«Le secteur minier a besoin de mesures propres à encourager l'exploration»
Interview • avec Abdallah Mouttaqui, Directeur de l'infrastructure géologique et de l'exploration minière à l'ONHYM. >
LE MATIN
19 Juin 2008
À 10:19
LE MATIN ÉCO : Comment les sciences de la terre peuvent-elles contribuer au développement durable ?
ABDALLAH MOUTTAQUI: Au Maroc, les sciences de la terre prises dans leur définition plurielle, n'ont pas toujours été suffisamment ouvertes sur la société pour faire connaître le rôle qu'elles jouent dans le développement du pays. L'AMST est à la fois acteur et témoin du changement qui s'amorce à ce propos dans notre pays. En effet, à l'échelle planétaire, l'année 2008 a été proclamée «Année internationale de la planète Terre» par les Nations unies avec comme sous titre «Les géosciences au service de l'Humanité». Les Nations unies considèrent cette année internationale de la planète Terre comme une contribution aux objectifs de l'Organisation dans le domaine du développement durable et l'AMST s'est inscrite d'emblée dans cette démarche en organisant sa première manifestation collective, ce mois ci, à Marrakech, sur le thème «Les sciences de la terre: vecteur du développement durable», signalant ainsi une prise de conscience et une adhésion à cette ouverture nécessaire du monde géoscientifique sur la société globale.
Pour notre pays, les sciences de la terre avec leurs diverses spécialités et la multitude de techniques qu'elles utilisent, interviennent dans le développement durable de nombreux domaines d'activité. En premier lieu dans le secteur minier qui est un pôle de développement régional par excellence, mais aussi dans celui de la géotechnique pour les études de stabilité des terrains en soubassement des infrastructures comme les autoroutes et les barrages, dans celui des réflexions relatives aux problématiques de l'environnement qui constituent des préalables aux démarrages de tout projet de carrière ou de tout grand projet immobilier. On fait également appel aux sciences de la terre pour la problématique liée à la qualité des ressources hydriques souterraines et pour la prévention contre les risques naturels.
Enfin, le développement du géotourisme, activité émergente que l'AMST soutient en raison de son importance pour la préservation de notre très riche et précieux patrimoine géologique et comme niche de développement économique pour les régions enclavées, s'appuiera également sur le savoir apporté par les sciences de la terre. Il n'est pas inutile d'ajouter que la qualité des membres actifs de l'AMST garantit une excellente sensibilité de l'association quant à la nécessité de concrétiser des actions en accord avec le concept de développement durable. Je rappelle que la présidence honoraire de l'association est assurée par Amina Benkhadra, ministre de l'Energie, des Mines, de l'Eau et de l'Environnement et conjointement directeur général de l'Onhym et que MM Abdelaziz Abarro, P.-D.G. de Managem, Hassan Moussaria, P.-D.G. de Geomatic et Driss Traki, P.-D.G. de CMT, sont membres honoraires de notre association ; ces éminents responsables ont déjà largement prouvé au travers de leurs actions, qu'ils étaient des acteurs déterminés en matière de développement durable dans notre pays.
Quel serait l'apport de l'AMST dans le développement du secteur minier ?
L'AMST, en sa qualité d'association, apportera une contribution spécifique et raisonnablement significative au développement du secteur minier qui restera, bien entendu, principalement porté par l'Onhym pour l'exploration et pour l'exploitation optimisée des gisements par les grandes entreprises minières nationales comme Managem ou CMT, pour le secteur privé, comme l'OCP pour le secteur public et par les centres universitaires pour la recherche. Sans se substituer aux opérateurs dans ce secteur, l'un des principaux objectifs de l'AMST est de contribuer à la promotion des techniques associées à la connaissance et à l'exploration du sous-sol national. A cette fin, l'apport de l'AMST dans le développement du secteur minier se fera essentiellement par le soutien technique aux différents opérateurs dans ce domaine.
Les créneaux ciblés sont, d'une part celui de l'infrastructure et des connaissances thématiques situées en amont du processus du développement minier et, d'autre part celui de la recherche-développement et de la valorisation, situé plus en aval. Les sociétés minières aussi bien les majors que les PME peuvent, dès à présent, puiser dans la base de données des ressources humaines de l'AMST qui va régulièrement s'enrichir pour satisfaire leurs besoins. Consciente de l'importance de la formation à l'amont de toute politique de développement, afin de garantir la relève dans le domaine concerné, l'AMST mettra en relation les acteurs et renforcera les échanges entre les établissements de formation, les entreprises minières et les associations professionnelles pour aider à la définition précise des profils à former en fonction des besoins des opérateurs, pour susciter l'identification de nouveaux «métiers» ou de nouvelles disciplines dans le domaine des sciences de la terre, en relation avec les exigences du développement durable. A titre d'exemple, il faut réfléchir, dès aujourd'hui, à la pertinence d'associer sciences de la terre et management urbain ou régional dans des cursus présentant un certain éclectisme, mais suffisamment intégrateurs pour assurer une vision cohérente à de jeunes acteurs appelés à travailler en contact direct permanent avec les gestionnaires des communautés à différents niveaux.
A l'instar du Code des hydrocarbures, est-ce qu'il y a assez de mesures incitatives pour encourager la recherche et la prospection minières au Maroc ?
Pour faire face aux défis auxquels il est confronté, notamment la découverte de nouveaux gisements miniers dans un contexte très compétitif avec d'importantes fluctuations du marché des matières premières, le secteur minier a besoin de mesures propres à encourager l'exploration minière et notamment d'un renforcement de l'infrastructure géoscientifique et de la réglementation. Pour l'infrastructure géoscientifique, le ministère de l'Energie et des Mines avait lancé à partir de 1997 le Plan national de cartographie géologique (PNCG) pour doter le pays d'une infrastructure géologique. Aujourd'hui, les taux de couverture ont atteint des niveaux très intéressants, à savoir 34% en cartes géologiques contre 20% à fin 1996 et 39% en cartes géophysiques contre 10% à fin 1996. Sur le plan réglementaire, le ministère de l'Energie, des Mines, de l'Eau et de l'Environnement a déposé un projet de code minier rénové pour remplacer celui en vigueur et qui date de 1951. Les principales dispositions de ce nouveau projet en cours reposent sur l'élargissement de la liste des substances permissibles et leur groupement dans une même et seule catégorie, la recherche sur de grandes superficies et le développement de la petite mine. On peut donc estimer que les instances publiques de pilotage stratégique et de contrôle jouent leur rôle et que le secteur minier sera en mesure de profiter de l'actuelle hausse généralisée des cours des matières premières.