Moussem d'Asilah : écrivains et amis réunis autour de la mémoire de Hassouna Mosbahi
On attendait un hommage solennel. Il a pris la forme d'une conversation avec l'absent : pour ses amis réunis à Asilah, Hassouna Mosbahi, qui avait fait de l'errance une façon de vivre et d'écrire, n'a pas cessé de voyager, il a seulement changé de route.
Nadia Ouiddar
17 Octobre 2026
À 08:50
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Le jeudi 15 octobre 2026, au Centre Hassan II des rencontres internationales, la session d'automne du 47ᵉ Moussem culturel international d'Asilah, placée sous le thème «Asilah... terre de rencontre et de dialogue», a consacré une séance à l'écrivain tunisien Hassouna Mosbahi (1950-2025). Intitulée «Voyage dans les expressions et les lieux», elle a réuni écrivains, critiques et amis autour d'un homme qui avait fait du déplacement une manière d'habiter le monde.
Né au village de Dhehibat, près de Kairouan, en Tunisie, Mosbahi a vécu à Munich de 1985 à 2004. Il a publié des romans, des nouvelles, des récits de voyage et des journaux, traduit et écrit pour la presse. Asilah n'était pas pour lui un simple lieu de passage : son forum lui avait décerné en 2016 le prix Mohamed Zafzaf du roman arabe pour l'ensemble de son œuvre. Il est mort le 4 juin 2025, laissant un dernier roman, «Le jour de la mort de Salma».
Les témoignages se sont succédé tout au long de la séance. L'écrivain irakien Samuel Shimon, qui fut son ami pendant de longues années, l'a fait revivre par des extraits d'un film qu'il lui a consacré. La journaliste tunisienne Hanane Zbiss est revenue sur son travail de presse, où l'écrivain se ménageait toujours le droit à la digression. Charaf Eddine Majdouline a enfin lu le titre de la rencontre comme un double voyage : celui des lieux et de l'exil, celui d'une écriture qui change de genre.
Le romancier égyptien Waheed Tawila a insisté sur la liberté de ce parcours. Mosbahi, a-t-il rappelé, a fini par choisir la vie qui lui ressemblait, après en avoir suivi les premiers pas malgré lui. Ses récits, a-t-il ajouté, ne se laissent enfermer ni dans le réel ni dans la pure fiction : ce qui les tient, c'est une sincérité artistique. Tawila l'a décrit comme «le beau vagabond», un homme qui a vécu l'errance par choix et qui, vivant au cœur d'une des plus belles villes du monde, portait en lui sa campagne. Chaque fois que le froid de l'exil le mordait, il retournait à cette source pour s'y réchauffer, et il a écrit ce pays avec l'attachement de ses habitants.
L'ancien ambassadeur du Maroc à Tunis Hassan Tariq a lu à son tour le texte qu'il avait écrit à l'annonce de la mort de Mosbahi. S'adressant directement à l'absent, il y voit dans le retour au village un ultime apaisement : celui d'un éternel exilé qui aurait enfin trouvé la réponse à sa quête des origines et à la douleur du mal du pays. Il l'imagine revenant en parfum d'oliviers de sa campagne, en solo dans une vieille symphonie, en joie d'un lecteur devant un grand texte, ou en fleur sauvage rebelle aux bouquets fabriqués.
Le moment le plus saisissant fut la prise de parole de l'écrivain Ahmed El Madini, qui a refusé d'en faire une cérémonie de deuil. Il a proposé de remplacer l'idée du départ par celle d'une absence provisoire : devant la chaise vide, il dirait à quiconque voudrait s'y asseoir qu'elle est occupée par Hassouna Mosbahi, sorti prendre l'air ou protester, comme à son habitude, contre un monde laid, et qu'il reviendra. Il a aussi invoqué l'esprit de Mohamed Benaissa, fondateur du Moussem, lui aussi disparu, qu'il imaginait saisir le micro et entraîner l'assistance dans un air populaire célébrant la vie, avant que les deux hommes ne s'éclipsent à un rendez-vous dans l'absence. Las des analyses et des démontages, il a clos son propos sur ce refus de l'élégie. Dans une séance dédiée à un écrivain nomade, cette chaise réservée à un voyageur a paru l'hommage le plus juste.