20 Novembre 2013 À 12:51
Le surgelé des fruits et légumes marocain séduit de nouveaux exportateurs. La niche est pourtant encore embryonnaire au Maroc (à part le cas unique des fraises), le Royaume étant surtout connu par ses exportations de fruits et légumes frais ou en conserve. Mais il semble que depuis quelques années, le surgelé offre de nouvelles opportunités à l’export. La Société de développement des industries agro-alimentaires du Souss (Sodias), basée à Agadir, croit en tout cas dur comme fer au potentiel du segment. Créée il y a tout juste deux années, elle a pu exporter l’année dernière 3 000 tonnes de produits vers l’Europe, pour un chiffre d’affaires de 25 millions de DH. Ses exportations englobent des sacs de plastique surgelés de fruits (abricots, melons boules, clémentines, oranges, fraises et figues) et de légumes (aubergines, haricots, carottes, courgettes, piments, poivrons, citrouilles et oignons).
Exclusivement tournée vers l’export, Sodias a pu décrocher des commandes en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. Sa stratégie pour trouver des débouchés ? Verrouiller l’approvisionnement et lier des partenariats avec les producteurs-exportateurs marocains de fruits et légumes –qui sont aussi ses fournisseurs-, bien rôdés à l’export en Europe. «Ces producteurs disposent déjà de certifications et nous fournissent une matière première. Nous bénéficions de leurs systèmes de traçabilité, car ils sont obligés de respecter les normes européennes. Ce qui est un atout de taille pour nous pour accéder rapidement au client européen», explique Amine Bensaih, manager de Sodias. La jeune entreprise est certifiée HACCP et dispose de ses propres laboratoires de microbiologie pour contrôler la sécurité de ses produits. C’est que le patron de l’entreprise industrielle est très conscient des critères qui régissent le marché très compétitif de l’agro-alimentaire en Europe, notamment le segment du surgelé, où les Turcs règnent en maître.
Avant de créer Sodias, Amine Bensaih était tourné vers l’export de poisson surgelé, à travers son autre entreprise : Amapex. «J’ai vite compris que le poisson est une activité très saisonnière. J’ai donc essayé de diversifier mes activités et explorer d’autres horizons», explique le manager de Sodias. En 2010, il prend la décision de construire une usine pour le surgelé des fruits et légumes, au niveau du port d’Agadir. Pour s’approvisionner en matières premières, la société a décidé de signer des contrats avec des agriculteurs qui disposent de grandes superficies plantées dans la région d’Agadir et Marrakech, notamment pour les produits maraichers.
La société récupère aussi les écarts de triage des producteurs pour «pouvoir tourner toute l’année». «Nous visons à contrôler nos cultures en limitant l’utilisation de pesticides tels que IPM dans les vergers. Plus de 90% de nos produits bruts proviennent des agriculteurs sous contrat», explique Amine Sayeh. «Nous avons toutefois des problèmes au niveau de la récolte des figues», poursuit-il. Le jeune entrepreneur donne l’exemple de la région de Doukkala, où Sodias a affaire à des petits producteurs, qui «acceptent rarement qu’on contrôle leurs processus de production», lance le patron de Sodias. «Du coup, pour exporter du surgelé de ces produits, il est pratiquement impossible de les faire accepter par les instances de contrôle de l’Union européenne, car les process de production ne sont pas certifiés», poursuit Amine Sayeh. La solution pour lui et ses associés a été de disposer directement de leurs propres plantations. La société a ainsi initié un programme de plantations d’arbres fruitiers sur une centaine d’hectares dans la région de Marrakech. «Nous avons commencé par implanter notamment des figuiers, des abricotiers et des oliviers. Nous sommes actuellement à une centaine d’hectares, que nous comptons augmenter», avance Amine Sayeh. Son objectif à terme est de rendre sa société autonome en termes d’approvisionnement, notamment pour l’abricot et la figue. Une étape primordiale pour l’exportateur avant de pouvoir augmenter ses capacités à l’export.
Amine Sayeh préfère aujourd’hui concentrer ses efforts sur l’export du surgelé de fruits et légumes. Le jeune chef d’entreprise nourrissait pourtant de grandes ambitions pour sa première entreprise Amapex, spécialisée dans le surgelé de poisson. La société réalisait de bons chiffres à l’export vers l’Europe, mais aussi vers l’Afrique. «Sur l’Afrique, nous avons eu des difficultés de logistique. L’export marocain reste orienté vers le Nord et demeure mal pensé pour les pays africains», explique-t-il. Il regrette en effet l’absence de lignes maritimes directes pour desservir l’Afrique de l’Ouest. Selon lui, les lignes existantes en partance d’Agadir sont programmées par les compagnies conventionnelles, mais sont chères. «Dans le passé, une compagnie maritime qui s’appelait La Fruitière nous aidait énormément. On avait développé le business avec l’Afrique de l’Ouest grâce à la ligne créée par cette compagnie maritime», rapporte Amine Sayeh. Ce dernier fait allusion à un petit transporteur français spécialisé dans l’import et export de fruits frais qui assure la liaison entre l’Europe et plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest (Cameroun, Côte d’Ivoire, Bénin et Ghana). Durant son transit, le bateau La Fruitière faisait escale au Maroc. Ses containers, vidés en Europe, étaient loués par les exportateurs marocains pour acheminer leurs cargaisons vers les pays précités à des «prix compétitifs». Le bateau faisait une escale par semaine et disposait d’un de 50 conteneurs. «Aujourd’hui, La Fruitière ne peut plus faire escale au Maroc, car les Européens font appel à ses conteneurs pour exporter de la viande vers les pays de l’Afrique de l’Ouest. On souffre aujourd’hui énormément à cause de ce problème», explique Amine Sayeh, ajoutant qu’il dispose de grands stocks dans ces frigos qu’il a du mal à acheminer à ses clients. «Il est vrai qu’il existe d’autres compagnies, elles sont non seulement chères, mais leur «transit time» n’est pas maîtrisé», indique-t-il avec insistance.Selon lui, plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest ne disposent pas d’infrastructures pour recevoir les grands bateaux, notamment ceux des lignes conventionnelles.