En l’espace de deux ans, les
marques chinoises ont changé de statut sur le marché automobile marocain. D’une présence encore marginale, elles sont passées à un niveau de volume et de visibilité qui commence à peser dans les équilibres du secteur. Les chiffres de l’
Association des importateurs des véhicules au Maroc (AIVAM) 2025 confirment cette accélération.
En 2025, le
marché automobile marocain a atteint 235.372 immatriculations (VP et VUL), contre 176.401 en 2024, soit une progression de +33,43%. Une croissance solide, portée par la reprise de la demande et le renouvellement de l’offre. Mais dans ce contexte, la dynamique des marques chinoises se distingue nettement.
Leurs ventes sont passées de 5.740 unités en 2024 à 18.053 en 2025, soit une hausse de +215%. Une progression sans équivalent à l’échelle du marché. Là où le secteur dans son ensemble retrouve un rythme de croissance soutenu, les marques chinoises changent de dimension.
Cette accélération se voit directement dans les parts de marché. En un an, elles passent de 3,25% à 7,67%, soit plus du double. Ce niveau reste encore inférieur à celui des constructeurs historiques, mais la vitesse de progression est significative. Elle montre surtout un rattrapage rapide, comme on en voit sur un marché qui se structure.
Au-delà des chiffres, c’est la nature de cette croissance qui interpelle. Elle ne repose pas uniquement sur l’arrivée de nouvelles marques, mais aussi sur la montée en puissance de celles déjà installées. Autrement dit, le marché ne se contente pas d’accueillir de nouveaux entrants : il commence à les intégrer durablement.
La montée du véhicule particulier
L’un des enseignements majeurs de cette évolution concerne la structure des ventes. En 2024, les marques chinoises étaient encore largement associées au segment des utilitaires, avec une répartition de 61% de véhicules particuliers et 39% de VUL. Une configuration classique pour des acteurs en phase d’entrée sur un marché.
En 2025, cette structure évolue nettement. Les véhicules particuliers représentent désormais 74,5% des ventes, contre 25,5% pour les utilitaires. Ce basculement est loin d’être anecdotique.
C’est le signe que la perception du marché change. Les marques chinoises ne sont plus uniquement perçues comme des solutions d’accès ou des offres orientées usage professionnel. Elles s’imposent progressivement sur le segment du véhicule particulier, qui reste le cœur du marché automobile marocain.
En volume, cette évolution est très nette. Les ventes de VP passent de 3.502 unités en 2024 à 13.456 en 2025, soit une progression particulièrement marquée. À l’inverse, les utilitaires progressent également, mais de manière plus mesurée, avec 4.597 unités contre 2.238 un an plus tôt.
Ce déplacement du centre de gravité est stratégique. Il signifie que les marques chinoises réussissent à pénétrer le segment le plus concurrentiel du marché, là où la fidélité aux marques est historiquement plus forte. C’est aussi sur ce terrain que se joue leur capacité à s’installer durablement.
Enfin, cette évolution montre une tendance de fond : celle d’une montée en gamme progressive des offres chinoises. Équipement, design, technologies embarquées... les produits proposés aujourd’hui ne se limitent plus à une logique de prix. Ils répondent à des attentes de plus en plus proches de celles des marques établies.
Des leaders et de nouveaux entrants
Si la croissance globale des marques chinoises est spectaculaire, elle repose sur une structuration progressive du marché, avec l’émergence de leaders clairement identifiés et l’arrivée continue de nouveaux acteurs.
En 2025, le segment des véhicules particuliers est dominé par BYD, Changan et GWM, qui concentrent une part significative des volumes. BYD s’impose comme le principal moteur de croissance, avec 3.702 immatriculations, contre 701 en 2024. La marque représente à elle seule 20,5% des ventes chinoises. Cette performance s’explique par un positionnement clair, centré sur l’électrification, et par le succès de modèles comme le Seal U, rapidement adopté par le marché.
Derrière, Changan confirme sa montée en puissance avec 1.898 immatriculations, contre 502 un an plus tôt. La marque bénéficie d’une stratégie bien calibrée, avec une offre large et accessible, qui lui permet de s’installer rapidement sur plusieurs segments.
GWM, avec 1.439 immatriculations, affiche également une progression notable, portée par ses SUV et une montée en visibilité progressive.
Ces trois acteurs concentrent à eux seuls une part importante du marché chinois au Maroc, signe d’un début de hiérarchisation. Autrement dit, le marché sort progressivement d’une phase de dispersion pour entrer dans une phase de consolidation.
Sur le segment des utilitaires, la dynamique est différente, mais tout aussi structurante. DFSK reste le leader avec 2.778 unités, confirmant son ancrage historique. Dongfeng, avec 1.460 unités, enregistre une progression rapide et s’impose comme un challenger crédible. GWM, encore marginal sur ce segment avec 343 unités, amorce néanmoins une montée en puissance.
Mais au-delà de ces leaders, c’est l’arrivée de nouveaux entrants qui marque l’année 2025. Plusieurs constructeurs récemment lancés enregistrent déjà des volumes significatifs, malgré une présence limitée dans le temps.
Soueast, par exemple, atteint 656 immatriculations en VP dès sa première année, un niveau élevé pour un nouvel entrant. Deepal (251 unités), Dongfeng en VP (260 unités) ou encore Jetour (130 unités) affichent également des débuts encourageants. Même des marques plus positionnées sur des segments spécifiques ou premium, comme Leapmotor (75 unités), Zeekr (90 unités) ou Lynk & Co (16 unités), commencent à s’installer dans le paysage.
Ces volumes restent encore modestes à l’échelle du marché global, mais leur signification est ailleurs. Ils montrent que les nouvelles marques ne passent plus par une longue phase d’installation. Elles parviennent à générer des ventes dès leur première année, grâce à des réseaux déjà en place et à des produits immédiatement compétitifs.
Cette capacité à entrer rapidement sur le marché est un facteur clé. Elle accélère la densification de l’offre et renforce la pression concurrentielle, aussi bien sur les prix que sur les équipements ou les technologies.
Au final, le marché des marques chinoises au Maroc n’est plus une simple juxtaposition d’acteurs. Il commence à se structurer autour de leaders, tout en restant ouvert à de nouveaux entrants. Cette combinaison (consolidation et renouvellement) explique en grande partie la dynamique actuelle.
Une croissance hors norme qui redéfinit le marché
La progression des marques chinoises au Maroc ne peut pas être lue comme une simple phase d’expansion classique. Les chiffres montrent un changement de rythme. Entre 2024 et 2025, leurs ventes ont progressé de +215%, contre +33,4% pour l’ensemble du marché.
Cet écart est déterminant. Il signifie que les marques chinoises ne se contentent pas de suivre la croissance : elles gagnent rapidement des parts de marché. En un an, leur poids est passé de 3,25% à 7,67%, soit plus du double. À ce rythme, elles s’imposent comme un acteur de plus en plus structurant.
Cette dynamique repose sur plusieurs leviers. D’abord, l’effet d’arrivée : de nombreuses marques sont encore en phase de lancement, ce qui tire mécaniquement les volumes. Mais cet effet ne suffit pas à expliquer une telle progression.
Le deuxième facteur est l’offre produit. Les modèles proposés sont immédiatement compétitifs, souvent mieux équipés à prix équivalent, avec une diversité technologique complète. Cela réduit la phase d’adoption habituellement nécessaire sur ce type de marché.
Enfin, la rapidité d’exécution joue un rôle clé. Les marques arrivent avec des réseaux déjà opérationnels et des gammes prêtes. Elles réduisent ainsi le temps entre leur entrée sur le marché et leur montée en volume. Au final, cette croissance ne relève pas d’un phénomène ponctuel. Elle marque une transformation progressive des équilibres concurrentiels.