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«Je suis rassuré sur l'avenir du secteur»

Rida Lamrini, Président de l'associa­tion Inmaa et ex-prési­dent de la FNAM.
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30 Octobre 2009 À 14:58

Auteur d'un ouvrage inti­tulé «Les che­valiers de l'infor­tune», dans lequel il raconte la genèse du microcrédit au Maroc, Rida Lamrini estime que la crise que connaît le secteur était évi­table. Néanmoins, selon lui, l'avenir se présente sous de bons auspices. L'ex-président de la FNAM annonce par ailleurs l'inten­tion de l'association qu'il dirige, Inmaa, de se transformer en un guichet «Moukawalati». Une expérience pilote sera inces­samment lancée au niveau de la région de Chaouia-Ourdigha.

ÉCO-PLUS : Quelle analyse faites-vous face à l'évolution de la sinistralité dans le sec­teur du microcrédit au Maroc?

Rida Lamrini :
A cha­que fois qu'on évoque la crise du secteur du microcrédit, très peu de gens osent avancer les véritables causes.
Dès qu'on parle des causes, on laisse l'impression qu'il y a quelqu'un derrière tout cela. En toute sérénité, je pense que le secteur a connu une croissance exponentielle sans les garde-fous qui vont avec. J'aurais presque tendance à dire que ce sont les défauts de jeu­nesse qu'on aurait pu éviter. Il aurait fallu qu'on garde à l'œil les fondamentaux de notre mission qui consiste à financer les activités génératrices de re­venus. Pour ceux qui s'intéres­sent à ce dossier, je les invite à lire mon dernier ouvrage «Les chevaliers de l'infortune» qui se veut un travail d'histoire et de mémoire. Les associations qui ont démarré le microcrédit au Maroc - ce n'est pas du tout par une recherche de gloire, c'est simplement pour rendre justice - ce sont de petites as­sociations qui sont restées pe­tites jusqu'à ce jour. Elles sont l'œuvre de militants. Je pense à l'AMSSF de Fès, à l'AOS nommée aujourd'hui AMOS. Par la suite, on a connu bien évidemment la grande vague d'associations créées par des moyens beaucoup plus subs­tantiels. Il aurait fallu maîtriser notre activité et ne pas s'éloi­gner de notre mission de dé­part. Qu'est-ce qu'on fait? Du microcrédit ou bien le finan­cement de n'importe quoi? Il aurait fallu qu'on s'assure que les clients qu'on finance n'ont pas d'autres prêts par ailleurs. Sur un plan géographique, il aurait fallu ne pas ouvrir une entité n'importe où à côté de n'importe qui... Il aurait fallu qu'on respecte notre code de déontologie que nous avons mis au point ensemble. Il aurait fallu qu'on poursuive la construction de notre Centrale des risques qui a été torpillée. Il aurait fallu qu'on exécute les dispositions de l'accord-cadre que nous avons signé avec le gouvernement le 15 septem­bre 2005 devant S.M. le Roi. Si on avait observé toutes ces règles, on ne serait pas arrivés là. Malheureusement, certains confrères sont partis dans une course aux chiffres en oubliant tous ces garde-fous.

Est-ce que vous partagez l'avis de ceux qui pensent que dès que les petites et les moyennes AMC ont pris place aux côtés des grandes, des problèmes se sont apparus…
Je ne sais pas quel est l'esprit qui a émis ce genre d'hypothèse. Franchement, ça me fait rire... Je crois que les petites AMC étaient déjà présentes quand les autres ont pris place. Encore une fois, si nous avions respec­té les dispositions du code de déontologie, on ne serait pas arrivés là. Cela dit, comment voulez-vous qu'une petite association avec 10.000 clients puisse impacter un marché d'un million de clients…

Depuis de lon­gues années, on parle du projet de la Centrale des risques. Pourquoi a-t-il tardé à voir le jour ?
Le secteur du mi­crocrédit est un pionnier. Nous som­mes arrivés à créer une Centrale des risques, le code-source était déjà opérationnel.
Pour l'histoire, les petites as­sociations voulaient continuer. J'ai presque envie de vous dire qu'heureusement que Bank-Al-Maghrib (BAM) est inter­venue. Si ce n'était pas le cas, nous ne serions jamais dotés d'une Centrale des risques. L'avantage avec BAM, c'est qu'on pourra s'échanger des in­formations liées non seulement à nos clients, mais en plus aux clients de l'ensemble du secteur financier. C'est très important de savoir si la personne qui sol­licite un crédit chez nous n'est peut-être pas endetté auprès des banques ou des sociétés de financement. Nous ne voulons pas contribuer au surendette­ment.

Comment voyez-vous la sortie de crise ?
A un moment donné, j'étais très pessimiste. Lorsque le flambeau de la FNAM a été re­pris par Tariq Sijilmassi, je lui souhaitais beaucoup de chance mais en se posant beaucoup de questions sur l'avenir. Au vu des évènements récents, de ce que fait justement notre prési­dent, j'estime qu'il y a un tra­vail en profondeur qui est en train d'être fait et qui me laisse plein d'espoirs sur l'avenir de cette activité. Il faut savoir que cette activité n'appartient à personne.
C'est un travail de militants et de bénévoles.
Quiconque essaie de se l'ap­proprier, il perd son temps, il faut qu'il aille ailleurs. Evi­demment, le microcrédit, tel que nous le pratiquions au dé­but des années 90, n'est plus le microcrédit d'aujourd'hui. Les circonstances ne sont pas les mêmes. Avant, nous étions des bénévoles, seuls dans notre coin. Aujourd'hui, nous sommes dans un secteur qui brasse des milliards. Les pouvoirs publics nous encadrent. La population, elle-même, a évolué dans sa perception et dans ses rap­ports avec les institutions de la micro-finance. Tout cela mé­rite une nouvelle vision et une nouvelle approche. En tant qu'observateur, je suis rassuré sur l'avenir. J'ai aujourd'hui une nouvelle motivation pour continuer à poursuivre ma contribution aux côtés de mes collègues.

Comment se porte votre association Inmaa dans ce contexte précis?
Inmaa est une association qui se porte très bien. Pour­quoi? Parce qu'elle a un petit portefeuille. Ma philosophie a été toujours centrée sur la proximité et la qualité du portefeuille. On ne cherche pas les chiffres, on cherche à offrir un service de qualité. Nous sommes en train de traverser cette période avec beaucoup de séré­nité. Nous menons, par ailleurs, beaucoup de consul­tations avec nos confrères de toutes tailles. Je peux vous dire que l'avenir se présente sous de très bons auspices. Nous sommes conscients qu'à partir du moment où le microcrédit est devenu une composante principale du paysage socio-économique, où les pouvoirs publics ont investi ce secteur d'une mission de contribution à la politique nationale de dé­veloppement humain, il est évident que nous devons être à la hauteur des attentes. Parmi les mesures que nous avons ini­tiées, celle qui me tient à cœur, à un moment où le Maroc fait face à des problèmes qui sont devenus un peu plus aigus à cause de la crise internatio­nale, Inmaa vient de s'enga­ger dans une politique dédiée aux jeunes. En devenant un guichet ''Moukawalati'' (on va commencer par la région de Chaouia-Ourdigha), nous avons une ambition clairement affichée. Nous avons pris tou­tes les mesures nécessaires pour que notre engagement puisse se traduire en projets concrets. C'est une affaire sur laquelle nous fondons beaucoup d'es­poirs. Cela dit, entendons bien, dans cette affaire, il n'y a pas d'argent à gagner. C'est un engagement citoyen auprès des jeunes de ce pays.
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