LE MATIN
08 Février 2026
À 17:32
Né à Rabat en 1948, Abderrahmane Chorfi a grandi dans le quartier Diour Jamaâ, entre la médina et la ville moderne, une jonction urbaine et un environnement spatial qui l’auront marqué, entre tradition et modernité. Élève aux lycées Gouraud et Descartes, porté sur la lecture et le dessin de portraits, Abderrahmane s’oriente vers des études d’architecture, à Strasbourg puis à l’École spéciale d’architecture de Paris, dont il est diplômé. À Paris, il découvre une ville animée par les mouvements sociaux et les revendications politiques et syndicales qui caractérisent la période post-1968 ; mais aussi par les débats d’idées qui animent la société et le monde universitaire. Les écoles d’architecture font partie de cette effervescence pour des instruments pédagogiques novateurs, le questionnement sur les relations entre l’architecture et la ville, et les perspectives de nouvelles voies pour la fabrique urbaine. Une période qui trouve son prolongement à la Cité internationale et à la Maison du Maroc, où il noue de nombreuses amitiés.
Un parcours dédié au service public, à l’enseignement et à la recherche
Le retour au Maroc en 1975 marque le début de sa vie professionnelle au ministère de l’Urbanisme, de l’habitat et de l’environnement, à l’instar des jeunes promotions d’architectes qui font leurs classes au sein de l’Administration. Des premiers pas qui inscrivent son approche entre architecture, urbanisme et vocation d’enseignement et de recherche ; un éclectisme qui sera entretenu tout au long d’une carrière de cinquante ans. En 1979, Chorfi se voit confier la création de l’École nationale d’architecture, dont il est le premier directeur de 1980 à 1982. Une fonction qu’il occupera une deuxième fois de 1999 à 2004, procédant notamment à l’introduction de cycles de recherche et à l’ouverture de partenariats internationaux.
De 2004 à 2010, il occupe les fonctions de directeur général de l’Urbanisme, de l’architecture et de l’aménagement du territoire, en complément de la coordination des Agences urbaines et de l’accompagnement des établissements d’enseignement supérieur – Architecture et Institut national d’aménagement et d’urbanisme. Une activité qu’il poursuit avec le montage pédagogique de l’École d’architecture de l’Université Internationale de Rabat (UIR), où il est en charge d’un enseignement en atelier. En parallèle à ses activités administratives, Abderrahmane Chorfi dispense des cours en architecture et urbanisme, une démarche pédagogique élargie à différents domaines tels que le logement social, les schémas d’aménagement et la sauvegarde du patrimoine. Dans ce sens, il sera amené à encadrer de nombreux diplômes de fin d’études, consacrant le cursus de plusieurs promotions.
Ses activités d’enseignement ont été enrichies par un consistant travail de recherche, dans lequel Chorfi voyait le nécessaire complément à une approche didactique. Sur des thématiques diverses adossées au champ de l’humain, de l’intégration à la ville et de la dimension culturelle, il sera en phase avec les défis posés par l’urbain et son évolution. Outre de nombreuses études et évaluations, Chorfi est l’auteur d’un ouvrage sur «L’insalubrité dans l’habitat urbain au Maroc» (ANHI, 1995), un diagnostic sur l’état du bâti non réglementaire, et d’une étude typologique sur «Les architectures régionales du Centre Sud» (Direction de l’Architecture, 2008) consacrée au patrimoine architectural saharien et présaharien, et aux moyens de sa protection. Le dernier ouvrage de Chorfi est consacré à la capitale : «Rabat – La ville nouvelle, Guide d’architecture 1914-1990» (Bouillon de Culture, 2023), fruit d’une longue recherche ; un abrégé d’histoire de l’architecture marocaine, une «déambulation dans les rues du centre-ville, pour découvrir cent édifices ou ensembles remarquables».
Production architecturale et engagement associatif
Enseignant et chercheur, Chorfi s’est aussi distingué par de nombreuses réalisations, dans le cadre de son agence privée. Une production répondant à ses préoccupations en matière de logement, d’éducation, de sauvegarde et de réhabilitation du patrimoine. On retiendra la conception et la réalisation d’un projet de résidence universitaire à Tétouan d’une capacité d’accueil de 1.500 étudiants, la conception de 40 cellules d’habitat économique combiné à des bureaux, des activités artisanales et des villas (ERAC Sud), la conception de 20 logements et d’une maison des jeunes et de la culture en terre (Marrakech), la conception de 8 villages-pilotes (provinces de Fès et Taza), les étude de lotissement et de restructuration d’un quartier d’habitat insalubre (Guercif), la restauration du Pavillon Sud du Palais El Badii (Marrakech).
Chorfi s’est également investi dans le milieu associatif pour son indépendance et sa force de proposition. Membre fondateur de l’Association nationale des architectes et urbanistes (ANAU, 1978), il en a été l’un des acteurs dynamiques à travers ses séminaires et la revue Al Omrane. Mais c’est au sein du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), organisation non gouvernementale associée à l’Unesco, représentée auprès de 151 États – qu’il a pu donner la mesure de ses compétences en termes de conseil, d’expertise et de suivi des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial.
Membre fondateur et président du Comité marocain de 1997 à 2013, Chorfi a été membre du Comité exécutif d’ICOMOS entre 2002 et 2005, favorisant le plaidoyer du Maroc en matière de conservation et de protection des monuments et des sites du patrimoine culturel. En signe de reconnaissance d’un engagement jamais démenti, Abderrahmane Chorfi est élevé au rang de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres – République française, 2004, et au rang d’Officier de l’ordre du Wissam Al-Moukafaa Al-Watania, Royaume du Maroc 2007.
En hommage au défunt, un confrère disait que Abderrahmane Chorfi «laisse à la profession l’exemple d’un engagement professionnel serein, constant et profondément éthique. Son héritage continuera d’inspirer les architectes et les générations qu’il a contribué à former au sein des écoles d’architecture au Maroc».