16 Février 2012 À 12:46
Le commerce extérieur du Maroc va mal et les entreprises exportatrices sont pointées du doigt. Le raisonnement de nombreux économistes est simple : si le pays perd des parts de marché, même sur certains débouchés dits traditionnels (comme en Europe), s’il importe deux fois plus qu’il n’exporte, s’il creuse son déficit commercial d’une manière inquiétante, eh bien c’est parce que les entreprises nationales font de moins en moins jeu égal avec leurs consœurs à l’étranger.
Le raisonnement ne fait cependant pas l’unanimité chez tous les analystes, car d’aucuns veulent relativiser le phénomène et font volontiers endosser une partie de la responsabilité à d’autres intervenants, l’État en premier. Pour Nabil Boubrahimi, spécialiste du commerce international et ancien cadre supérieur du Conseil national du commerce extérieur (devenu depuis peu l’Observatoire du commerce extérieur), les raisons qui expliquent les difficultés rencontrées par de nombreuses entreprises à s’imposer à l’international peuvent tenir aussi bien à des facteurs internes qu’externes à l’entreprise (voir entretien ci-contre). Du manque de compétitivité à l’insuffisance de diversification des marchés, en passant par des produits à faible valeur ajoutée, un déficit dans la modernisation des moyens de production, des restructurations sectorielles qui n’aboutissent pas, une intégration encore à mener au niveau des filières et des produits qui marchent à l’export, l’entreprise a bien des griefs à porter contre elle-même…Pour autant, le «destin» de l’entreprise exportatrice n’est pas totalement entre ses mains. Celle-ci subit les effets du renchérissement des coûts des facteurs de production, des pesanteurs d’une fiscalité encore peu compétitive sur certains aspects et de la contraction de la demande, domestique comme étrangère. Et ce n’est pas tout : elle est toujours en quête d’un «coup de pouce» de la part des pouvoirs publics. «Les entreprises censées adapter leurs gammes de produits aux exigences des marchés étrangers souhaiteraient profiter d’un système d’incitation à l’export qui soit plus efficace encore que celui qui existe actuellement, et disposer aussi d’un mécanisme d’assurance plus attractif», fait remarquer M. Boubrahimi. Pour sa part, M’Hammed Tahraoui, responsable au Centre marocain de conjoncture, estime qu’il s’agit d’optimiser d’abord les instruments d’aide existants, et ce de la part de l’État comme chez les entreprises.
Une panacée, alors ? De l’avis des spécialistes du commerce extérieur, le gouvernement serait bien inspiré de s’atteler vite à l’amélioration de la compétitivité du produit Maroc et à la diversification de l’offre exportable, tout en soutenant les secteurs à fort potentiel de développement. Ceux-ci sont en effet bel et bien identifiés : offshoring, électronique, automobile et aéronautique. Des ajustements nécessaires doivent aussi être opérés concernant les ALE (accords de libre-échange) afin de permettre au Royaume d’émerger réellement en tant que plateforme régionale de production, d’investissements et d’échanges, ouverte à la fois sur les espaces européen, méditerranéen et africain.
Dossier réalisé par Lahcen Oudoud et Réda Bensaoud