Menu
Search
Mardi 16 Juin 2026
S'abonner
close

«La Mémoire des signes» : Marrakech célèbre l’héritage artistique de Mohamed Nabili

Le Musée du patrimoine immatériel à Marrakech accueille, jusqu’au 15 février 2027, une exposition hommage dédiée au regretté Mohamed Nabili. Intitulée «La Mémoire des signes», cette remarquable vitrine met en lumière la quête d’une vie : celle d’un grand maître de l’art moderne marocain qui a su transcender l’alphabet tifinagh, les tatouages traditionnels et la mémoire collective pour les métamorphoser en un langage plastique universel.

No Image
Que reste-t-il des signes lorsqu’ils ont quitté leur fonction première ? Comment des symboles transmis au fil des siècles continuent-ils à habiter l’imaginaire contemporain ? C’est autour de ces questions que s’articule «Nabili : La Mémoire des signes», l’exposition consacrée au regretté Mohamed Nabili que présente le Musée du patrimoine immatériel de Jamaâ El-Fna, à Marrakech, jusqu’au 15 février 2027.

Plus qu’une rétrospective, l’exposition propose une immersion dans l’univers d’un artiste qui a fait de la mémoire culturelle marocaine la matière même de son langage plastique. Figure majeure de l’art moderne marocain, Mohamed Nabili a développé, au fil de son parcours, une œuvre où les frontières entre patrimoine et création contemporaine s’estompent au profit d’un dialogue permanent entre passé et présent.



Peintre, céramiste, graphiste et plasticien, Nabili appartenait à cette génération d’artistes qui ont cherché à inscrire la modernité artistique dans des références puisées au cœur des cultures locales. Chez lui, les tatouages traditionnels, les signes amazighs, l’alphabet tifinagh, les motifs symboliques ou encore les formes héritées des arts populaires ne constituent jamais de simples éléments décoratifs. Ils deviennent les fragments d’une mémoire collective qu’il déconstruit, transforme et réinvente.

Son œuvre s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur la transmission et sur la capacité des traditions à se renouveler sans perdre leur charge symbolique. Les signes qu’il convoquait ne sont ni figés ni muséifiés ; ils demeurent des formes vivantes, porteuses d’une histoire, mais ouvertes à de nouvelles interprétations. En cela, la démarche de Mohamed Nabili rejoignait celle de plusieurs artistes modernes marocains qui ont fait du patrimoine un espace de recherche plutôt qu’un réservoir de nostalgie.

À travers une sélection d’œuvres emblématiques, l’exposition révèle la richesse d’une écriture plastique construite autour des couleurs, des rythmes et des symboles. Elle montre également combien la mémoire culturelle, loin d’appartenir exclusivement au passé, s’impose comme une source de renouvellement esthétique et un terrain de dialogue avec l’universel.

Cette exploration des signes est indissociable d’une vision profondément humaniste. Convaincu du pouvoir émancipateur de la création, Mohamed Nabili avait consacré une part importante de son engagement à l’éducation artistique et à la transmission. Sa Fondation, «Imaginaire de l’enfant dans les arts plastiques», demeure le vivant témoignage de cette volonté de faire de l’art un espace d’apprentissage, de liberté et d’éveil.

Fruit d’un partenariat entre la Fondation nationale des musées et Marsam Art Gallery, «Nabili : La Mémoire des signes» rappelle aussi combien les questions d’identité culturelle et de patrimoine immatériel demeurent au cœur des préoccupations contemporaines. À l’heure où la mondialisation tend à uniformiser les imaginaires, l’œuvre de Mohamed Nabili affirme, avec une remarquable actualité, qu’il est possible de dialoguer avec le monde sans rompre avec ses propres sources.

Car chez Nabili, les signes ne sont pas les vestiges silencieux d’un passé révolu. Ils sont une langue. Une mémoire en mouvement. Et peut-être, plus encore, la preuve que la modernité ne naît pas de l’effacement des héritages, mais de leur perpétuelle réinvention.
Lisez nos e-Papers