Nadia Ouiddar
03 Février 2026
À 10:30
Avec
«Twehechtek»,
Sara Moullablad livre une chanson à la fois dépouillée et profondément habitée, où le manque amoureux se dit sans emphase, dans la retenue et la nuit. Disponible à partir du 6 février courant, ce titre inaugure un EP (Extended Play – une seule chanson) de trois chansons à venir, pensé comme un ensemble narratif et émotionnel cohérent, où la mémoire, l’absence et la déambulation urbaine s’entrelacent avec finesse.
Une chanson née du silence
«Twehechtek» («Tu m’as manqué») s’impose par la simplicité de son énoncé. Une phrase courte, frontale, presque nue, qui ne cherche ni à expliquer ni à réparer. Sara Moullablad y explore un état intérieur familier : celui qui surgit dans le calme nocturne, lorsque le monde se tait et que les souvenirs prennent le pas sur la raison.
Ici, le manque n’est ni spectaculaire ni tragique. Il est lucide, accepté, observé avec douceur. La chanteuse ne chante ni l’attente ni le retour, mais la persistance d’une présence intérieure. Le «Tu» auquel elle s’adresse reste volontairement ouvert : un amour passé, une relation révolue ou peut-être une part de soi qui continue de se souvenir malgré le mouvement de la vie.
Musicalement, la sobriété domine. La voix avance sans surjeu, portée par une écriture précise et une atmosphère nocturne qui laisse respirer les silences. Ce premier extrait donne le ton d’un projet global où chaque chanson viendra prolonger cette réflexion intime, comme autant de fragments d’un même paysage émotionnel.
Casablanca, décor et mémoire vivante
Réalisé par
Reda Lahmouid, le clip de «Twehechtek» prolonge la chanson sur le terrain visuel avec une proposition subtile et sensible. Loin de l’illustration littérale, il s’attache à traduire l’imperfection du souvenir : faux raccords, discontinuités de lieux, variations de temporalité. Autant de choix qui rappellent que la mémoire n’est jamais linéaire, mais fragmentée, mouvante, parfois incertaine. Au cœur de cette errance, Casablanca ou Darbeïda s’impose comme un personnage à part entière. Les rues, les lumières et les espaces traversés deviennent les dépositaires d’histoires vécues, d’absences et de réminiscences. Le réalisateur revendique un lien intime avec la ville, qu’il filme comme une matière sensible, chargée d’affects et de souvenirs imparfaits.
Une présence entre apparition et effacement
Face à Sara Moullablad,
Ayoub Gretaa incarne une figure masculine volontairement ambiguë. Présent, absent, peut-être même imaginaire, son personnage oscille entre réalité et projection mentale. Cette indétermination nourrit la tension émotionnelle du film et renforce le propos de la chanson : le souvenir amoureux n’est jamais totalement fiable.
Révélé au grand public par ses rôles dans «El Maktoub» et «Dem El Machrouk», Ayoub Gretaa apporte ici une présence intérieure et fragile, renforcée par son parcours récent au cinéma, notamment dans «La Mer au loin» de Saïd Hamich, qui l’inscrit cette année parmi les Révélations des César. Sa performance, tout en retenue, dialogue avec celle de la chanteuse dans une relation à l’écran construite avec soin et humanité. n