Faire face au prétendu choc des générations

L'efficacité du travail en équipe

Le travail en équipe a toujours été un sujet d'intérêt commun entre les managers au niveau de l'entreprise et les formateurs au niveau des établissements d'enseignement.

06 Février 2011 À 12:13

Comment arriver à tisser les bons liens entre les bons collaborateurs aux bons postes et rôles ? C'est une question qui pourrait paraitre simple à poser mais difficile à traiter.
Déjà, il faut commencer pas distinguer entre "groupe” et "équipe”. Un groupe n'est autre qu'une juxtaposition d'individus alors qu'une équipe est une combinaison efficace entre des éléments bien choisis et rodés dans leur rôles et entre lesquels les interfaces sont bien établies et les actions bien synchronisées. Souvent, la confusion en utilisation s'installe entre ces deux termes "voisins” : groupe et équipe.
L'un des objectifs fondamentaux à atteindre lors des formations académiques serait d'aider les étudiants à développer cette compétence collective à trait horizontal. Etre capable de bien fonctionner individuellement est compliqué. Etre capable de bien fonctionner collectivement est complexe. Les variables liés à l'harmonisation entre plusieurs individus sont multiples et difficiles à répertorier ou bien à présenter en solutions de catalogues.

Difficulté à travailler en équipe
Pour certains étudiants, par exemple, la difficulté à travailler en équipe peut être résumée en une remarque : «Je préfère travailler tout seul car il est difficile de se faire comprendre en groupe. En plus certains viennent aux rendez-vous de travail alors que d'autres n'assistent pas et nous nous retrouvons dans l'obligation de faire leur part de travail. Pour ceux qui répondent présents, certains veulent imposer leur points de vues, d'autre manquent de rigueur, tandis que d'autres dansent plus vite que la musique et ne respectent pas le rythme du reste du groupe». C'est une remarque générique qui reflète un bon nombre de problématiques : le choix des co-équipiers, l'imposition d'un règlement de fonctionnement interne, l'harmonie et la synchronisation des actions engagées par les individus au sein du groupe, etc. Bref, pour un bon nombre de personnes, il est plus facile de travailler tout seul.
Hélas, ceci est vrai pour une bonne partie d'étudiants ou de professionnels mais pas suffisant pour répondre aux exigences de tous les contextes. Souvent, la situation requiert un concours de compétences afin d'atteindre un résultat, ce qui dépasse les limites d'un individu.

Un challenge !
La capacité d'intégrer un groupe, que vous ne choisissez pas forcement, l'aptitude à façonner des interfaces correctes et bâtir les bonnes passerelles avec les autres tout en synchronisant les relais avec eux est un beau challenge, parfois même un must. S'insérer dans un groupe et contribuer à sa métamorphose en équipe devient une compétence importante à développer en tant qu'étudiant pour pouvoir par la suite l'appliquer au niveau du travail au sein de l'entreprise.
Pour certains, il est facile, voire évident, de citer le travail en équipe comme qualité lors des entretiens d'embauche. Ceci dit, au niveau du travail cette qualité a parfois du mal à se concrétiser. L'explication est simple; la faute se trouve souvent de l'autre côté. En réalité, pour réussir à partir d'une logique d'individus vers une logique d'équipe, un changement d'état d'esprit s'impose parfois. Les obstacles ne sont pas toujours techniques, mais plutôt d'ordre relationnel. Fondre dans un « corps collectif » et dépasser son propre égo (qui est nourri et cultivé pendant des années) est parfois difficile, si ce n'est pas impossible pour certains collaborateurs.
A mon humble avis, l'aptitude à développer une équipe se cultive. Elle ne se trouve pas dans un livre classé dans une bibliothèque. L'élasticité des individus, leur volonté et capacité à communiquer, s'accepter et accepter les autres, répartir les rôles intelligemment et équitablement, s'exercer inlassablement aux jeux de relais et de synchronisation entre les actions sont tous des facteurs clés à développer afin de former une équipe. A titre de rappel, le team-building est composé de team (équipe) et building (construction). Ceci renvoie vers une réalité souvent occultée : les équipes se construisent. Elles se forgent après des exercices, de la bonne volonté et surtout du temps. Il ne s'agit pas de l'industrialisation ou de la robotisation d'un phénomène naturel (qui est le regroupement des individus) mais plutôt d'un ensemble d'outils qui aident à lubrifier le passage de groupe vers une équipe dans un cadre optimal et efficient.

Dépasser l'addition des performances simples des individus
Au sein d'une équipe, le grand total des performances devrait en principe dépasser l'addition des performances simples des individus qui la constituent. C'est la ‘magie' de l'intelligence collective. Cette dernière est de plus en plus sollicitée vu l'efficience et la plus-value qu'elle permet de dégager, surtout dans un contexte de plus en plus compétitif et nécessitant des synergies qu'un individu ne peut pas délivrer à lui seul.
Le passage d'un groupe à une équipe requiert, comme précité, du temps. Le temps de se connaitre, se positionner, se comprendre pour pouvoir entreprendre. Les conflits, malentendus, divergences, et risques d'éclatement sont souvent présents mais peuvent être gérés via des réunions, et surtout, l'élaboration de guidelines régissant les relations à la fois en interne et en externe. Ce passage pourrait aussi être qualifié par la transition de la compétition à ce que certains appellent la ‘coopétition'.
Pour conclure, il serait opportun de signaler qu'a l'instar du coaching, le travail en équipe peut s'inspirer du sport, notamment le football. Le score ne se décide pas entre les mains (ou plutôt pieds) d'une star, ou même parfois des stars, mais se dicte souvent par la cohésion et l'homogénéité de l'ensemble des protagonistes. La classe à l'école pourrait être le vestiaire où une telle compétence collective peut naitre et se forger avant de sortir au terrain de l'entreprise.
Un grand travail attend, par la suite, le membre de l'équipe comme son manager pour faire de cette juxtaposition d'individus un méta-objet. Comme nous le rappelle Jean-Paul Sartre: «Des gens qui attendent ensemble un autobus ne constituent pas une équipe.»

Source : Mohamed Benouarrek, président
d'honneur de Mundia Care

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