Depuis quelques années,
l’électrification s’installe progressivement dans le paysage automobile marocain. Le phénomène reste encore discret comparé à l’Europe ou à la Chine, mais les chiffres montrent clairement que la transition a commencé.
L’année 2025 a marqué un moment important pour le marché automobile national. Selon les données de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (
AIVAM), 235.372 véhicules neufs ont été immatriculés, soit une progression de 33,4% par rapport à 2024. Il s’agit du niveau le plus élevé jamais enregistré sur le marché marocain. Cette forte croissance s’explique par plusieurs facteurs : la normalisation progressive des chaînes d’approvisionnement après les perturbations mondiales, la reprise de la demande, mais aussi l’arrivée de nouvelles marques sur le marché marocain ainsi que le lancement de nombreux nouveaux modèles par les marques déjà présentes.
Dans ce contexte de reprise, les véhicules électrifiés commencent à se faire une place. En 2025, les modèles hybrides et électriques ont représenté environ 12% des immatriculations de véhicules neufs, soit plus de 28.000 unités vendues. Un an plus tôt, cette part tournait encore autour de 8%.
La progression est donc rapide, même si ces technologies restent encore minoritaires. Le marché marocain reste aujourd’hui largement dominé par les motorisations thermiques, notamment le diesel, qui continue de représenter une part importante du parc roulant.
Cette évolution reste étroitement liée aux réalités du marché marocain. Si les véhicules électrifiés deviennent progressivement plus accessibles, leur adoption dépend encore du développement des infrastructures de recharge et des habitudes de mobilité largement tournées vers les motorisations thermiques.
L’hybride, technologie de transition
Dans cette évolution, les motorisations hybrides jouent un rôle central. Elles constituent aujourd’hui la porte d’entrée principale vers l’électrification pour de nombreux automobilistes marocains. Le principe est simple : associer un moteur thermique et un moteur électrique afin de réduire la consommation et les émissions sans changer les habitudes d’utilisation du véhicule. Cette solution correspond bien aux réalités du marché marocain. Les automobilistes peuvent bénéficier d’une réduction de la consommation tout en conservant l’autonomie et la flexibilité du moteur thermique.
Plusieurs modèles hybrides rencontrent ainsi un succès notable sur le marché. Le
Hyundai Tucson Hybrid, le
Toyota Corolla Cross Hybrid ou encore le
Kia Sportage Hybrid figurent parmi les véhicules électrifiés les plus visibles sur les routes marocaines.
Le marché voit également apparaître de plus en plus d’hybrides rechargeables (PHEV). Ces modèles permettent de rouler plusieurs dizaines de kilomètres en mode 100% électrique tout en conservant un moteur thermique pour les longs trajets.
En 2025, le BYD Seal U s’est imposé comme l’un des modèles électrifiés les plus vendus au Maroc avec plus de 3.200 unités immatriculées sur l’année. Ce SUV hybride rechargeable exprime bien l’évolution du marché : les automobilistes recherchent des solutions intermédiaires entre le thermique traditionnel et l’électrique pur.
Le 100 % électrique, lui, progresse également, mais à un rythme plus mesuré. Les ventes restent encore concentrées dans certaines catégories de clients, notamment les entreprises, les flottes professionnelles et les particuliers disposant d’une solution de recharge à domicile. En 2025, moins de 5.000 véhicules électriques ont été immatriculés au Maroc, ce qui représente un pourcentage encore timide, par rapport aux ventes de l’année.
Cette première phase de la transition est donc largement dominée par les technologies hybrides, qui permettent d’introduire progressivement l’électrification dans les usages.
L’arrivée de nouveaux acteurs accélère la transition
La transformation progressive du marché marocain tient aussi à l’élargissement rapide de l’offre automobile. Ces dernières années, plusieurs nouveaux constructeurs ont fait leur entrée sur le marché national, apportant avec eux de nouvelles gammes et, surtout, de nouvelles technologies.
Parmi ces nouveaux venus figurent plusieurs marques chinoises qui ont choisi le Maroc comme point d’entrée pour leur développement régional.
BYD, Geely, Chery, Leapmotor, Lynk & Co ou encore
BAIC ont ainsi rejoint le paysage automobile national en peu de temps. Leur stratégie repose sur une proposition relativement simple : des véhicules modernes, bien équipés et souvent électrifiés, proposés à des tarifs compétitifs.
Cette arrivée massive a profondément élargi l’offre disponible. Les motorisations hybrides et électriques, autrefois limitées à quelques modèles haut de gamme, se retrouvent désormais dans des segments beaucoup plus variés, notamment celui des SUV compacts, particulièrement prisé par les automobilistes marocains.
Certaines marques ont même placé l’électrification au cœur de leur stratégie. BYD, par exemple, s’est imposée en quelques années comme l’un des acteurs majeurs du véhicule électrifié à l’échelle mondiale. Au Maroc, la marque s’est rapidement distinguée avec plusieurs modèles hybrides rechargeables et électriques, qui participent à rendre ces technologies plus visibles sur le marché.
D’autres marques adoptent une approche comparable. MG, désormais bien implantée dans plusieurs marchés internationaux, propose également des modèles hybrides et électriques qui commencent à se faire une place au Maroc. De leur côté, des marques comme Geely ou Leapmotor misent sur des gammes intégrant progressivement différentes formes d’électrification. Xpeng, par contre, mise sur une gamme 100% électrique.
L’arrivée de ces nouveaux acteurs a donc joué un rôle important dans l’évolution du marché. Plus l’offre s’élargit, plus les automobilistes sont exposés à ces technologies et peuvent les considérer comme une alternative crédible aux motorisations traditionnelles.
Une concurrence qui fait évoluer les prix
Cette diversification de l’offre s’accompagne d’un autre phénomène majeur : l’évolution progressive des prix. Pendant longtemps, le coût d’achat des véhicules électrifiés constituait l’un des principaux obstacles à leur diffusion.
La situation évolue désormais. La montée en puissance de la production mondiale de batteries, l’industrialisation des plateformes électriques et la concurrence entre constructeurs contribuent à réduire progressivement les coûts.
Selon les données de l’
Agence internationale de l’énergie (AIE), le prix moyen des batteries lithium-ion a diminué de près de 90% depuis 2010. Cette baisse spectaculaire constitue l’un des facteurs clés qui rendent aujourd’hui les véhicules électrifiés plus accessibles.
Au Maroc, cette tendance se reflète dans les offres proposées par les importateurs. Plusieurs SUV hybrides ou hybrides rechargeables se positionnent désormais dans des gammes de prix proches de certains modèles thermiques bien équipés. Un exemple concret, dans la gamme de la même marque : Hyundai. Le Tucson diesel est proposé presque au même prix que le Tucson hybride.
La concurrence joue également sur le contenu technologique des véhicules. Pour se différencier, plusieurs constructeurs misent sur des équipements généreux : écrans numériques de grande taille, systèmes d’aide à la conduite, connectivité avancée ou encore équipements de confort souvent réservés auparavant à des segments supérieurs. Malgré ces évolutions, les motorisations thermiques continuent largement de dominer le parc automobile marocain. Le diesel conserve notamment une place importante, en particulier pour les grands rouleurs, les flottes professionnelles et les véhicules utilitaires. Mais les signaux d’évolution sont bien présents. L’offre de véhicules électrifiés s’élargit, les prix deviennent plus compétitifs et les automobilistes commencent progressivement à s’intéresser à ces nouvelles motorisations. La transition reste progressive, mais elle s’inscrit désormais dans la dynamique globale du marché.
Infrastructures : un réseau encore en construction
La progression des véhicules électrifiés au Maroc reste étroitement liée au développement du réseau de recharge. Sur ce point, le pays avance progressivement, même si l’infrastructure reste encore en phase de structuration.
Selon plusieurs estimations issues de l’écosystème de la
mobilité électrique, le Maroc compterait aujourd’hui environ 1.600 points de recharge publics et semi-publics répartis sur l’ensemble du territoire. Ce chiffre reste encore modeste à l’échelle d’un pays, mais il témoigne d’une dynamique réelle.
Ces installations sont principalement concentrées dans les grandes agglomérations. Casablanca, Rabat, Tanger et Marrakech constituent aujourd’hui les zones où la recharge publique est la plus visible. Dans ces villes, plusieurs hôtels, centres commerciaux, parkings privés ou stations-service ont commencé à intégrer des bornes de recharge.
Sur les grands axes routiers, quelques corridors commencent également à se structurer. L’autoroute Casablanca/Tanger fait partie des itinéraires où les stations de recharge rapide sont les plus nombreuses, permettant déjà d’envisager des trajets longue distance en véhicule électrique.
Dans la pratique, cependant, la recharge publique ne constitue pas encore le mode principal d’alimentation des véhicules électrifiés. Comme dans de nombreux marchés émergents, la recharge domestique reste aujourd’hui largement dominante.
Les automobilistes qui disposent d’un garage ou d’une place de stationnement privée peuvent installer une borne domestique ou utiliser une prise renforcée pour recharger leur véhicule pendant la nuit. Cette solution reste la plus simple et la plus économique pour les propriétaires de véhicules électriques ou hybrides rechargeables. Le développement du réseau public demeure néanmoins un enjeu important pour la diffusion de ces technologies. Plus les infrastructures seront visibles et accessibles, plus les automobilistes seront rassurés quant à l’utilisation quotidienne d’un véhicule électrique.
Un marché encore en phase d’apprentissage
Malgré les progrès observés ces dernières années, le marché marocain des véhicules électrifiés reste encore dans une phase d’apprentissage. Les ventes progressent et l’offre s’élargit, mais plusieurs facteurs continuent d’influencer les décisions d’achat des automobilistes.
Les inquiétudes liées à l’autonomie demeurent présentes chez une partie des conducteurs. Même si les modèles récents offrent désormais des autonomies dépassant souvent 400 km, certains automobilistes restent prudents face à une technologie qu’ils connaissent encore peu. La question de la recharge reste également un sujet central, notamment pour les conducteurs qui ne disposent pas d’une solution de recharge à domicile ou sur leur lieu de travail.
Dans les grandes villes, l’installation progressive de bornes publiques contribue à rassurer les utilisateurs. Mais pour de nombreux automobilistes, la visibilité du réseau reste encore limitée. Le développement des infrastructures constitue donc un élément clé pour accompagner la croissance du marché.
Le niveau d’information du grand public joue également un rôle important. Beaucoup de consommateurs connaissent encore mal les différentes technologies électrifiées. Les distinctions entre hybride léger, hybride complet, hybride rechargeable et véhicule 100 % électrique ne sont pas toujours clairement comprises, ce qui peut ralentir certaines décisions d’achat.
Dans ce contexte, la pédagogie autour de ces motorisations devient essentielle. Les constructeurs, les distributeurs, mais aussi les institutions publiques ont un rôle à jouer pour mieux expliquer le fonctionnement de ces technologies, leurs avantages et leurs contraintes.
À mesure que l’offre se développe et que les infrastructures progressent, la perception des automobilistes évolue progressivement. L’électrification commence ainsi à trouver sa place dans le paysage automobile marocain, même si la transition devrait encore se faire par étapes, au rythme de l’évolution du marché et des usages.
Les profils d’acheteurs évoluent
Le développement des véhicules électrifiés au Maroc s’appuie aussi sur l’émergence de nouveaux profils d’acheteurs. Les premières ventes ont souvent concerné des entreprises, des sociétés de location ou des flottes professionnelles cherchant à réduire leurs coûts d’utilisation et leur consommation de carburant.
Progressivement, l’intérêt gagne également les particuliers, notamment dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat ou Tanger. Ces automobilistes disposent plus facilement d’une solution de recharge à domicile et utilisent leur véhicule sur des trajets quotidiens relativement prévisibles.
Les
véhicules hybrides constituent souvent la première étape pour ces nouveaux utilisateurs. Ils permettent de découvrir l’électrification sans modifier profondément les habitudes de conduite. À mesure que l’offre se diversifie et que les technologies deviennent plus familières, les modèles hybrides rechargeables et électriques pourraient progressivement séduire un public plus large.
Une ambition industrielle autour de la mobilité électrique
Au-delà du marché automobile lui-même, l’électrification représente également une opportunité industrielle stratégique pour le Maroc. Depuis une quinzaine d’années, le Royaume s’est imposé comme l’un des principaux pôles de production automobile en Afrique et dans la région méditerranéenne.
Les usines
Renault de Tanger et Casablanca ainsi que le site industriel de
Stellantis à Kénitra constituent aujourd’hui les piliers de cette industrie. En 2024, la production automobile marocaine a dépassé 700.000 véhicules, dont une grande partie est destinée à l’exportation vers l’Europe.
Cette base industrielle solide ouvre des perspectives dans le domaine de l’électrification. Le Maroc cherche désormais à se positionner sur les nouveaux segments de la chaîne de valeur automobile, notamment la production de composants pour véhicules électriques.
Plusieurs projets industriels liés aux batteries lithium-ion ont ainsi été annoncés ces dernières années. L’objectif est de développer une filière locale capable d’accompagner la croissance mondiale du véhicule électrique.
Parmi ces projets figure notamment l’implantation d’unités de production de composants de batteries destinées à l’industrie automobile. Ces investissements visent à renforcer l’intégration locale et à positionner le Maroc comme un acteur clé dans la transition énergétique du secteur.
Cette stratégie industrielle s’appuie également sur les atouts du pays : une proximité géographique avec l’Europe, une industrie automobile déjà bien structurée et un environnement industriel attractif pour les investisseurs internationaux.
Si ces projets se concrétisent, le Maroc pourrait jouer un rôle important dans l’écosystème mondial de la mobilité électrique, non seulement comme marché automobile, mais aussi comme plateforme industrielle régionale.