Culture

Andaloussiyat 2026 : la musique andalouse marocaine rayonne à l’Institut du Monde Arabe

Portée par l’Association des Amateurs de la Musique Andalouse du Maroc, la semaine marocaine organisée à l’Institut du Monde Arabe à Paris mettra à l’honneur un patrimoine séculaire à travers concerts, ateliers et conférences. Pour Me Azzedine Kettani, président de l’association, cet événement constitue autant une célébration artistique qu’une mission de transmission et de rayonnement international de la musique andalouse marocaine.

07 Mai 2026 À 11:42

Du 29 mai au 3 juin 2026, l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris accueillera une semaine entièrement consacrée à la musique andalouse marocaine dans le cadre du festival « Andaloussiyat ». Concerts, ateliers de pratique musicale et conférence autour de l’Anthologie de la musique andalouse marocaine rythmeront cet événement qui place le Maroc à l’honneur.

Pour orchestrer cette programmation, l’IMA a fait appel à l’Association des Amateurs de la Musique Andalouse du Maroc (AAMAM), une institution historique fondée en 1958. Un choix qui ne doit rien au hasard, selon Me Azzedine Kettani, président de l’association. « Notre association est en quelque sorte la "mère” de toutes les associations qui œuvrent aujourd’hui à la diffusion de cette musique », explique-t-il, rappelant que l’AAMAM a été créée par « un groupe de personnalités nationales et nationalistes » conduit par Haj Driss Benjelloun.

Depuis plus de six décennies, l’association œuvre à la préservation et à la transmission d’un patrimoine considéré comme l’un des piliers de l’identité culturelle marocaine. « Le but a été et est toujours d’œuvrer à la conservation de cet héritage et à son rayonnement sur les plans national et international et depuis, tous nos efforts sont déployés à cet effet et nous avons acquis une expérience et une compétence sans pareil dans ce domaine », souligne Me Kettani. Cette collaboration avec l’Institut du Monde Arabe s’inscrit d’ailleurs dans une relation ancienne. « Ce n’est pas la première fois, mais la troisième fois que l’Institut du Monde Arabe nous fait l’honneur de nous associer à l’organisation de telles journées sous l’appellation "Andaloussiyat” », rappelle le président de l’AAMAM.

Une programmation entre tradition et transmission

L’association marocaine joue un rôle central dans la conception et l’organisation de l’événement parisien. Elle a notamment participé à la programmation des journées et prend en charge l’organisation de deux grandes soirées musicales animées par les orchestres de Rabat et de Tanger. « Nous travaillons étroitement avec l’équipe de l’IMA sur tous les aspects techniques et logistiques », précise Me Kettani.



Le programme met en avant plusieurs figures et formations emblématiques de la musique arabo-andalouse. Le festival débutera le 29 mai avec la formation d’Ali Rebbahi et son ensemble de « Samaa », accompagnés de musiciens franciliens. Le lendemain, les « Ambassadeurs de la Musique Andalouse Marocaine en France » prendront le relais avant une prestation de l’ensemble Rhoum El Bakkali dédiée à la Hadra Chefchaounia.

Les soirées des 2 et 3 juin seront marquées par les prestations de l’Orchestre de Rabat dirigé par Oustad Mohamed Amine Debbi, avec la participation de Bahaa Ronda, puis de l’Orchestre Rawafid Mousiquiya de Tanger sous la direction du Dr Omar Metioui. Des ateliers de pratique des musiques arabo-andalouses seront également proposés au public avec Qaïs Saadi.

L’un des temps forts de cette semaine marocaine sera consacré à la présentation internationale de « l’Anthologie de la musique andalouse marocaine Al Ala », une œuvre de grande ampleur portée par l’AAMAM. Une table ronde réunira notamment Aziz Alami Gouraftei, Omar Metioui et Mohamed Amine Debbi autour de ce projet patrimonial.

Me Kettani décrit cette anthologie comme « une œuvre phare » réalisée grâce au soutien du mécène Anas Sefrioui. « C’est le fruit d’un travail de longue haleine qui a pris plus de trois ans », affirme-t-il.

Le projet impressionne par son ampleur : sept orchestres issus de différentes régions du Maroc ont participé à l’enregistrement de 132 heures de musique en studio. À cela s’ajoutent plus de 6.000 pages de notation musicale accompagnées des textes en alphabet arabe et en translittération ainsi qu’une application de lecture sonore.

Pour Me Kettani, cette anthologie constitue une étape décisive dans la préservation de ce patrimoine immatériel. « Grâce à ses composantes, l’Anthologie assurera à la musique andalouse un rayonnement universel et la rendra accessible à tout musicien et mélomane », insiste-t-il.

Une association active tout au long de l’année

Au-delà de cet événement parisien, l’AAMAM poursuit une activité soutenue au Maroc. L’association organisera prochainement le festival « Nouba & Mizane », dédié à la promotion des jeunes orchestres, avant de célébrer la fête de la musique le 20 juin.

En décembre, la 23e édition des « Andalussyates » viendra prolonger cette dynamique culturelle, tandis que les « Jeudis de Dar Ala » continueront d’accueillir des récitals ouverts au public. « Notre mission ne s’arrête pas aux soirées », rappelle Me Kettani, soulignant que l’association poursuit également un travail de formation et d’initiation auprès des jeunes générations.

À travers cette semaine marocaine organisée à Paris, la musique andalouse marocaine confirme ainsi sa capacité à traverser les frontières et les générations, portée par des passionnés qui entendent préserver un héritage vivant tout en l’ouvrant au monde.
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