Comment la financemarocaine quadrille l'Afrique

Une feuille de route pour six chantiers

Bancarisation, épargne, Casablanca Finance City, régionalisation, sociétés de financement... ce que Bank Al-Maghrib a convenu avec les institutions bancaires de la place.

24 Décembre 2010 À 12:27

Fidèle à ses habitudes, le Wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a allié humour et sérieux pour faire le point sur la situation financière du pays. Un exercice de transparence auquel il se prête juste après la tenue du conseil de la Banque centrale, dont la dernière session de l'année s'est tenue le 21 décembre à Rabat. Loin de lui la langue de bois des politiciens, Jouahri a confirmé les attentes du marché en gardant le taux directeur de BAM stable à 3,25%. Mais ce qui a retenu le plus l'attention dans cette sortie médiatique, c'est la feuille de route que se sont fixée les banques commerciales et leur organisme régulateur (BAM) à l'issue de leur dernière réunion tenue il y a un mois.

Le premier engagement concerne la mobilisation de l'épargne. Suite au relèvement du plafond des dépôts pour les comptes sur carnet de 300.000 à 400.000 DH, la Banque centrale a décidé de soustraire cette catégorie de dépôt de sa réserve monétaire. « Cette mesure devrait injecter dans le système financier entre 3 et 4 milliards de DH », note Jouahri. Toujours dans le cadre de la mobilisation de l'épargne, BAM a institué la possibilité pour les nouveaux clients de créer des comptes à zéro dirham. « Cette catégorie de comptes devrait être animée au cours des six premiers mois après leur ouverture. A défaut, les banques sont autorisées à les clôturer, sans facturer de frais à leurs détenteurs », explique Jouahri. Malgré ces annonces, le Wali a encore une fois été interpellé les banques sur la question de la pénurie de liquidité. Il n'est plus question pour lui de ressasser les mêmes arguments liés à la crise et ses retombées. «I l faut chercher de nouveaux moyens de financement, même à l'extérieur du pays. A titre d'exemple, pourquoi exiger des investisseurs locaux un apport obligatoire en fonds propres alors que les investisseurs étrangers en sont exonérés ? », lance Jouahri.

Après l'épargne, le Wali s'est attaqué au dossier de la bancarisation. A ce niveau, il annonce que l'objectif d'un taux de bancarisation de 50% sera réalisé en cette fin d'année. « Mais nous nous sommes déjà fixé notre prochain objectif pour les trois années à venir. Nous tablons sur la bancarisation des deux tiers de la population », lance le Wali. Et d'ajouter, «les banques estiment que cette barre est trop haute mais nous avons tenu à ce qu'elle soit maintenue ». En parallèle à la fixation de cet objectif, Jouahri annonce le lancement d'une stratégie pour l'éducation financière. Pour ce faire, un benchmark des expériences internationales est dans le pipe, en partenariat avec la Banque mondiale. « L'idée est de savoir si ce chantier sera piloté par l'Education nationale, les Finances ou la Banque centrale. Dans tous les cas, ce sera un travail de longue haleine », précise Jouahri. Concernant Casa Finance City, le Wali annonce le lancement d'une nouvelle étape de réflexion portant d'une part, sur le financement, à travers éventuellement la cotation en devise à la bourse de Casablanca, et d'autre part, la réforme du régime de change. Jouahri affirme que les textes préliminaires de réforme sont prêts chez Bank Al-Maghrib. Encore faut-il les discuter avec les autres parties prenantes du projet. « Si les piliers du projet avancent au rythme prévu, les road-show devraient commencer durant 2011, avec des packages complets. Encore faut-il préciser qu'il ne s'agit pas de faire des effets d'annonce, sans contenu, comme d'autres l'ont fait », note Jouahri.

Le Wali de la Banque centrale n'a aucun complexe à lancer le débat portant sur les malversations repérées chez des sociétés de financement. Pour y faire face, l'Institut d'émission a, entre autres, introduit de nouvelles règles pour constituer le dossier minimum de demande de crédit et fixé de nouvelles règles de calcul des capitaux minimum dans le secteur. Qu'en est-il des sociétés de microcrédit dont la situation est également sujette à débat ? « En plus de la mutualisation des plus petites structures du secteur sous le giron du Crédit Agricole, les associations ont adhéré au Credit Bureau, renoncé aux créances croisées et se sont imposées de nouvelles règles de concurrence», précise le Wali.

La feuille de route de Jouahri comporte deux derniers chantiers. D'une part, la régionalisation dont le rapport sera livré incessamment et qui devrait impliquer une gestion différenciée. D'autre part, la charte d'éthique et de confidentialité que se sont imposés les membres du conseil de BAM.

Loi bancaire, statuts de Bank Al-Maghrib : « Les premières moutures sont prêtes»

« Les chantiers relatifs à Bâle III sont contenus dans la nouvelle loi bancaire et les nouveaux statuts de Bank Al-Maghrib. Les premières moutures de ces deux textes sont prêtes à notre niveau », affirme Jouahri. Le Wali a précisé que l'application des normes Bâle III dépend de l'avancement des travaux chez le G20. Ce groupement a accordé à ses pays membres une durée de 5 ans (entre 2013 et 2018) pour mettre en application les nouvelles normes prévues dans le cadre de ce nouveau référentiel.

« En attendant, nous continuons à implémenter les règles de Bâle II, concernant notamment la notation interne », indique Jouahri
La rencontre avec Jouahri était aussi l'occasion de soulever le cas de deux institutions financières. Le premier est celui de Dar Assafaa qui prend de plus en plus les allures d'une banque islamique. « Cela ne sert à rien de dire que cette institution est privilégiée. Nous sommes en droite ligne avec ce que nous avons prévu depuis le départ au sujet de la finance islamique. Les banques ont le droit de filialiser cette activité et même de s'allier avec des partenaires étrangers. Mais ces filiales ne peuvent en aucun avoir des dépôts pour leur propre compte. D'ailleurs, Dar Assafaa ne fait que collecter les dépôts pour le compte de sa société mère », détaille le Wali. Et d'ajouter, « le lancement de Casa Finance City nous permettra de développer l'innovation dans ce domaine.

On n'exclut pas la mise en place d'une formule pour les Sukuk (obligation conformes à la Chariaa, ndlr)». Le deuxième cas concerne la société de crédit à la consommation Sofac Crédit, dont le titre est suspendu depuis deux mois en bourse. Faisant référence aux tentatives de CMKD pour reprendre l'affaire, Jouahri répond ironiquement en indiquant, «nous leur avons refusé l'entré épar la porte, ils ont essayé d'entrer par la fenêtre. Mais ils devaient savoir que nous ne suçons pas nos pouces ». Quant au projet de prise de participation du Crédit Agricole du Maroc dans la même société, Jouahri ne s'y oppose pas. « Encore faut-il que les deux partie se mettent d'accord sur les détails du mariage ».
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