Nadia Ouiddar
30 Janvier 2026
À 15:50
Présentée dans le cadre de la
Foire d’art contemporain africain 1-54 Marrakech, l’exposition
«Shifting Lights» de
Meriem Nour investit
l’Atelier Hanout avec une proposition multimédia forte, à la croisée de l’image, du textile et de l’espace. Conçue comme un parcours sensoriel et critique, l’exposition questionne les mécanismes de représentation du corps féminin dans les sociétés arabes contemporaines et le rôle du vêtement dans la construction du regard social. L’ouverture au public est prévue le samedi 7 février prochain.
Créatrice et fondatrice de la maison Hanout, Meriem Nour signe avec «Shifting Lights» une exposition tridimensionnelle mêlant vidéo, photographie et installation. Plus qu’une présentation de formes ou de silhouettes, le projet s’inscrit dans une réflexion sur la manière dont le corps féminin est perçu, cadré, négocié, parfois fragmenté, dans l’espace public et symbolique.
Une exposition en trois actes
Pensée comme une exposition en trois temps,
«Shifting Lights» s’ouvre sur une œuvre filmique qui agit comme un seuil perceptif. Dépourvue de narration linéaire, la vidéo joue sur le mouvement, la lumière et la respiration du corps, installant une atmosphère de tension et de suspension. Elle prépare le regard du visiteur avant l’entrée dans l’espace d’exposition proprement dit.
Le parcours se prolonge, ensuite, par une série photographique accrochée sur un mur noir, volontairement radical. Les images explorent le flou, la fragmentation et la discontinuité du corps, traduisant la porosité entre identité intime et représentation publique. Le textile y occupe une place centrale : brut, souvent non teint, il devient matière narrative et support symbolique.
Pour cette partie photographique, Meriem Nour a collaboré avec la jeune photographe marocaine
Yasmine Hatimi, dont le travail se distingue par une approche poétique et nuancée de la culture marocaine contemporaine. À travers ses images, Hatimi déconstruit subtilement les stéréotypes et propose un regard alternatif face aux représentations figées et aux idées préconçues.
Le vêtement comme forme et comme discours
Au cœur de l’exposition, une installation rassemble six silhouettes féminines formant une cartographie d’états : la sensuelle, l’intellectuelle, la punk, la spirituelle, la poétique et la figure de pouvoir. Ces présences sont mises en regard d’une figure centrale, assise, blanche, volontairement dépourvue d’identité assignée. Loin d’un portrait psychologique, ces figures incarnent différentes manières d’habiter le corps et l’espace : se protéger, s’affirmer, résister ou disparaître.
Ces états prennent forme à partir d’une même pièce vestimentaire, signée Meriem Nour, un classique de la maison Hanout, déjà présent dans la série photographique. Déclinée et transformée, la pièce devient objet spatial et sculptural, faisant de l’installation une constellation de présences suspendues.
«"Shifting Lights” ne parle pas de montrer des vêtements, mais de révéler la manière dont le corps féminin est regardé, cadré et négocié dans les sociétés arabes contemporaines», explique Meriem Nour.
Atelier Hanout, un espace en devenir
Avec cette exposition, l’Atelier Hanout confirme sa vocation d’espace hybride, à la fois lieu de travail, de production et de diffusion artistique. Si la mode y reste en filigrane, l’étage du lieu se transforme ponctuellement en espace dédié à l’art et à l’artisanat. Après La Fatna, exposition inaugurale consacrée à l’artisane brodeuse La Fatna Maâroufi et à l’histoire de la mode marocaine à travers des archives photographiques, «Shifting Lights» marque une nouvelle étape dans la programmation du lieu.
L’exposition sera ouverte au public sur rendez-vous jusqu’au 31 mars 2026, offrant aux visiteurs un temps d’immersion et de réflexion autour du corps féminin, du vêtement et des regards qui les traversent.