Nadia Ouiddar
21 Avril 2026
À 10:00
À la
Villa des arts de Rabat, le temps semble suspendu. Depuis le 16 avril et jusqu’au 31 mai 2026, l’institution accueille
«Nature morte», une exposition de l’artiste marocaine autodidacte
Halima Forati, dont la démarche s’impose par sa précision et sa profondeur silencieuse.
D’emblée, la proposition instaure un rythme singulier : celui d’un regard qui s’attarde, scrute et interroge ce qu’il perçoit. Chez Halima Forati, la
peinture frôle l’illusion. Proche de l’hyperréalisme, son travail repose sur une restitution minutieuse du détail, où chaque élément est traité avec une rigueur presque méthodique.
À l’origine de ses toiles, la
photographie – qu’elle produit elle-même constitue une étape essentielle. Loin d’un simple outil, elle devient un prolongement du geste pictural, garantissant à l’artiste une maîtrise totale de son processus créatif. Cette autonomie revendiquée éloigne toute dépendance à des sources extérieures et inscrit son œuvre dans une démarche profondément personnelle.
À Casablanca, le 15 avril, puis à Rabat, le 16 avril, à l’initiative du quotidien «Al Bayane», le journaliste Ignacio Ramonet a pris le temps de dérouler une réflexion en deux temps, étroitement liés. D’abord, un regard porté sur l’information, dont les repères se déplacent et rendent la lecture du réel plus incertaine. Puis, dans son prolongement, une analyse des équilibres internationaux, où les rapports de puissance se recomposent et où la souveraineté ne se laisse plus appréhender comme auparavant. D’un registre à l’autre, le passage se fait sans rupture. Et à mesure que le propos avance, une même impression se dessine : celle d’un monde en train de changer de lignes, dont les contours restent encore à saisir.
Si le titre de l’exposition renvoie à un genre classique, la
nature morte est ici réinvestie avec une
sensibilité contemporaine. Halima Forati y convoque un vocabulaire visuel riche, puisé dans le patrimoine marocain : mosaïques, objets traditionnels, fragments liés aux rituels sociaux – du mariage au deuil – s’y entremêlent. Loin de se limiter à une reproduction fidèle du réel, ses compositions résultent d’un patient travail d’assemblage, où plusieurs images fusionnent en une scène d’une grande cohérence.
Dans cet espace recomposé, chaque objet semble chargé d’une mémoire. La nature morte devient alors le lieu d’une introspection. Historiquement associée à l’univers domestique, elle se transforme ici en un territoire mental, façonné par la solitude, la contemplation et une attention particulière portée aux jeux de lumière et d’ombre. Ces contrastes, subtilement orchestrés, confèrent aux œuvres une dimension à la fois symbolique et sociale.
Connue sous les appellations de nature morte ou de still life, cette tradition picturale trouve dans le travail de Halima Forati une résonance nouvelle. L’artiste ne se contente pas d’en reprendre les codes : elle les déplace, les interroge, les charge d’une densité narrative discrète mais persistante.
Avec «Nature morte», la Villa des arts de Rabat propose ainsi une immersion dans un univers où le visible dialogue en permanence avec l’invisible. Une exposition qui, au-delà de la virtuosité technique, invite à repenser la manière dont les objets, dans leur immobilité apparente, continuent de porter des histoires, des traces et des silences.