Haytam Boussaid
20 Octobre 2026
À 16:41
Les salons automobiles avaient-ils encore un avenir ? À Paris, la question paraît moins pressante qu’il y a quelques années. Le Mondial a fermé ses portes le 18 octobre 2026 avec 518.372 visiteurs, contre 508.007 en 2024. Soit 2% de mieux. Pas de quoi parler d’explosion, mais suffisamment pour confirmer que le public n’a pas déserté les halls. Depuis 2022 et ses quelque 398.000 entrées, le rendez-vous a regagné plus de 120.000 visiteurs. Le signal le plus fort vient peut-être des constructeurs. Plus de 60 étaient présents, contre 48 deux ans plus tôt. Leur retour compte autant que celui du public : monter un stand représente un investissement lourd, difficile à défendre lorsque les lancements numériques et les présentations privées permettent de maîtriser les coûts. Paris a manifestement retrouvé des arguments. Reste à transformer cette visibilité en résultats commerciaux.
Une concurrence qui change de visage
Cette 91ᵉ édition donnait aussi la mesure des nouveaux rapports de force. Selon le décompte des organisateurs, 25 des 61 marques automobiles représentées étaient chinoises, presque autant que les 27 européennes. Une présence qui ne préjuge pas de leurs ventes futures, mais exprime leur volonté de gagner rapidement en notoriété sur le marché européen. Pour les constructeurs installés, la concurrence se joue désormais sur davantage de fronts : prix, équipements, motorisations, réseaux et confiance des clients. L’électrification occupait une large place, sans imposer une réponse unique. Électrique, hybride ou hybride rechargeable : les offres se multiplient, tandis que les questions des automobilistes deviennent plus terre à terre. Combien coûte la voiture ? Quelle autonomie dans la vraie vie ? Où et à quel prix la recharger ? À côté des fiches techniques, les sportives et les concept-cars rappelaient aussi que le design et le plaisir restent des ressorts de l’automobile.
Le volant plutôt que la fiche technique
Le salon ne se résumait pas aux véhicules exposés. Près de 100 modèles étaient proposés à l’essai et 6.000 essais routiers ont été réalisés. C’est l’un des atouts qu’un écran ne peut pas reproduire : comparer une position de conduite, juger la visibilité, ressentir le confort ou découvrir le fonctionnement d’une motorisation avant de passer en concession. Autre attraction, les démonstrations de conduite automatisée supervisée de niveau 2++, organisées avec Deloitte. Plus de 2.700 essais étaient annoncés dans ce cadre. Une expérience utile à condition de ne pas entretenir la confusion : ces dispositifs assistent le conducteur, ils ne le dispensent ni de surveiller la route ni de rester prêt à reprendre la main. Au-delà du grand public, les conférences ont abordé l’intelligence artificielle, les véhicules pilotés par logiciel et la compétitivité industrielle. Autant de sujets qui pèsent sur les coûts, les emplois et la manière dont les voitures seront conçues et entretenues demain.
Un succès à mesurer au-delà des entrées
Le Mondial revendique en outre 21 millions de vues sur les réseaux sociaux et 3,2 millions de pages consultées sur son site. Une audience considérable, mais différente de celle des visiteurs réellement présents. Même prudence sur les ventes : les organisateurs évoquent des commandes records sans fournir de total consolidé. Impossible donc de chiffrer précisément les retombées commerciales. Le bilan reste solide. Paris attire à nouveau des constructeurs, maintient son public au-dessus du demi-million et donne une place croissante à l’expérience. Le salon n’a pas retrouvé ses affluences historiques, mais il a retrouvé une utilité : mettre les voitures, les marques et les acheteurs potentiels face à face.
En 2028, le pari des deux week-ends
Le prochain Mondial, prévu en octobre 2028, devrait s’étendre sur deux week-ends, contre un seul en 2026. Les organisateurs annoncent aussi une nouvelle répartition des espaces d’exposition. Objectif : accueillir davantage de visiteurs et offrir plus de possibilités aux marques. Ce format plus long représente toutefois un coût supplémentaire pour les exposants. Après deux éditions à plus de 500.000 visiteurs, le défi sera moins de prolonger la fête que de convaincre encore plus de constructeurs de revenir, tout en préservant ce qui fait l’intérêt du salon : voir, comparer et essayer les voitures.