21 Décembre 2013 À 17:08
Selon Hamid Bouchikhi, directeur académique à ESSEC Ventures «Le Lean management n’est justement pas un outil. C’est d’abord et avant tout une philosophie de management qui aspire à l’excellence dans le fonctionnement collectif et qui s’accommode mal de la pléthore et de l’approximation». Le point.
Le Matin Emploi : Que peut-on entendre par «Lean management» ?Hamid Bouchikhi : Le Lean management définit des pratiques de rationalisation de processus. Il s’agit de minimiser les ressources employées pour la production d’un bien ou d’un service, faire la chasse au gaspillage, produire en juste à temps. Le Lean management est une quête permanente d’amaigrissement (rappelons que le mot Lean signifie maigre en anglais) des processus, une discipline qui cherche à croître sans accumuler trop de gras.
Quelles sont les raisons qui poussent les entreprises d’aujourd’hui à s'intéresser au Lean ?La pratique du Lean management a la double vertu de réduire, au strict minimum, les coûts variables et les capitaux investis (donc les coûts fixes). Les entreprises qui opèrent sur des marchés parvenus à maturité, où les parts de marché sont relativement stables, peuvent difficilement améliorer la création de valeur en pratiquant la hausse des prix et/ou des volumes. La réduction des coûts et des investissements grâce au Lean management est un levier plus facile à manier. Dans des cas extrêmes, on voit des entreprises vendre leur usine ou leur siège social pour en devenir client ou locataire. Ce faisant, elles réduisent le montant des capitaux investis et améliorent, mécaniquement, les ratios de création de valeur.
À votre avis, peut-on considérer ce système de management comme un simple effet de mode ou une tendance structurelle ?Le Lean management n’est pas un effet de mode. Le mouvement a commencé, il y a plusieurs décennies, au Japon et s’est propagé dans les autres pays industrialisés. Les entreprises japonaises ont systématisé le Lean management dans la fabrication et ont étendu l’approche à toutes les fonctions de l’entreprise. Les entreprises occidentales ont eu besoin de s’approprier cette philosophie de management pour répondre à la double exigence continue de produire de la qualité et de minimiser les coûts et les capitaux investis.
Quelles sont les techniques utilisées pour son déploiement ?Le Lean management correspond à une boîte à outils qui couvre l’ensemble des processus et fonctions d’une entreprise et les soumet à une logique d’amélioration continue (le fameux Kaizen). En apparence, la quête de rationalisation dans toutes les activités de l’entreprise peut faire ressembler le Lean management au bon vieux taylorisme. La grande différence réside dans le faitque le Lean management fait appel et confiance aux acteurs et à leur créativité alors que Taylor avait demandé aux opérateurs d’exécuter et laisser aux ingénieurs le soin de réfléchir et de concevoir les processus.
Quels sont les principaux enjeux du «Lean» pour les entreprises ?Les enjeux du Lean management sont économiques, stratégiques et humains. Sur le plan économique, il s’agit de réduire les coûts et les capitaux employés. Sur le plan stratégique le Lean management, bien pratiqué, permet d’améliorer la qualité des produits ou services, la capacité d’innovation et la vitesse de mise sur le marché d’offres nouvelles (time-to-market). Sur le plan humain, enfin, le Lean management repose sur un management participatif qui fait appel à la créativité des acteurs, intensifie leur implication dans l’entreprise et, par conséquent, leur motivation au travail.
Quels impacts sur les performances globales du processus RH et sur l'emploi, en général ?L’impact du Lean management sur les ressources humaines est paradoxal. D’une part, la recherche systématique d’efficience peut se traduire par une réduction drastique des effectifs dans des entreprises qui ont accumulé du gras.D’autre part, la pratique du Lean management accroît l’implication et la motivation de ceux qui y participent.
Concrètement, quels sont les résultats obtenus dans les tentatives de son déploiement dans les entreprises marocaines ?Si je peux me permettre de formuler une opinion, au risque de me tromper, je dirais que beaucoup d’entreprises et d’administrations marocaines ont le Lean management devant elles et qu’elles ont, par conséquent, des gisements énormes de productivité et de compétitivité à exploiter.