Culture

«Aux creux du silence» : quand la matière se fait mémoire

Deux sculpteurs, deux pays, une même quête du silence comme matière première. Du 9 septembre au 5 décembre 2026, la Galerie des résidents de la Fondation Montresso à Marrakech dévoile les fruits d’une résidence d’un an à Jardin Rouge : les œuvres de Francis Agemo (Nigeria) et Mbaye Babacar Diouf (Sénégal), réunies dans «Aux creux du silence». Portes ouvertes les 9 et 10 octobre.

21 Septembre 2026 À 09:40

Du 9 octobre au 5 décembre 2026, la Galerie des résidents de la Fondation Montresso à Marrakech accueille «Aux creux du silence», une exposition réunissant les œuvres de Francis Agemo et Mbaye Babacar Diouf. Après plus d’une année de travail dans les Ateliers de Jardin Rouge, les deux artistes présentent une série de créations où la matière devient un espace de mémoire, de transmission et de réflexion sur le rapport de l’être humain au monde. Des journées portes ouvertes sont organisées les 9 et 10 octobre. Le silence peut également être une matière. Celle des souvenirs, des traces laissées par les êtres et les lieux, mais aussi des récits qui se construisent avec le temps. C’est autour de cette idée que Francis Agemo et Mbaye Babacar Diouf se retrouvent dans «Aux creux du silence», une exposition qui confronte deux démarches artistiques tout en questionnant le rapport de l’être humain à son environnement. Chez les deux artistes, la nature dépasse la représentation d’un paysage. Elle devient un espace intérieur, chargé de mémoire et de tensions. Bois, fer, cuivre, laiton et bronze sont ainsi mobilisés pour explorer les liens entre l’homme, la terre et ce qui façonne son existence.

Agemo, entre mémoire et inquiétude

Né en 1986, Francis Agemo vit et travaille à Badagry, au Nigeria. Diplômé de la Delta State University (DELSU) à Abraka, il développe une pratique nourrie par les tensions entre tradition et modernité dans la société nigériane contemporaine. Son travail porte une attention particulière au quotidien et aux interrogations d’une jeunesse confrontée aux contradictions de son époque.

Après avoir travaillé notamment le dessin, l’artiste s’est tourné vers la sculpture pour approfondir sa réflexion sur les rapports de pouvoir, l’argent et les inégalités. Entre son village natal et l’effervescence urbaine, son œuvre fait apparaître une société marquée par la corruption, la lassitude et la recherche de richesse.

Ses sculptures prennent notamment la forme de totems et de portraits monumentaux. En écho à la pensée d’Édouard Glissant, ces œuvres semblent faire coexister plusieurs voix et plusieurs expressions, comme les langues, les chants et les danses. La référence aux arbres et à leurs racines traverse tout autant son travail : les formes monumentales évoquent la puissance des arbres anciens et la circulation souterraine de la sève.

À travers ces figures, Agemo interroge ainsi ce qui se transmet d’une génération à l’autre. Les traces laissées sur la matière deviennent autant de signes d’un héritage fragile, qui appelle moins la conservation figée que la transmission. Le travail de l’artiste a été présenté dans plusieurs galeries au Bénin, au Nigeria, en Tanzanie et en Angleterre. Ses œuvres ont intégré la collection permanente de la Fondation Montresso au Maroc ainsi que la Collection Leridon en France.

Diouf, la lenteur comme langage

Né en 1983, Mbaye Babacar Diouf vit, travaille et enseigne les arts plastiques à Dakar. Formé à l’École nationale des arts puis à l’Institut supérieur des arts et cultures de Dakar, il développe une œuvre dans laquelle la matière devient un espace de réflexion sur l’existence, la mémoire et la spiritualité.

Son travail s’appuie sur des signes et des symboles qui structurent les compositions et témoignent d’une foi profonde ainsi que d’une volonté de dépassement. De même, l’écriture occupe une place centrale dans sa démarche, à travers une réflexion sur la condition humaine envisagée dans ce qu’elle a d’universel. Chez Diouf, le geste artistique se construit dans la durée.

La répétition, la lenteur et le travail de la matière constituent autant de moyens d’explorer ce qui se transforme avec le temps. Les surfaces conservent les marques de cette recherche, entre expérience personnelle, héritages et métamorphoses.

L’artiste expérimente aussi les matériaux et les formats afin de faire apparaître des traces de vie et des formes qui suggèrent plus qu’elles ne livrent. Cette approche invite le spectateur à prendre son temps, à observer les textures, les espaces laissés vides et les détails, et à construire progressivement sa propre lecture des œuvres.

Lauréat des Jeux de la francophonie en 2017, Mbaye Babacar Diouf a participé aux Biennales de Dakar en 2016 et en 2022. Ses œuvres ont notamment été présentées au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain au Maroc et à l’Institut du Monde arabe en France. Elles figurent par ailleurs dans la collection privée de l’État du Sénégal et dans celle de la Fondation Montresso au Maroc.

Plus d’une année pour donner forme au silence

C’est au fil de plus d’une année passée dans les Ateliers de Jardin Rouge que Francis Agemo et Mbaye Babacar Diouf ont développé les œuvres réunies dans cette exposition. Deux univers, deux écritures plastiques et deux rapports à la matière se rencontrent ici pour révéler ce qu’un silence partagé peut encore transmettre.
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