Culture

«Décoloniser le féminisme» : Un cycle de conférences pour repenser la lutte des femmes

Du 2 avril au 11 juin 2026, le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain accueille une série de conférences portée par le HEM Research Center et la chaire Fatema Mernissi, afin de faire entendre les voix du Sud global sur le féminisme. Intitulé «Décoloniser le féminisme», ce cycle entend transformer le récit d’une lutte encore largement dominée par des référentiels occidentaux.

04 Avril 2026 À 10:37

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Le féminisme est-il universel ? Pas de l’avis des chercheurs, écrivains, artistes et intellectuels invités à croiser leurs points de vue lors des six rencontres thématiques qui composent le cycle «Décoloniser le féminisme». À rebours d’une vision monolithique du féminisme, ce cycle ambitionne d’éclairer les angles morts d’un discours façonné par l’Histoire occidentale. Il s’agit ainsi d’offrir au Sud global l’occasion de définir ses propres féminismes et d’énumérer les diverses formes que peuvent prendre les luttes des femmes selon leur contexte social, économique et politique.

Un espace de dialogue

Soutenu par la Fondation Heinrich Böll et la Fondation nationale des musées (FNM), ce cycle de conférences se veut avant tout un espace de dialogue et d’échange autour de la pensée féministe. Étendu sur deux mois, il réunira intellectuels et artistes invités à croiser leurs regards dans une approche décloisonnée, où l’art, la pensée et la recherche scientifique interrogent des enjeux communs afin d’en cartographier les dimensions contemporaines.

Le féminisme et son rapport à la géopolitique, l’intersectionnalité, l’approche décoloniale, la représentation des femmes musulmanes ou encore les créations artistiques féministes figurent parmi les thématiques abordées. Autant de pistes destinées à ancrer le féminisme dans des réalités concrètes, loin d’une abstraction universaliste.

Dans un contexte mondial marqué par des crispations identitaires, l’objectif du cycle n’est pas de diviser, mais de mettre en lumière les différences et les spécificités afin de rééquilibrer le débat global.

Un mot pour Gaza

Pour poser les jalons de cette réflexion, la séance inaugurale du jeudi 2 avril a réuni Driss Ksikes, en tant qu’intellectuel et directeur du HEM Research Center, ainsi que la nouvelle directrice du MMVI, Nadia Sabri. Cette introduction a laissé place à une première rencontre consacrée aux liens entre féminismes et géopolitique, autour d’une question brûlante d’actualité : «Quelles prises de parole féministes sur Gaza ?»

Introduite par Nadia Guessous, professeure associée en études féministes et de genre au Colorado College, la discussion a réuni l’écrivaine et anthropologue marocaine Yasmine Chami et l’essayiste et historienne tunisienne Sophie Bessis, dans un échange mêlant analyse critique et perspectives situées.

À ne pas manquer : la prochaine conférence consacrée aux féminismes décoloniaux, qui réunira la philosophe tunisienne Soumaya Mestiri. Celle-ci développera l’idée d’un «féminisme de la frontière», ou décentré. Le psychanalyste Majid Safouane mettra, pour sa part, en lumière les apports des féminismes du Sud à la psychanalyse.



En accueillant ce cycle de conférences consacré à la décolonisation du féminisme, la ville de Rabat réaffirme son engagement en faveur du savoir et du débat critique. À l’occasion de sa désignation comme Capitale mondiale du livre, la capitale s’emploie à renforcer son positionnement comme hub intellectuel régional, avec l’implication active de la Fondation nationale des musées.
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