Amine Raad
30 Septembre 2026
À 15:10
Le Matin : Comment la thématique de cette édition, « Le cheval au service de l'humain », se traduit-elle concrètement dans la programmation et les activités ?
El Habib Mazak : Ce thème dépasse le simple slogan : il structure l'ensemble de notre programmation. Il nous rappelle la responsabilité de l'humain envers le cheval, en matière de respect, de dignité et de bien-être, tout en reconnaissant la contribution du cheval au développement économique, social et patrimonial du Royaume. Cette orientation se traduit par une programmation qui embrasse toutes les dimensions du monde équin : culturelle avec la Tbourida, sportive avec le saut d'obstacles, patrimoniale avec les concours de races, mais aussi éducative et récréative pour le grand public.
Quelles sont les grandes nouveautés de cette année, notamment avec l'accession de l'épreuve de saut d'obstacles au niveau CSI5*-W ?
La nouveauté majeure réside dans le franchissement d'un cap pour le Grand Prix de Sa Majesté le Roi Mohammed VI de Saut d'Obstacles, qui accède désormais au niveau CSI5*-W, le plus élevé sur le plan international, et devient une étape qualificative pour la Coupe du Monde. Il s'agit de la troisième étape du Morocco Royal Tour. Une autre épreuve internationale évolue également, du CSI1* au CSI2*. Cette montée en puissance confirme la place croissante d'El Jadida dans le calendrier équestre international et renforce l'attractivité du Salon auprès des cavaliers de haut niveau.
Avec un plateau réunissant de nombreux exposants, en quoi le Salon confirme-t-il son rôle de vitrine et de levier de développement pour la filière équine ?À travers ses concours d'élevage — la Coupe des Champions de Chevaux Barbes, celle des Arabe-Barbes, la Coupe des Éleveurs Marocains de Pur-Sang Arabes, ainsi que notre Title Show, qui rassemble des chevaux champions du Maroc, d'Europe et du Moyen-Orient — le Salon s'affirme chaque année davantage comme un lieu de rencontre incontournable pour les professionnels de la filière. C'est à cette occasion que sont valorisés les travaux des éleveurs, la qualité des lignées et la diversité des pratiques liées au cheval.
Parmi les cavalières et cavaliers marocains attendus cette année, quels parcours aimeriez-vous leur faire découvrir ?
Ce qui me touche particulièrement, c'est de voir cohabiter, sur nos pistes, des cavaliers confirmés, présents depuis plusieurs éditions, et une nouvelle génération formée de manière plus structurée, souvent issue de nos clubs régionaux ou de nos écoles équestres. Certains de ces jeunes viennent de régions que l'on associe moins spontanément au cheval, ce qui témoigne, à mes yeux, d'une discipline en voie d'ouverture et de démocratisation. Je souhaiterais que le public retienne avant tout cette diversité de parcours plutôt qu'un profil unique.
À travers leurs parcours, quelle place occupent la transmission familiale, l'apprentissage auprès d'un maître ou la formation en club ?
Ces trois voies coexistent, et c'est précisément ce qui fait la richesse de notre filière. En Tbourida notamment, la transmission demeure très familiale et communautaire : l'apprentissage se fait souvent auprès d'un père, d'un oncle, ou du moqaddem de la Sorba, selon une logique de compagnonnage plus que d'enseignement formel. Pour le saut d'obstacles, la formation en club et en centre équestre occupe une place grandissante, portée par des structures de plus en plus professionnalisées. Cela dit, nombre de nos cavaliers de haut niveau ont grandi aux côtés d'un cheval avant même d'intégrer un club.
Que nous apprennent les parcours de cavalières marocaines sur les possibilités qui s'ouvrent aux femmes et sur les obstacles qu'elles peuvent encore rencontrer ?
Nous observons une présence féminine de plus en plus affirmée, que ce soit en saut d'obstacles, dans l'élevage, ou même en Tbourida, discipline historiquement très masculine. C'est le signe que les choses évoluent. Il serait néanmoins incorrect d’affirmer que tout est acquis : l'accès aux structures de formation, le soutien financier nécessaire pour accéder au haut niveau, ou simplement la légitimité à occuper certains rôles, demeurent parfois plus difficiles à obtenir pour une femme que pour un homme dans notre filière. Le Salon s'efforce, à sa mesure, de donner de la visibilité à ces parcours afin que cette évolution se poursuive.
Dans vos échanges avec les participants, comment ceux-ci décrivent-ils ce que représente le fait de concourir à El Jadida, devant leur public, dans un Salon placé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI ?
Ce qui revient le plus souvent, c'est la fierté de concourir dans des compétitions organisées sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui représente pour beaucoup le sommet de leur saison. S'y ajoute la ferveur particulière du public d'El Jadida et de sa région, qui suit les épreuves avec une intensité rarement égalée ailleurs. Pour les cavaliers de Tbourida en particulier, une dimension supplémentaire s'exprime : ils ne représentent pas seulement leur propre performance, mais toute une Sorba, et à travers elle, tout un territoire.