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Médiocre employabilité des diplômés universitaires

Résultats d'une étude sur l'enseignement supérieur dans la région MENA réalisée par la BM, l'AFD et CMI
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30 Octobre 2011 À 13:07

La Banque mondiale, l'Agence française de développement (AFD) et le Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée (CMI) viennent de publier une étude sur l'enseignement supérieur au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA). Les auteurs pointent la médiocre employabilité des diplômés universitaires.
Plusieurs pays de la région MENA, et plus particulièrement les pays arabes méditerranéens, sont aujourd'hui confrontés à une accumulation de problèmes majeurs. En effet le taux de chômage des jeunes (21 % au Moyen-Orient et 25 % en Afrique du Nord) y est beaucoup plus élevé que dans n'importe quelle autre région du monde.
Ce taux est constitué d'un nombre disproportionné de jeunes femmes et de nouveaux diplômés. Qui plus est, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail sont plus diplômés que jamais mais incapables de tirer parti du temps et de l'argent qu'ils ont investis dans leur éducation, étant donné qu'il n'existe pas d'emplois de bonne qualité dans leur secteur de travail respectif. Au cours de ces dernières années, la part du nombre de diplômés dans la population active a progressé. «Au Maroc, les diplômés de niveau supérieur ont bénéficié de plus du cinquième (22%) des postes d'emploi créés par an en moyenne, sur la période 2000-2010». Le chômage touche en priorité les jeunes et les femmes. Elles sont plus nombreuses à rejoindre des cursus universitaires et bien souvent choisissent les filières où les débouchés sont moindres. «Les hommes bénéficient d'une probabilité d'être insérés dans la vie active 1,75 fois supérieure à celle des femmes».

Des enquêtes menées auprès des entreprises indiquent que le manque de compétences et de formation des travailleurs fait partie des cinq principaux obstacles au développement des affaires dans la région, en particulier dans les pays arabes méditerranéens. Les employeurs se plaignent d'un manque d'expérience et de compétences techniques, mais aussi d'un déficit de compétences faisant appel à l'intelligence émotionnelle comme les traits de personnalité, le savoir-vivre, les compétences interpersonnelles, les qualités d'expression et les habitudes personnelles.

Une écrasante majorité de jeunes diplômés de l'enseignement supérieur est issue de la filière des sciences humaines et sociales. Ces profils de scolarisation permettent de répondre à la demande de diplômés du secteur public, mais sont insuffisamment adaptés aux exigences de la récente expansion du secteur privé des services et de l'industrie manufacturière. Qui plus est, en dépit des efforts importants qui ont été faits ces dernières années pour améliorer leur qualité, les systèmes éducatifs restent encore trop fragmentés et l'incidence de ces progrès sur l'emploi des jeunes diplômés reste à mesurer.
Le secteur public fausse encore les incitations. En effet, dans de nombreux pays de la région MENA, le fonctionnariat reste important par rapport au niveau de développement. Même si les administrations publiques recrutent beaucoup moins depuis quelques années, la fonction publique représente encore une part importante de l'emploi formel en Afrique du Nord.

Encore associé à des régimes d'assurance maladie, de retraite, de temps de travail et de prise en charge des frais de transports relativement généreux, l'emploi dans le secteur des administrations publiques attire encore beaucoup les personnes instruites et plus particulièrement les femmes. Ce phénomène limite l'esprit d'entreprise des jeunes diplômés et contribue à leur faire subir de longues périodes de chômage. La réglementation du travail reste rigide et les taxes pour l'emploi élevées : en matière de licenciement, la réglementation reste stricte et les coûts élevés.

Des efforts pour améliorer la productivité

Selon l'étude, des efforts d'innovation et de R&D seront indispensables pour améliorer la productivité. Dans toutes les économies fondées sur le savoir, la concurrence et une solide rotation des effectifs sont au coeur du processus d'innovation. Pour se tourner à leur tour vers des activités à forte intensité de savoir, les pays de la région MENA vont devoir instaurer un climat d'investissement propice au développement d'une concurrence fondée sur l'innovation et les entrées et sorties d'activité. Pour ce faire, il est nécessaire de :
• Promouvoir les liens entre l'enseignement supérieur et le secteur privé ;
• Analyser la gouvernance et le financement de l'enseignement supérieur afin d'encourager les partenariats avec les entreprises du secteur privé et d'accroître le financement public-privé de la recherche ;
• Et concevoir des mécanismes (comme des incubateurs de technologie) pour promouvoir la «troisième mission» des établissements d'enseignement supérieur et renforcer la participation des étudiants aux efforts de R&D.
• Dernier point enfin, les pays de la région MENA doivent prendre des mesures pour inciter les diasporas hautement qualifiées implantées à l'étranger à s'impliquer dans les projets de recherche et d'innovation des entreprises et des institutions universitaires.
• Il est également important d'élaborer des stratégies pour améliorer la qualité et la pertinence des établissements d'enseignement supérieur et introduire dans les cursus des formations dédiées à l'entrepreneuriat dans toutes les spécialités susceptibles d'encourager la créativité et de nouvelles façons de penser.

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