Tout au long du mois de mai, Marrakech accueille la troisième édition du Festival qui transforme tous ses lieux, ses riads et ses rues en espaces de mémoire. Mai de la photographie propose expositions, projections, débats et ateliers pour explorer les mémoires croisées de cette ville cosmopolite.
Fadwa Misk
07 Mai 2026
À 16:47
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Il y a quelque chose de particulier dans l’idée d’un Festival de photographie à Marrakech. Trop photographiée, dira-t-on : sa place mythique, ses souks, son artisanat, ses couchers de soleil sur la Koutoubia. Mais le Mai de la photographie propose justement autre chose que des cartes postales. Durant tout le mois, plusieurs acteurs culturels de la ville collaborent pour une véritable constellation de propositions : une trentaine d’expositions, des rencontres et des projections permettent une circulation d’images, mais aussi de regards, au-delà du simple but esthétique.Cette année, pour sa troisième édition, le thème affiché est «Mémoire(s)». Un pluriel intentionnel, puisque les mémoires se croisent, s’effritent et se recomposent souvent dans les terres d’accueil, et que Marrakech en est un exemple vivant de brassage et de complexité. Pour rappel, le Festival fait suite à l’initiative du «Mois de la photo», lancée entre 2000 et 2004 par Sakina Rharib, alors conservatrice du Musée de Marrakech. Aujourd’hui, tout un réseau d’acteurs culturels, de lieux et de bonnes volontés travaille de concert pour perpétuer ce geste artistique et militant.
D’humains et de pierres
Ce que chacun entend par mémoire, ce que chacun y retient, peut varier du tout au tout ou alors correspondre étrangement. Dans les propositions du mois, l’exposition de Delphine Warin, à la Maison Denise Masson, tente de dévoiler «l’âme marocaine» à travers des photos où l’humain est au cœur de la transmission. Cette lauréate du Prix du livre Escourbiac en 2025 pour un travail réalisé au Maroc, où elle vit depuis vingt ans, s’attache à saisir l’intime, l’indicible et la durée.
Au Musée d’art contemporain africain Al Maaden (MACAAL), Ismail Alaoui Fdili, lui, préfère montrer les débris. Engagé depuis 2017 à documenter la démolition des quartiers populaires, au Cambodge ou à Casablanca, il présente Under Destruction, pour capturer ces pans de mémoire qui disparaissent avec les murs. Côté patrimoine industriel, Rida Tabit explore dans «Gold Rust» les tanneries traditionnelles à la périphérie de la ville. La Fondation Montresso lui ouvre son espace pour célébrer ces artisans qui perpétuent une technique vieille de mille ans. Si vous allez à la médina, visitez Le 18. Hiba Dahibi y présente Home Away From Home, une autofiction de photos et de textes sur l’exil et le deuil des lieux familiers.
Regards croisés
La jeunesse n’est pas en reste. Dans son programme «Jil Lioum», l’Institut français offre à six jeunes artistes marocains la chance de partager leurs regards sur leur pays et leur génération, loin des stéréotypes. Les œuvres de Mourad Fedouach, Rime Sabbar, Oussama Sbaa, Yassine Sellame, Younes Sefyaoui et Nizar Laajali seront exposées sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville, un espace public délibérément accessible.
Une autre expo collective habite Riad Izza, où Ismail Zaidi, Safaa Kotbi et Fatimazohra Serri opposent trois manières de restituer la ou les mémoires dans «The Space Between Us». La galerie Comptoir des Mines est également de la fête avec une exposition de Latifa Toujani et Khadija Jayi, qui portent des regards distincts sur leurs vécus, leurs environnements et leurs préoccupations, dans un dialogue intergénérationnel sensible. n