Parution de l’ouvrage «Exposer la peine : La prison au prisme du musée»
L’ouvrage «Exposer la peine : La prison au prisme du musée» de l’auteure Yasmine Belmahi vient de paraître à l’initiative de la délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR).
LE MATIN
08 Septembre 2026
À 15:45
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Publié aux éditions «La boîte à culture», l’ouvrage «Exposer la peine : La prison au prisme du musée» comprend un ensemble de photographies documentant différents aspects de la mémoire carcérale au Maroc ainsi que les différentes composantes de l’espace pénitentiaire. Il présente, par la même occasion, dans sa version française, plusieurs objets et créations réalisés par les détenus (tableaux, maquettes et produits d’artisanat), qui montrent que les ateliers artistiques et culturels ne constituent pas de simples programmes d’animation au sein des établissements pénitentiaires, mais incarnent une fonction sociale plus profonde.
La couverture de l’ouvrage représente la porte de la prison de «Ghbila», qui constitue l’un des sites carcéraux les plus emblématiques du Maroc et témoigne de la naissance d’une nouvelle institution, en l’occurrence le Musée carcéral, qui constitue une étape symbolique forte, traduisant le passage d’une mémoire dispersée à une autre plus pensée, structurée et ouverte à l’interprétation et au dialogue.
D’après l’auteure, ce Musée respecte les principes fondamentaux du travail muséal, à travers la présentation de collections originales et la sélection de pièces rares ou présentant un caractère particulier, ainsi que la mise en place d’un parcours pédagogique destiné à guider le visiteur. De même, il permet d’instaurer une distance réflexive à l’égard des objets, qui ne sont plus de simples outils fonctionnels, mais deviennent de précieux témoins de l’histoire et de diverses expériences humaines.
Dans un mot de présentation de l’ouvrage, le délégué général à l’Administration pénitentiaire et à la réinsertion, Mohamed Salah Tamek, souligne que le projet du Musée carcéral vise à transformer le bâtiment abandonné de l’ancienne prison de «Ghbila» en un nouvel établissement.
«Le bâtiment de la prison désaffectée, plutôt que d’être abandonné à l’oubli, va accueillir une nouvelle fonction, celle de dire avec toute la charge symbolique liée à son identité première, sans fascination morbide, sans encensement aucun, sans esthétisation de la souffrance, l’histoire du monde carcéral au Maroc», explique M. Tamek.
Il a ajouté que les murs des prisons «racontent bien plus que l’enfermement et la détention. Ils témoignent des conceptions successives de la peine, de l’autorité, de la dignité, de la réinsertion et de la rédemption. Ils portent les traces des passages des femmes et des hommes qui y furent détenus, mais également de ceux qui y exercèrent, souvent dans l’ombre, leur mission avec exigence : surveillants, médecins, éducateurs ou personnels administratifs».
M. Tamek a souligné, dans ce sens, qu’un Musée carcéral est aussi «un espace profondément humain qui donne voix aux détenus comme aux personnels pénitentiaires, aux parcours individuels comme aux trajectoires collectives, et qui ne se réduit pas simplement à la réhabilitation d’un bâtiment, à la monstration d’objets ou à la reconstitution d’espaces de détention».
Selon lui, «le Musée carcéral ne serait donc pas, en cela, un Musée de la prison, mais serait un Musée de la société à travers la prison. Faire entrer cet héritage dans le champ du patrimoine, c’est reconnaître que l’histoire des prisons est indissociable de l’histoire des sociétés qui les ont édifiées, c’est refuser de condamner la prison à un double enfermement : celui de ses murs puis celui de notre mémoire».
Le projet du Musée sera réalisé selon des phases conceptuelles et opérationnelles à même de préserver l’âme du site, que ce soit en termes de geste architectural ou en termes de technique de réhabilitation, a indiqué M. Tamek, notant qu’afin d’offrir à son environnement urbain une forte centralité culturelle, l’institution muséale va ainsi troquer son identité de lieu clos et interdit contre celle d’un espace de découverte.
L’ouvrage aborde neuf thèmes intitulés «Vers un Musée carcéral : mémoire, justice et société», «Exposer la peine : un défi mémoriel», «La mémoire carcérale», «Le téléphone : entre lien et contrôle», «La porte : fermer pour contenir», «La cellule, lieu clos, tensions ouvertes», «Le quotidien carcéral : entre travail, soin et humanisation», «Au-delà des murs : la création» et «Le Musée carcéral : une ambition en devenir».