Culture

Lisbonne : l’exposition «Mémoires vivantes» d’Imane Kamal Idrissi, une immersion dans la mémoire de la femme africaine

À Lisbonne, l’artiste-plasticienne marocaine Imane Kamal Idrissi explore la mémoire, l’identité et l’héritage féminin à travers l’exposition «Mémoires vivantes». Entre portraits fragmentés et jeux de transparence, son travail interroge la transmission des récits et la place de la femme africaine dans l’Histoire collective.

17 Mars 2026 À 10:46

Le Centre culturel du Cap-Vert à Lisbonne a récemment accueilli le vernissage de l’exposition «Mémoires vivantes» de l’artiste-plasticienne marocaine Imane Kamal Idrissi, une célébration visuelle mettant en lumière la voix artistique de la femme africaine, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, célébrée le 8 mars.

Ouverte au public jusqu’au 11 avril 2026, l’exposition propose un voyage immersif à travers les différentes strates de la mémoire – personnelle et héritée, féminine et collective. L’artiste y développe une réflexion sur l’identité transgénérationnelle et sur des récits qui ne se limitent pas aux pages de l’Histoire, mais qui s’inscrivent aussi sur la peau, dans les silences et dans la volonté de survivre.



À travers des techniques mêlant huile sur toile et sur bois, ainsi que des images réalisées sur plexiglas, l’artiste compose des espaces visuels où le temps semble s’effacer. Transparence et opacité s’y répondent, à l’image des couches de mémoire qui façonnent l’identité et traversent les générations.

Dans une déclaration à la Maghreb Arabe Presse (MAP), Imane Kamal Idrissi a indiqué que cette exposition s’inscrit dans le cadre des célébrations du mois de mars dédié à la femme. Elle souligne avoir eu l’honneur d’être choisie par le centre culturel pour représenter la femme et l’artiste africaine lors de cet événement.

L’exposition réunit tableaux, portraits et scènes humaines exprimant une diversité d’émotions. Selon l’artiste, il s’agit d’un voyage à travers plusieurs couches de mémoire – personnelle, héritée, féminine et collective – constituant «une réflexion artistique sur l’identité qui traverse les générations et sur des récits qui ne s’inscrivent pas seulement dans les pages de l’Histoire, mais aussi sur la peau, dans le silence et dans la volonté de survivre».

Ce travail artistique repose principalement sur l’utilisation de l’huile sur toile, complétée par des portraits composites réalisés à partir de plexiglas. «Certains visages apparaissent avec netteté, tandis que d’autres semblent fragmentés, recomposés ou partiellement dissimulés. Dans ce contexte, le plexiglas agit à la fois comme protection et comme barrière, reflétant les couches émotionnelles que les femmes portent au plus profond d’elles-mêmes», explique-t-elle. Pour la plasticienne, les femmes marocaines représentées dans ces œuvres, reconnaissables à leurs tatouages traditionnels, ne sont pas de simples figures artistiques, mais de véritables «archives vivantes». Les motifs gravés sur leurs visages racontent des histoires d’héritage, d’appartenance et de résistance, incarnant une mémoire culturelle qui perdure même lorsque certaines traditions tendent à disparaître.

À travers cette exposition, Imane Kamal Idrissi propose une approche artistique ouverte sur les questions d’identité et de condition féminine, mettant en lumière à la fois la fragilité des femmes et leur capacité de résilience. Elle aborde la souffrance sans l’embellir, mais comme une reconnaissance de la réalité vécue et comme un témoignage de l’existence.

La diversité des angles de regard constitue également un élément central de l’exposition. Les images se transforment selon la position du visiteur, révélant de nouvelles lectures et interprétations. Une manière d’illustrer que la mémoire n’est jamais figée et que la perception de la vérité peut évoluer avec la distance et le point de vue.

À travers «Mémoires vivantes», l’artiste célèbre ainsi la complexité et la force de l’être féminin, tout en interrogeant l’héritage que l’on porte et celui que l’on transforme en création. L’expérience artistique dépasse la simple observation pour inviter à ressentir, méditer et explorer les couches profondes de l’identité.

Née à Casablanca, Imane Kamal Idrissi est reconnue pour ses œuvres innovantes dans le portrait contemporain et pour ses installations artistiques fondées sur la multiplicité des perspectives. Elle a grandi dans un environnement artistique influencé par son père, ce qui a contribué à façonner sa sensibilité créative dès son plus jeune âge.

L’artiste puise dans la pluralité de ses appartenances culturelles entre le Maroc, le Cap‑Vert, le Mozambique, l’Afrique du Sud, la France et le Portugal. Dans ses œuvres, elle explore les thématiques de la mémoire, de l’identité et du métissage culturel, se distinguant notamment par l’utilisation de couches superposées de plexiglas qui confèrent à ses créations une dimension visuelle évolutive selon l’angle de regard du spectateur.

Parallèlement à la peinture, l’artiste marocaine, dont les œuvres ont été exposées dans plusieurs pays, organise aussi des ateliers artistiques destinés à encourager le dialogue culturel et l’expérimentation créative. Elle développe, par ailleurs, des projets dans le domaine de l’illustration et participe à la co-écriture de livres destinés au jeune public.
Copyright Groupe le Matin © 2026