02 Décembre 2012 À 14:49
Nul ne peut nier que le rôle du DRH a fortement évolué, au Maroc, durant ces dernières années. Certes, l’évolution n’a pas atteint celle obtenue en Europe, aux USA et ailleurs, mais elle reste significative. Le DRH n’est plus que le chef du personnel qui s’occupe uniquement de l’administration du personnel (paie, gestion des congés, gestion des partenaires sociaux…), ce profil prend de l’ampleur, dans les entreprises structurées et les filiales de multinationales. Actuellement, il a également pour mission de gérer et accompagner les changements initiés par l’entreprise (fusion-acquisition, départ volontaire, recrutements…), grâce aux politiques de formation, de communication et de développement des compétences. Par ailleurs, le DRH devient de plus en plus le coach des collaborateurs en essayant de les orienter et de les guider pour mener à bien leurs missions. A l’étranger, le DRH est perçu comme un partenaire stratégique de l’entreprise ou un partenaire d’affaires. D’après le gourou du management, Dave Ulrich, «le DRH, s’il veut participer à la création de valeur, doit désormais se préoccuper des multiples parties prenantes : le personnel certes, mais aussi les actionnaires, les clients, etc. Il convient dès lors qu’il soit de plus en plus à l’écoute des réalités externes».
«Nous ne sommes pas encore arrivés à ce niveau de collaboration, mais je peux attester que durant les vingt dernières années, le rôle du DRH a beaucoup évolué au Maroc», a souligné Essaid Bellal, directeur général du Cabinet Diorh. Chiffres à l’appui, il a fait un comparatif du profil du DRH entre 2001, 2004 et 2008, tiré des résultats de l’enquête sur les pratiques Rh initiées par le cabinet. En 2001, le DRH avait un âge moyen de 40 ans, de sexe masculin et ayant bac+4 avec une formation complémentaire en RH. Il était membre du directoire et gérait un effectif moyen de 930 salariés. Côté rémunération, le salaire moyen se situait à hauteur de 750 000 DH et il avait d’autres avantages (voiture de fonction et téléphone portable).
En 2004, nous commençons à assister à une féminisation de la fonction. L’âge moyen du DRH se situait à 42 ans et gérait un effectif moyen de 1 226 salariés. Quant à la formation, étaient retenus ceux qui ont un bac+5. Pour ce qui est du salaire, il a augmenté pour atteindre 880 000 DH sans oublier les autres avantages (GSM et voiture de fonction). Il est toujours membre du comité de direction. En 2008, la moyenne d’âge est passée à 43 ans. Ce poste est unisexe et plutôt masculin. Côté formation, sont sollicités ceux qui ont obtenu le diplôme de master en RH (bac+5). Le DRH gère un effectif moyen de 1 300 salariés et il est membre du comité de direction. Et ce n’est pas tout, il y a même des DRH qui ont pu accéder au grade de directeur général adjoint (DGA) ou directeur du pôle capital humain, etc. En matière de rémunération, le salaire moyen d’un DRH se situe à hauteur de 982 160 DH. Il a également droit à d’autres avantages plus variés (GSM, voiture de fonction, PC portable, inscription à un club de sport et de loisirs). C’est dire que cette fonction, profitant de l’engouement exprimée par les entreprises structurées, évolue sans cesse. «En 2012, le salaire annuel moyen d’un DRH a atteint 1,6 million de DH», nous a confié Essaid Bellal. D’ailleurs, c’est l’un des postes les mieux rémunérés au Maroc.
Reste que les nouveaux profils qui arrivent sur le marché sont appelés à affûter leurs armes et à mieux s’outiller pour relever les défis futurs. Et pour cause, les formations dispensées actuellement sont d’une qualité disparate.En dehors de quelques exceptions, l’offre existante sur le marché marocain en matière de RH reste d’un niveau assez faible. Les Masters proposés qui se font de plus en plus rares ne permettent pas de mettre sur le marché de bons profils. C’est dire qu’il ne suffit pas d’avoir une formation complémentaire en RH pour devenir un bon DRH. Le DRH doit également avoir des qualités humaines très appréciées : être à l’écoute, disponibilité, être un bon orateur, savoir convaincre, savoir gérer la crise…
Comment les pratiques RH ont-elles évolué au Maroc ?Au Maroc, les meilleures pratiques RH sont mises en place, à travers les multinationales implantées, ce qui a permis à cette fonction et à d’autres à être au diapason de ce qui se fait à travers le monde. La fonction de DRH peut devenir réellement stratégique au Maroc alors qu’on a toujours pensé que c’est uniquement une fonction support. Elle a une réelle valeur ajoutée, à produire, à condition que la fonction soit stratégique.
Qu’attend-on du DRH ?Le DRH doit avoir beaucoup de bons sens, de l’empathie, il doit être capable de suivre les évolutions de l’entreprise et de la société. Il doit également avoir un bon niveau avec une formation de bac+5. Notons qu’il y a eu un saut qualitatif, durant les dernières années alors qu’avant des personnes illettrées occupaient le poste de responsable du personnel. Il doit apporter une nouvelle vision et une nouvelle manière de voir et de gérer. Il doit également être opérationnel.
Quelles sont les perspectives d’évolution ?Le DRH, d’après la vision avant-gardiste de Dave Ulrich, doit connaître les besoins du client pour intégrer ces données dans le choix des compétences du futur. Il doit également mieux cerner les attentes des actionnaires et des partenaires sociaux. Nous sentons les frémissements de ces changements au Maroc. Il y a certaines entreprises qui considèrent le DRH en tant que partenaire d’affaires. Bientôt, cette fonction devra prendre la place qu’elle mérite.