Ça pleut des cordes pour le meilleur et pour le pire

Qui sème le vent récolte la tempête

Le geste du jeune supporter fassi ayant catapulté le ballon au fond des filets gardés par le keeper camerounais traduit tout le désarroi et l'immense dépit des supporters marocains après la défaite du Onze national face aux Lions indomptables du vieux briscard Samuel Eto'o.

17 Novembre 2009 À 12:21

Certes, l'on savait que nos chances étaient bien compromises pour une éventuelle qualification pour la prochaine CAN 2010 d'Angola, mais jamais au plus grand jamais l'on imaginait que nos représentants allaient tomber si bas et sortir de ces éliminatoires combinées par la petite porte.

Le sursaut d'orgueil tant espéré par les Marocains n'eut pas lieu. Pire, les coéquipiers de Nadir Lamyaghri frôlèrent la correction tant ils furent dominés dans tous les compartiments de jeu. Loin de nous l'idée de condamner ces jeunes appelés à la rescousse pour pallier aux absences de ces professionnels longtemps dorlotés et chouchoutés par les ex-responsables du football national. Après avoir profité des énormes avantages qui leur avaient été accordés et soigné leur carte de visite, ces lâches ont trouvé le moyen de fausser compagnie à leurs coéquipiers à un moment crucial, faisant fi de toute éthique et de tout esprit patriotique. Mais tout ceci est du passé et l'on regrettera seulement que ces pseudo-stars ont oublié d'être Marocains et fiers de l'être dans le meilleur et le pire.

Les grandes équipes, dit l'adage, ne meurent jamais. Et le pays des Benbarek, Akesbi et Riahi saura dépasser ces moments difficiles et reprendre la place qui lui revient sur l'échiquier continental et international. Premier pays arabo-africain à avoir participé à un Mondial et à s'être qualifié à un second tour de cette manifestation planétaire, le Maroc demeurera un bastion du football.Mais qu'on ne s'y trompe pas, le niveau de ce sport adulé par les Marocains a régressé de manière affligeante et ce n'est pas du jour au lendemain qu'il retrouvera sa gloire d'antan.

Le chemin sera long et le travail de longue haleine pour redorer le blason d'un sport qui a longtemps souffert d'improvisation et de replâtrage qui lui ont imposé des gens venus d'horizons divers et qui servaient beaucoup plus leurs intérêts particuliers que celui de cette discipline. li Fassi Fihri, le président de la Fédération royale marocaine de football, et le staff technique national arrivés au lendemain du limogeage de Roger Lemerre ne peuvent assumer cet échec retentissant sur l'échiquier continental tant il est vrai que ses prémices dataient de plusieurs décennies. Des clubs mal encadrés, sans infrastructures, sans centres de formation et sans moyens financiers sont gérés à la petite semaine et ne peuvent aucunement produire des éléments capables d'endosser le maillot national.

Mieux, les rares vedettes qui jaillissent de temps à autre sont cédées à des clubs étrangers par leurs équipes d'origine et ceci dans le but de subvenir aux besoins auxquels sont confrontés des clubs nationaux. Le résultat est donc là, le championnat national d'un niveau très bas se déroule sans vedettes et n'attire donc pas grand monde.

Maintenant que la politique de l'équipe nationale «importée» a abouti à la débâcle que nous connaissons, il est donc grand temps pour nos responsables de se pencher sur ce championnat, de la réorganiser, d'aider les clubs en les dotant de moyens financiers et infrastructurels et d'attendre les résultats escomptés qui ne tarderont certainement pas à donner leur fruit.

Car si le Wydad, le Raja ou les FAR ne réussissent pas sur l'échiquier continental, eux qui sont censés être les locomotives du football national, il ne faut donc pas s'attendre à des miracles. Nous n'avons eu que ce que nous avons semé. Et qui sème le vent récolte la tempête.
-----------------------------------------------

Badou Zaki réclamé

Les supporters marocains qui ont assisté à la rencontre Maroc-Cameroun comptant pour le dernier match du groupe A des éliminatoires combinées CAN-Coupe du monde ont réclamé avec assistance le retour de Badou Zaki à la tête de la sélection nationale. Le public a également sifflé les dirigeants de la fédération jugés responsables du déclin du football national. Badou Zaki a conduit les ‘'Lions de l'Atlas'' à la finale de la Coupe d'Afrique 2004 en Tunisie.

Docteur Hifti avec la minerve au cou

Le docteur de l'équipe national Hifti est apparu malade en portant une minerve au cou. Il a été obligé de rester sur le banc de touche pour soigner les blessés de l'équipe nationale, alors qu'il a besoin de repos. Quel sacrifice surtout que plusieurs joueurs ont été blessés dont Zakaria Zerouali. Ce dernier a quitté le terrain sur une civière. Pourtant, il s'était montré vigoureux par ses interventions musclées à l'entame du match.
-----------------------------------------------

Interview avec Jean-Pierre Morlans, directeur technique national

«Il faut se tourner vers l'avenir»

LE MATIN SPORTS : Vous avez assisté au Mondial des jeunes des moins de vingt ans en Égypte. Comment avez-vous trouvé le niveau du jeu lors de ce championnat?
J.P.Morlans: Cette année, par rapport à l'édition antérieure, en particulier, beaucoup de clubs européens n'ont pas voulu libérer leurs joueurs ou les ont libérés tardivement, peut- être à cause de la période choisie pour ce Mondial, surtout l'Espagne, l'Allemagne et l'Italie. Ainsi, des sélections, comme le Cameroun et le Nigeria qui ont 12 ou 15 joueurs qui jouent en Europe, ont vécu le problème de la libération de leurs joueurs que tardivement. Ce qui fait que le niveau n'a pas eu exactement ce qu'il aurait dû avoir. Ceci dit, moi, cela m'a permis de voir plus particulièrement ce qui m'intéressait de cette compétition, c'est-à-dire les équipes africaines qui étaient présentes avec leurs qualités et leurs défauts parce que cela va me servir. Je pense au rassemblement des sélections. Et puis, cette tranche d'âge, c'est pour l'instant celle des Jeux olympiques. Cela veut dire que quand le tirage au sort pour les qualifications des Jeux olympiques va être fait, on peut très bien tomber sur un de ces pays-là. Et le fait d'avoir quelques informations et images sur les joueurs africains, cela peut être intéressant. D'autre part, j'ai pris des contacts avec le président de la Fédération du Cameroun et celui de celle malienne pour essayer d'avoir des échanges concernant des équipes des jeunes de moins de 17 ans et ceux de 19 ans. Et c'est ce qui nous manque actuellement, c'est-à-dire l'expérience du football africain.

Vous avez soumis à l'instance fédérale un projet concernant la formation des jeunes. Va-t-il voir le jour?
Pour l'instant, le 1er problème qui se pose, à mon avis, c'est qu'il faut mettre en place rapidement des compétitions des jeunes. Par exemple, la compétition dite des juniors des clubs du GNFE1 n'est pas adaptée pour les jeunes... Je crois qu'on fait jouer les plus âgés. Elle n'est pas toujours adaptée pour les entraîneurs d'équipes premières qui ne peuvent pas faire jouer leurs joueurs. Je vais contacter les entraîneurs, un par un, pour avoir leurs points de vue. Mais cette compétition, il faut la revoir. Il faut des compétitions spécifiques: juniors, cadets... Non pas sur la formule uniquement du GNFE1 avec des poules géographiques. Et non pas un championnat vertical comme ce qu'il y a actuellement. Bien sûr, cela pose un problème d'infrastructures et financier. Je pense que ce problème vont être étudié. Le 2e problème, c'est que si on arrive à mettre en place ces championnats, on aura des sélections des jeunes de moins de 16 ans, moins de 21 ans… Les meilleurs qui jouent régulièrement une dizaine de matchs internationaux par an, en plus des matchs de championnats, vont vite progresser.
Bien sûr, après, il faut établir la formation. Je pense que ce dernier point a été évoqué. Mais cela ne pourra se faire d'un seul coup. Il faut que les clubs aient envie de le faire et qu'ils se donnent les moyens, les structures et l'encadrement. Actuellement, tous les clubs ne sont pas équipés pour réaliser cela. Je pense que cela va être un projet sur le long terme. Et c'est mieux que de dire qu'on crée, tout d'un coup, 16 Centres de formation. Un club qui a la volonté et qui respecte un cahier des charges, il faut l'aider pour poursuivre sa mission. En plus , il faut aussi former des entraîneurs qui seront lancés dans la formation des jeunes pour ensuite les faire réunir régulièrement afin d'échanger leurs points de vue avec les entraineurs des sélections des jeunes et les responsables de l'Académie Mohammed VI et débattre tous les problèmes qui entravent leurs missions. C'est un travail de longue haleine, mais il faut procéder par étapes: les compétitions, la politique des sélections des jeunes, la formation des entraîneurs des jeunes... Je crois que le président de la FRMF a très bien compris ce problème. Je pense qu'il va s'occuper de ce projet parce qu'il faut se préparer pour 2014. Au championnat du monde des 20 ans en Égypte, la Corée, par exemple, a travaillé 7 à 8 ans en profondeur pour arriver à un niveau honorable. Au Maroc, il faut faire de la formation. Mais je pense que calquer le système français tel qu'il est actuellement serait une erreur. Il faut prendre en considération les potentialités des clubs, la culture marocaine pour savoir comment implanter l'idée de la formation et la faire progressivement.

Pensez-vous que tous les concernés vont y adhérer?
Je pense que tout le monde prend conscience que c'est une nécessité. Mais tout le monde n'a pas pour l'instant la volonté de le faire parce que dans un club, il y a toujours la préoccupation de l'équipe première parce que le système appliqué repose sur le résultat immédiat vu qu'il y a un jeu économique, la pression des supporters et de l'environnement. Car si au bout de 3 à 4 matchs, cela ne marche pas, on remet tout en cause... Je pense qu'il faudra procéder par petites étapes. Et je répète qu'il faut restructurer les compétitions pour pousser les concernés à travailler en profondeur...

Propos recueillis par Abdelmajid Nejd
Copyright Groupe le Matin © 2026