09 Février 2012 À 13:00
Signes des temps, au Maroc et en Espagne, un changement de gouvernement est intervenu tout récemment et quasi simultanément. Sont-ils annonciateurs de renouveau ? La question mérite d’être posée. Les problèmes qui fâchent n’en finissent pas de polluer les rapports entre les deux voisins. À l’image du dossier halieutique, véritable bombe à retardement que ni politiciens, ni industriels n’ont encore réussi à désamorcer. On l’a vu récemment, le blocage au niveau de l’Union européenne, sur l’Accord de pêche, a parasité la communication entre les décideurs des deux parties, plaçant l’Espagne, membre influent de l’Union, dans une posture que Mariano Rajoy aurait bien aimé ne pas assumer, lui qui vient à peine d’être adoubé chef du gouvernement.
Le nouveau chef de l’Exécutif espagnol a d’ailleurs profité de la récente tenue du Conseil européen pour appeler la Commission européenne à davantage de rapidité dans les négociations portant sur l’Accord de pêche. Face à José Manuel Barroso, président de la Commission, M. Rajoy a énergiquement appelé à impulser la signature d’un nouvel Accord de pêche entre le Maroc et l’Union européenne. «Il est très important que, de la part de la Commission et du Conseil, le travail se poursuive et qu’à la fin, le Parlement européen l’adopte, car nous ne voyons aucune raison pour que le Parlement européen rompe un Accord de pêche avec le Maroc qui fonctionne bien», a-t-il martelé à l’attention des médias espagnols et européens. Son voyage éclair à Rabat (le tout premier de son mandat), le 18 janvier dernier pour rencontrer Abdelilah Benkirane, s’inscrivait dans ce souci - assez inédit chez le Parti populaire - de mieux soigner la qualité des relations maroco-espagnoles.
Côté marocain, on l’a vu aussi, le déplacement du nouveau ministre des Affaires étrangères, Saâd-Eddine El Othmani, le 3 février dernier à Madrid, est très significatif de cette embellie diplomatique. Pour autant, le problème de la pêche va-t-il être enfin résolu ? De nouveaux hommes pour un vieux dossier ? Il faut y croire.
Les industriels de la filière halieutique y croient, en tout cas. Dans l’attente du prochain repos biologique, les professionnels espagnols de la pêche s’inquiètent, en effet, des suites de ce dossier au plan politique. Normal, après la décision du Maroc enjoignant aux bateaux de la flotte communautaire de quitter les eaux territoriales, comme mesure parallèle à la décision du Parlement européen de ne pas reconduire le fameux Accord. Une rencontre de haut niveau entre les deux pays est prévue, à cet effet, en juin prochain à Madrid. «Le secrétaire général de la Mer, Juan Carlos Martin Fragueiro, a en effet invité son homologue marocain, Abdeljebbar Youssefi, à un conclave pour discuter des questions d’intérêt commun», annonce le ministère espagnol de l’Environnement et du milieu rural et marin, dans un communiqué récemment relayé par le site Europa Press.
Au menu de la rencontre souhaitée par les Espagnols, l’examen des problèmes pendants de l’Accord, mais aussi la mise à niveau des compétences au niveau de la filière halieutique marocaine qui a un background à engranger de la part des industriels espagnols.
Ce projet de coopération bilatérale, fréquemment évoqué, mais peu entrepris jusqu’à présent, porte en particulier sur le volet de la formation et de la recherche scientifique.Qu’attendre donc de bien concret dans les prochaines semaines, voire prochains mois ? Politiquement, la mécanique communautaire étant ce qu’elle est, il faut s’attendre à ce que peu de choses bougent sur le fond.
Économiquement, les acteurs espagnols ont une carte maîtresse à jouer : le poids de leur corporation qui représente, à elle seule, plus des deux tiers du potentiel réel de la flotte européenne. On comprend que les armateurs d’Andalousie et des Iles Canaries aient menacé le gouvernement Rajoy d’ouvrir des négociations, d’une manière ou d’une autre, avec le Maroc en vue de développer un début de solution. Un Accord sur la pêche sans l’UE, mais avec l’Espagne ? Peu probable. Mais l’état d’esprit des pêcheurs ibériques renseigne sur l’atmosphère, bien lourde ces jours-ci, qui règne entre certains membres de l’écosystème communautaire.
Dans un document officiel daté du 1er juin 2011, la Commission européenne a formalisé la décision européenne de négocier avec le Maroc en vue de proroger, pour une durée d’un an, le Protocole de l’Accord de partenariat dans le secteur de la pêche entre Bruxelles et Rabat. De facto, rétroactivement à partir du 28 février 2011 et pour une période d’une année, des possibilités de pêche sont accordées par Rabat à la flotte communautaire opérant dans les eaux territoriales du Royaume. Le document dispose que «les possibilités de pêche visées à l’article 1er de l’Accord peuvent être augmentées d’un commun accord dans la mesure où, d’après les conclusions des réunions scientifiques visées à l’article 3, cette augmentation ne porte pas atteinte à la gestion durable des ressources marocaines. Dans un tel cas, la contrepartie financière est augmentée proportionnellement». Le Maroc, précise le document communautaire, accorde à titre incitatif aux opérateurs de l’Union débarquant dans les ports marocains, en particulier aux fins de vente aux industries locales, de valorisation au Maroc par ces opérateurs ou d’acheminement par voie terrestre des captures effectuées dans les zones de pêche marocaines, une réduction du montant des redevances, conformément aux dispositions prévues. La suspension de l’application du Protocole est subordonnée à la notification par la partie intéressée de son intention par écrit et au moins trois mois avant la date à laquelle cette suspension prendrait effet.