Culture

«Réminiscences 1» : Les lumières de Rabi’

Mercredi 25 mars, l’Institut français de Casablanca projette un film du réalisateur Hamid Zerouali sur la vie et l’œuvre de l’illustre artiste marocain Abdelkebir Rabi’. Dans ce portrait d’artiste, la mémoire est au cœur de la création.

19 Mars 2026 À 12:07

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Il est des films qui ne se contentent pas de dépeindre une œuvre d’art, mais qui en sondent le souffle originel. C’est ainsi que le réalisateur Hamid Zerouali conçoit son cinéma. Il propose bien plus qu’un simple portrait d’artiste, en choisissant l’immersion dans la sensibilité de Abdelkébir Rabi’.

En présence du réalisateur et de l’artiste lui-même, le public du Théâtre 121 aura la rare occasion d’approcher de plus près l’œuvre et le processus créatif de cette figure majeure de la scène artistique marocaine. S’ouvrira alors un dialogue entre peinture, pensée et spiritualité.

La poésie par l’image

Ceux qui connaissent le travail de Rabi’ vous diront qu’il n’a jamais accepté d’être enfermé dans un territoire artistique. Logeant à la lisière entre figuration et abstraction, il a développé un langage fluide et poreux, qui circule librement d’un espace à l’autre, sans intention de se fixer.

L’omniprésence du noir est quasi religieuse. Chez Abdelkébir Rabi’, il ne s’agit pas d’une simple couleur, mais d’un espace de recueillement, une matière qui absorbe la lumière, comme le dévot s’abreuve de foi. Qu’il s’agisse de fusain ou d’encre de Chine, la matière sert ce dessein contemplatif, quel qu’en soit le motif.

Depuis les esquisses abstraites jusqu’aux grands fusains de son Boulmane natal, Abdelkébir Rabi’ poursuit, avec constance et minutie, l’exploration des jeux d’ombre et de lumière, des alternances du visible et de l’invisible, ainsi que du secret de la vie qui affleure dans l’intervalle. Le film, quant à lui, restitue les moments de réflexion, de doute et de fulgurance qui jalonnent la création.

Un film nécessaire

Ce film n’est ni un reportage ni un documentaire didactique visant à initier le spectateur à la méthodologie de travail d’un artisan. Il s’agit plutôt d’un fragment poétique de la vie d’un artiste qui n’a de cesse de traquer le mystérieux et le mystique. Tout au long du film, le spectateur découvre Rabi’ s’interrogeant sur la meilleure manière de représenter l’indicible et de donner forme à une quête intérieure sans la figer.

Le film de Zerouali capture avec justesse cette dimension intérieure. En évitant toute spectacularisation, il instaure une intimité discrète avec l’artiste, rendant possible une parole rarement entendue. Le spectateur n’est plus simplement observateur : il devient partie prenante d’un univers, invité à vivre plutôt qu’à comprendre.

Pour le plaisir des amateurs d’art comme des professionnels, ce documentaire n’est que le premier d’une série appelée à mettre à l’honneur les grands peintres marocains. Plus qu’une mission de valorisation et de diffusion, il s’agit d’un véritable travail de documentation de la mémoire artistique du Maroc. Ce projet nécessaire témoigne d’un engagement rare chez les réalisateurs marocains en faveur de l’art et du patrimoine. Hamid Zerouali rappelle que les disciplines artistiques sont appelées à dialoguer et non à s’isoler les unes des autres. C’est ainsi que se construit, véritablement, la culture.
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