Comment «recadrer» un collaborateur

Génériques, oui ; mais à quel prix ?

Génériques ou pas génériques ? En termes de produits pharmaceutiques, la question est doublement pertinente au Maroc.

13 Février 2008 À 20:11

En effet, face à un système de contrôle quasiment incontrôlable, et dont les Marocains ignorent toutes les décisions, on ne peut, en aucun cas, être en mesure d'affirmer que tel ou tel générique est porteur des mêmes «gènes» que la molécule souche.

«Un médicament générique doit, en principe, présenter les mêmes qualités que le produit référence, c'est-à-dire la molécule mère. Ce qui n'est malheureusement pas le cas pour certains médicaments génériques fabriqués au Maroc, mais cela ne dépasserait pas les 20% des produits en question. Pour ainsi dire que les génériques marocains sont de bonne qualité dans leur majorité, sauf que la multitude qui les caractérise fait que le médecin, aujourd'hui, se trouve perdu dans cette abondance.

Cela étant, sur certains produits, je suis plus à l'aise avec le produit référence, surtout quand cela présente une différence de prix se situant aux alentours d'une vingtaine de dirhams», explique, sous couvert d'anonymat, un médecin de la place.
Le ton est ainsi donné et, côté médocs génériques, flou et ambiguïté sont les maîtres mots. D'un côté, le souci de prendre le bon produit pour récupérer de la santé est indiscutable. De l'autre, les moyens faisant défaut et le niveau socio-économique des ménages faisant le reste, le générique revêt des aspects de planche de salut.

Il est clair que quel que soit le prix du médicament, on ne lésine pas sur les moyens quand la nécessité se présente, quitte à emprunter de l'argent pour se le procurer. Sauf que, dans certains cas, l'ordonnance du médecin, aussi vitale soit-elle, passe aux oubliettes pour cause d'indigence. Les histoires à ce propos ne manquent pas. «Les médicaments génériques sont salutaires dans un pays où le manque de moyens est flagrant, où la couverture médicale est un luxe et où le pouvoir d'achat est trop faible, notamment pour la grande partie de la population. Avant l'existence des génériques, des gens faisaient de sérieuses complications, et pouvaient même décéder, car ils n'avaient pas les moyens de se procurer les médicaments prescrits, surtout lorsqu'il s'agit de traitements longs et très coûteux, même pour la classe moyenne», indique le praticien.

Et d'ajouter : «Si j'ai un bon générique entre les mains, que j'ai essayé et qui donne les mêmes résultats que la référence, je le prescris pour la majorité de mes patients, car je connais leurs moyens, sauf pour ceux qui demandent à être traités par la molécule mère. En revanche, pour les maladies sérieuses ou les maladies cardiovasculaires, on ne peut pas se permettre de jouer avec, et l'on privilégie l'efficacité, c'est-à-dire la référence, car c'est une lourde responsabilité, d'autant plus que j'ai une obligation de résultat envers mon patient».

Cependant, la déferlante des médicaments génériques, salutaire certes, n'est pas sans occasionner des soucis à plusieurs niveaux. Selon un pharmacien casablancais, l'existence de plusieurs génériques pour un même produit cause plus de tort que de bien. «Pour certains produits, il y a trop de génériques et l'on se retrouve dans un véritable casse-tête chinois. Je veux bien qu'il y ait un ou deux génériques de tel ou tel médicament, ce serait idéal, mais quand vous vous retrouvez avec 10 ou 15, cela n'a rien d'agréable», précise-t-il. Pour bien saisir cette situation, il faut s'attarder sur une réalité qui fait rage chez nous: l'automédication. Un exercice légitimé, également, par le manque de moyens et par un souci d'économiser les frais de la note du médecin. En pareil cas, le pharmacien se retrouve face à une personne nécessiteuse qui souhaiterait avoir conseil et sortir avec un médicament entre les mains.

«Là, vous ne savez plus quel produit lui donner, car on ne connaît rien de la qualité de tel ou tel générique. Parfois, le même patient revient car le sirop contre la toux qu'on a choisie pour lui n'a pas donné de résultats, sachant au départ que les moyens du patient sont limités et que notre choix s'est fait sur la base d'un produit pas cher», poursuit ce pharmacien.
Mais les soucis des pharmaciens ne sauraient s'arrêter en si bon chemin. En effet, ces derniers sont tenus, pour la bonne marche de leur officine, de disposer de la totalité des génériques existants. Résultats : ils se retrouvent avec de gros stocks de produits et cela ne saurait être envisageable sans des fonds de roulement importants.

Le générique au Maroc a également enfanté une nouvelle situation mettant en confrontation médecins et pharmaciens.
En effet, face à une rupture de stock d'un produit prescrit, certains pharmaciens n'hésitent pas à donner un médicament générique en lieu et place. «Le pharmacien n'a pas le droit de changer un produit référence par un générique sans autorisation préalable du médecin traitant, c'est une pratique illégale mais qui existe pourtant. C'est permis en France, par exemple, mais pas chez nous», s'insurge le praticien.

Parallèlement, le tsunami des médicaments génériques au Maroc n'a pas été sans occasionner un souci d'un autre ordre, plus grave, car se répercutant sur la santé des citoyens. En effet, face à des produits de qualité et à moindre coût, certains prescripteurs n'hésitent plus à sortir le gros calibre contre des petits maux qui ne nécessitent pas l'utilisation de produits forts.
«À titre d'exemple, les antibiotiques sont aujourd'hui prescrits à tout bout de champ. Certains praticiens prescrivent des produits assimilables à la bombe atomique contre un souci de santé pouvant être réglé grâce à du paracétamol, c'est comme tuer une mouche à l'aide d'un lance-roquettes ! Conséquemment, le patient développera une résistance qui aura de graves suites sur sa santé dans le futur», souligne notre médecin.

Quant à la qualité des produits sur le marché, celle-ci dépend de plusieurs facteurs. Pour passer du produit d'origine au générique, la molécule mère qui représente le principe actif reste la même et le changement est opéré au niveau des excipients. À ce propos, le principe actif peut être importé de pays comme l'Inde ou le Pakistan, pays réputés, dans ce contexte, pour la qualité douteuse de leurs produits. De plus, le dosage joue également un rôle important dans l'opération de «génériquisation» : plus il est faussé, plus il coûte moins.
En conséquence, il est impératif de bien cerner tout le circuit, pour l'obtention d'un produit de qualité, aussi bien en termes d'efficacité que de sécurité.
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Du double au simple

C'est tout simplement fantastique de constater la chute du prix d'un produit pharmaceutique, lors de son passage en mode «générique». Cela commence aux environs de 30% en moins par rapport au prix du produit d'origine, sans cesser de dégringoler à vue d'œil et au fur et à mesure que ses clones envahissent les officines.

À titre d'exemple, un produit précis était vendu au Maroc aux alentours de 450 DH, jusqu'à l'amorce de sa «démocratisation», à travers un premier générique vendu aux abords de 250 DH. La chute se poursuivra jusqu'à trouver, aujourd'hui, des produits similaires à moins de 100 DH. La marque d'origine devait suivre pour limiter les dégâts et concurrencer... ses propres concurrents, fixant ainsi le prix de son produit à 260 DH.

Certains laboratoires trouvent une meilleure parade, en créant leur propre générique, qui n'est autre que le produit d'origine vendu sous un autre nom, aussi bien pour garder la référence dans les étalages, mais aussi pour provoquer une sorte de cannibalisation, puisque le prix de leur générique avoisine celui du clone indésirable. L'un des derniers génériques à faire son introduction sur le marché marocain porte le nom révélateur d'Erector.

Pas besoin de dessin pour deviner que c'est la pilule bleue, le Viagra en l'occurrence, qui va en faire les frais. Donnant des résultats aussi «bons» que le Viagra - sans l'avoir essayé toutefois -, Erector est vendu par boîte de 4 comprimés pour le prix de 120 DH, prix correspondant à une seule pilule bleue. Voilà de quoi donner des maux de tête au géniteur de la molécule mère et, au passage, chez nous, un bon coup de fouet à la croissance démographique !
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