Culture

Meryem Bent Houria invitée du «Book Club Le Matin» : Quand la colère devient chemin de transformation

Présenté le 27 janvier dernier au «Book Club Le Matin», le premier roman de Meryem Bent Houria, «Le secret de l’arbre», retrace le parcours intérieur de Aïda, une femme confrontée à la colère, à l’injustice et à l’isolement, avant d’amorcer une transformation profonde grâce au travail sur soi et à la recherche de sens. À travers une écriture à la fois introspective et symbolique, l’autrice explore la maturité, la dignité et l’ouverture à l’autre comme voies d’élévation.

Ph. Saouri

01 Février 2026 À 16:45

Le «Book Club» a réuni lectrices et lecteurs autour de l’autrice, invitée à présenter son ouvrage publié aux Éditions Le Onze. La rencontre, dense et captivante, a été marquée par un échange franc sur l’écriture, la spiritualité et le cheminement intérieur. Dès l’ouverture, l’éditrice a rappelé la ligne éditoriale de la maison : «Nous sommes assez sélectifs dans nos publications. Nous tenons à ce que les textes soient engagés et engageants.» Une exigence que «Le secret de l’arbre» incarne pleinement, tant par son propos que par sa construction.

Rien, dans le parcours initial de Meryem Bent Houria, ne la prédestinait à la littérature. «Professionnellement, je ne suis pas du tout dans le milieu littéraire. J’ai un parcours scientifique», explique-t-elle. De la filière scientifique à l’école de commerce, puis à l’expertise comptable, l’audit et la banque, son itinéraire est celui d’une trajectoire académique classique. L’écriture s’est imposée autrement, par nécessité intérieure. «Je suis là aujourd’hui par mon cheminement spirituel, un cheminement qui n’est pas académique, mais personnel.» Ne se reconnaissant ni dans la musique ni dans les arts plastiques, elle confie avoir trouvé dans les mots son mode d’expression : «Je peins avec les mots. Ce livre, c’est ma peinture».

Aïda, de la colère à l’ouverture

Au cœur du roman se trouve Aïda, personnage qui traverse d’abord la colère, puis l’injustice et l’intolérance, avant d’entamer un mouvement de transformation. «Le premier chapitre est celui de la colère», précise l’autrice, avant que le regard du personnage n’évolue vers ce qu’elle nomme l’amour : «Pas seulement l’amour charnel, mais l’amour de l’autre.» Aïda se sent d’abord «isolée parmi les siens», enfermée dans une vision autocentrée de l’existence. Une rencontre déclenche alors un travail sur elle-même. «Être qui nous sommes, pour exprimer notre essence», résume Meryem Bent Houria. Une quête qui conduit le personnage à chercher dans la connaissance du Divin un sens plus large à la vie.

La métaphore de l’arbre traverse l’ensemble du roman. «Un arbre ne peut porter des fruits que lorsqu’il est arrivé à maturité», souligne l’autrice. Racines invisibles, ancrage, croissance vers le haut : l’arbre incarne le temps long, la patience et l’équilibre entre enracinement et élévation. Cette maturité, indissociable de l’âge et de l’expérience, est au cœur de la réflexion de l’autrice : «C’est un livre que je n’aurais pas pu écrire avant. Aujourd’hui, la valeur est liée au nombre des années.» L’arbre devient ainsi l’image d’un chemin de vie, façonné par des strates successives, visibles et invisibles.



À travers Aïda, «Le secret de l’arbre» porte un message affirmé de tolérance. «C’est un livre progressiste qui milite pour la tolérance», affirme Meryem Bent Houria. Cette tolérance inclut nécessairement l’égalité entre les sexes. Le roman accorde peu d’importance au genre des personnages : «Quand Aïda parle, elle parle du lien qu’elle a avec les personnages, pas de leur sexe.» Ce choix narratif renforce l’universalité du propos et recentre le récit sur les relations humaines. La question de la dignité féminine traverse néanmoins le texte. Entourée de frères, évoluant dans un environnement masculin, Aïda apprend à s’affirmer. «Comment une femme, dans notre société arabo-musulmane, peut-elle tracer son chemin, se faire respecter et surtout poser sa dignité ?», interroge l’autrice, sans jamais verser dans l’affrontement frontal. «Ce n’est pas contre les autres, c’est juste pour soi.»

La seconde partie du roman bascule vers une dimension plus spirituelle, amorcée par une rencontre initiatique. Inspirée du récit de Moïse et de Khidr, cette figure introduit une dynamique d’introspection. «Il y a toujours quelqu’un qui a quelque chose à nous apprendre», souligne Meryem Bent Houria. Ce cheminement implique un travail exigeant sur l’ego. «L’ego, c’est ce que l’on a construit pendant quarante ans», explique-t-elle, avant d’insister sur l’humilité et le don : «Tout ce qu’on garde, c’est ce qu’on donne.» Cette idée, centrale dans le livre, relie transformation personnelle et utilité pour les autres.

L’un des moments forts de la rencontre a été la lecture d’un extrait consacré au père de Aïda : «Je suis le premier homme à t’avoir libérée. Ne permets à aucun autre de te contraindre à devenir quelqu’un que tu n’es pas». À partir de cette phrase, l’autrice distingue identité et essence. «L’identité, je ne l’ai pas choisie. Ce que je suis, c’est mon essence. Et mon essence, ce sont mes choix répétés.» Une réflexion qui résume l’architecture du roman : comprendre pour évoluer, évoluer pour transmettre.

En conclusion, Meryem Bent Houria résume son livre en trois verbes : «Comprendre, évoluer, transmettre». Une progression qui traverse l’ensemble du récit et qui s’achève par une citation d’Ibn Arabi : «La paix la plus complète soit sur celui qui s’est amélioré, qui est devenu bon et à qui il a été donné de comprendre ce qu’on lui dit.» Avec «Le secret de l’arbre», l’autrice signe un premier roman exigeant, ancré dans l’expérience intime, mais ouvert à l’universel, où la colère n’est pas une fin, mais le point de départ d’un chemin de transformation intérieure.
Copyright Groupe le Matin © 2026