Le FUS et le MAT s’envolent

Un peu élitiste, mais un bon placement

Le marché de l’art comme canal de placement ? Pourquoi pas, puisque des œuvres voient souvent leur cote atteindre des niveaux de prix plus qu’intéressants.
Mais ce marché est-il transparent pour autant ?

07 Mars 2012 À 13:34

«Beaucoup achètent avec leurs oreilles et non avec leurs yeux». S’agissant d’un produit dont l’appréciation est visuelle par essence, on peut s’étonner, à juste titre, d’une telle assertion. Pourtant, c’est un expert dans son domaine qui l’affirme. Abderrahmane Saaïdi, fondateur de la galerie Mémoart à Casablanca, expert comptable et ancien ministre des Privatisations, est en effet un spécialiste connu et reconnu sur le marché de l’art et dans les arcanes des ventes aux enchères au Maroc.

Beaucoup parmi ceux qui achètent aujourd’hui des œuvres d’art au Maroc le font en effet sur la foi d’un témoignage, une impression sous le manteau, un «tuyau» comme on dit… En d’autres termes, «ils n’achètent pas nécessairement des œuvres qui leur plaisent vraiment, mais des créations d’artistes dont ils ont entendu parler, en l’occurrence des valeurs qui ont bénéficié d’une promotion commerciale efficace», commente M. Saaïdi. L’intérêt, en termes de placement, est d’autant plus évident puisque les artistes «qui ont la cote» surfent en général sur la tendance du moment, portés par la médiatisation bien ordonnée autour des expositions, ventes aux enchères et autres vernissages auxquels ils prennent soin d’inviter des critiques d’art, des hommes d’affaires et naturellement des banquiers.

Qui a dit, en effet, que l’art ne nourrissait pas son homme au Maroc ? La réussite sociale de certains créateurs dans le domaine des beaux-arts, et en particulier sur le registre de la peinture, de la sculpture et du design, laisse souvent rêveur… Mais attention à ne pas généraliser trop vite, car pour un artiste menant un train de vie de luxe, une bonne dizaine survivent tout juste de leur art. Non pas parce que leur travail ne vaut rien, mais parce qu’ils n’ont pas le feeling pour séduire les galeries et donc les galeristes.

Aux derniers chiffres (officieux, bien sûr), ils seraient environ 2.000 artistes à travailler actuellement dans le monde de l’art et à en vivre exclusivement. Certains ont été au bon endroit et au bon moment. C’était suffisant pour voir leurs œuvres exposées dans les musées aux quatre coins du monde, de Tokyo à New York, en passant par Barcelone et Paris. Chaïbia Talal, Mahi Binebine, Mehdi Qotbi, et quelques rares autres privilégiés dont les œuvres sont cotées à des niveaux de prix inouïs. Hassan El Glaoui a vu une de ses toiles partir pour 1,38 million de DH. Pour autant, fait-il bon placer son argent dans l’art ? Le placement est sûr tant que la cote se maintient, mais encore faut-il que celle-ci soit dûment certifiée par un expert, un commissaire priseur, bref un spécialiste auquel on reconnaît cette qualité selon les standards internationaux. Pour le moment, les collectionneurs se contentent d’effectuer des placements sur le conseil de galeristes et de critiques d’art réputés honnêtes…

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