Hormis des grands groupes et certaines PME bien structurées, les entreprises marocaines restent peu informées sur leur environnement.
LE MATIN
18 Février 2010
À 17:43
Et ce même si environ 80 % de l'information dont elles ont besoin est une information dite "ouverte" ou aisément accessible. Un rôle que joue, entre autres, la presse économique et financière. Cependant, si la sous-information est un danger, la sur-information l'est aussi. Regards croisés de professionnels.
"Celui qui détient l'information détient le pouvoir". Cette citation est, semble-t-il, devenue obsolète. Maintenant, c'est plutôt celui qui traite l'information à temps qui détient le pouvoir.
C'est en tout cas ce qu'a fait implicitement le consensus des intervenants lors du séminaire portant sur l'information économique, organisé récemment par l'école de commerce ESIG. Toutefois, les entreprises marocaines, hormis des grands groupes et certaines PME bien structurées, n'ont pas encore franchi la première étape. Les exemples ne manquent pas.
Une ancienne étude, dont les conclusions restent d'actualité, menée par le cabinet Original Invest pour le compte de la Société financière internationale, présenté à cette occasion, sur le financement des entreprises du secteur des NTIC, est édifiante à plus d'un titre.
D'abord, sur une quarantaine d'outils de financement bancaire, les entreprises utilisent à peine 2,4 produits vu le manque d'informations sur les autres moyens qui sont en général mieux appropriés et moins onéreux. Ensuite, 88% des entreprises sondées déclarent avoir peu ou aucune information sur les mécanismes de garantie des crédits bancaires. Et enfin, 70% des entreprises ont aucune ou peu d'informations sur les mécanismes de mise à niveau, d'assistance technique de l'ANPME et des autres organismes. « Les raisons du manque de veille en information sont quatre », a expliqué Rachid Amrani, directeur général d'Original Invest. Il s'agit du peu de délégation des chefs d'entreprise, du management mix du stratégique et de l'opérationnel, du faible recours aux consultants métiers et du faible prise de conscience de l'importance de la veille. Certes, la situation a évolué depuis, mais il n'en demeure pas moins que l'entreprise marocaine reste peu informée sur son environnement. Un rôle que peut jouer, entre autres, la presse économique. D'autant plus que « d'après des études, 80 % de l'information dont ont besoin les décideurs et les acteurs économiques est une information dite "ouverte".
C'est-à-dire une information publique et accessible à tous à travers notamment les journaux et magazines spécialisés dans leurs formats papier et électronique», nous a précisé Marouane Harmach, directeur associé du cabinet Consultor. Avant d'ajouter que « le développement et l'essor de la presse spécialisée économique et financière au Maroc est un élément essentiel dans l'amélioration du climat des affaires».
Car «il induit une circulation de l'information économique et financière, ce qui ne manque pas de donner une meilleure visibilité aux décisionnaires et autres investisseurs nationaux et étrangers et permettre une meilleure maîtrise des facteurs pouvant influer sur leur business et leur investissement».
Tout en soutenant l'importance de la presse spécialisée, Hassan Charaf, de la Fondation Banque populaire pour la création d'entreprises, a développé une autre idée. Pour lui, un créateur d'entreprise n'a pas besoin que de cette information publique, il a aussi besoin d'études de marché répondant à une problématique bien précise et lui permettant de prendre des décisions en connaissance de cause. Ce qui nécessite dans certains cas le recours aux cabinets spécialisés ou à des associations ou fondations pouvant jouer le rôle d'accompagnateur. S'il y a un besoin, a-t-il indiqué, c'est en matière des études prospectives pour se projeter dans l'avenir.
Que l'information soit à sa portée ou non, l'entreprise se doit de jouer le jeu pour s'informer. Cependant, si la sous-information est un danger, la sur-information l'est aussi, a laissé entendre Khalid Tritki, directeur de Focus contenu. Ce qui n'est pas sans rappeler une citation d'un ancien chef du Parti conservateur britannique partisan des conquêtes coloniales au 19e siècle : «Celui qui rencontre le plus de succès dans la vie est celui qui est le mieux informé». -------------------------------------
3 Questions à Marouane Harmach Consultant et directeur associé du cabinet Consultor.
«La PME marocaine est mal outillée pour collecter et exploiter l'information économique»
Que représente l'importance de l'information économique dans la prise de décision stratégique ?
L'information économique «fraîche» et vérifiée permet de tenir le manager au courant de l'actualité de l'environnement de son entreprise (marché, clients, fournisseurs, partenaires, concurrents,…). Sans cette information, la prise de décision devient un exercice hasardeux et n'est pas basée sur des éléments factuels. La veille et l'intelligence économique ont justement pour rôle de doter les entreprises et les entités publiques de moyens et de méthodes de recherche de l'information économique pertinente et de la mettre à la disposition du décideur dans des conditions acceptables de coût et de sécurité.
Les PME marocaines sont-elles en mesure d'exploiter dans les règles de l'art toutes les informations nécessaires pour leur développement ?
La PME marocaine est mal outillée et dans la majeure partie des cas non sensibilisée sur l'importance de l'information dans la prise de décision. Mais l'intérêt que commence à porter les grands groupes structurés à cette question pourra avoir, à notre avis, un effet d'entraînement sur les PME pour qu'elles se dotent de moyens d'acquisition et d'analyse de l'information. Sous d'autres cieux, les PME accèdent à cette information par le recours à des offres de mutualisation de la mise à disposition de l'information et de son traitement. Je pense notamment à l'externalisation ou le recours à des prestataires externes proposant des informations à la demande sous forme de revue de presse ou de confection de dossier sur des thèmes donnés.
Le recours aux cabinets de consulting spécialisés est-il devenu monnaie courante pour les PME marocaines ?
Le recours des PME à des prestataires et des cabinets de consulting reste très rare. Il est l'apanage presque exclusif des grands groupes et de quelques établissements publics.