S.Ba.
04 Mai 2026
À 11:27
À Rabat, dans le cadre du
SIEL 2026, la rencontre autour de
Hassan El Fad dépasse le simple exercice de célébration. Elle s’inscrit dans une démarche plus ambitieuse : faire dialoguer création artistique et recherche académique. L’artiste lui-même l’affirme d’emblée, évoquant un moment d’échange destiné à « mettre en lumière les points de convergence entre le travail artistique et le travail académique » .
Au cœur de cette initiative, deux ouvrages publiés sous la direction de chercheurs de l’
Université Cadi Ayyad de Marrakech. L’un, en arabe, intitulé Mémoire de la société sacrée, l’autre, en français, consacré au projet comique de l’artiste, mobilisent une pluralité de regards : psychologie, sociologie, analyse littéraire, linguistique ou encore sémiotique. Une approche transversale qui témoigne de la richesse d’un parcours artistique devenu matière scientifique.
Un humour au miroir de la société marocaine
Ce qui distingue Hassan El Fad, selon les intervenants, c’est sa capacité à saisir les subtilités de la société marocaine et à les restituer avec finesse. À travers ses personnages et ses situations, il aborde des thèmes sensibles — les relations hommes-femmes, le sacré, les dynamiques sociales — sans jamais heurter frontalement le public . Une prouesse dans un contexte où, comme le soulignent les chercheurs, « le public marocain n’est pas un public facile ».
Ses œuvres, souvent diffusées durant le mois de Ramadan, moment de forte audience et de charge symbolique, ont su fédérer un large public. Elles ont contribué à installer un humour accessible mais exigeant, capable de faire rire tout en invitant à la réflexion.
Le choix de consacrer des travaux académiques à Hassan El Fad n’est pas anodin. Il incarne, selon les universitaires, une rare synthèse entre élitisme et popularité. Son humour traverse les classes sociales, rassemble les sensibilités et donne à voir une identité marocaine plurielle mais unifiée autour de valeurs communes. Cette reconnaissance académique vient ainsi consacrer un artiste qui, au fil des années, a su transformer le rire en outil d’analyse sociale. Les ouvrages proposent d’ailleurs une lecture critique de son travail, fidèle à la mission des chercheurs : valoriser les réussites tout en questionnant les limites.
Au-delà de l’hommage, cette initiative ouvre un champ de réflexion inédit. Elle interroge le statut de l’humour comme objet scientifique et souligne l’importance de l’artiste dans la compréhension des dynamiques sociales contemporaines. En mettant à disposition ces deux livres, les auteurs laissent désormais au public le soin de prolonger le débat. Car, comme le rappellent les intervenants, c’est aussi dans la réception que se joue la portée d’une œuvre.