dans la salle de mon frère à Marrakech pour constater le nombre de jeunes boxeurs talentueux qui souhaitent apprendre et progresser. Il nous appartient également, en tant que combattants expérimentés, de les accompagner, de les conseiller et de leur transmettre ce que nous avons appris. Mais nous devons surtout créer davantage d’événements. C’est ce qui manque aujourd’hui au Maroc. Il faut organiser des galas professionnels et amateurs afin de permettre aux jeunes de combattre, de gagner de l’expérience et de se faire connaître. La boxe et les sports de combat disposent d’un énorme potentiel dans le Royaume, à condition que nous participions tous à leur développement.
Quel message souhaitez-vous adresser à votre public au Maroc ?
Je remercie d’abord les médias marocains, car c’est toujours un plaisir de m’adresser au public du Royaume. Je suis déjà bien implanté en France, mais mes deux parents sont marocains, je suis moi-même marocain et je viens très régulièrement au pays. Il est important pour moi que le public marocain apprenne à mieux me connaître. Je demande aux Marocains de continuer à nous soutenir, à suivre nos combats et à assister aux événements que nous organisons au Maroc. Nous allons accomplir de belles choses. Et lorsque je défendrai ma ceinture mondiale, que ce soit à Marrakech ou à Casablanca, j’espère voir le public venir en nombre.