Économie

2,4 millions de Marocains au chômage ou en sous-emploi au troisième trimestre 2026 (HCP)

Evolution négative de la situation du marché du travail, avec une hausse simultanée du chômage et de la sous-utilisation de la main-d’œuvre au troisième trimestre 2026. Selon les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre a atteint 19,6%, en hausse de 0,7 point par rapport au trimestre précédent, tandis que le taux de chômage strict s’est établi à 10,5%, en progression de 0,9 point. Au total, 2,4 millions de personnes sont concernées par au moins une forme de sous-utilisation de la main-d’œuvre, dont 1,22 million de chômeurs au sens strict. Les jeunes et les femmes demeurent les catégories les plus touchées.

03 Novembre 2026 À 11:25

Le marché du travail a enregistré une hausse de la sous-utilisation de la main-d’œuvre et du chômage strict au troisième trimestre 2026. Selon la note d’information du Haut-Commissariat au Plan (HCP), établie à partir de l’Enquête sur la main-d’œuvre (EMO), le taux composite de sous-utilisation est passé de 18,9% au deuxième trimestre à 19,6% au troisième trimestre 2026, soit une augmentation de 0,7 point. Cet indicateur, qui mesure l’ensemble des besoins de travail non satisfaits, prend en compte trois situations : le chômage strict, la main-d’œuvre potentielle et le sous-emploi lié à la durée de travail. Au troisième trimestre, le nombre total de personnes concernées par ces trois formes de sous-utilisation a atteint 2,4 millions, soit 80.000 personnes supplémentaires par rapport au trimestre précédent. Parmi elles, 50,2% sont au chômage strict, 29,9% relèvent de la main-d’œuvre potentielle et 19,9% sont en situation de sous-emploi lié à la durée de travail.



La sous-utilisation de la main-d’œuvre demeure plus élevée dans les villes, où son taux atteint 21,3%, contre 16,7% en milieu rural. Toutefois, la dégradation trimestrielle a été plus marquée dans les campagnes. Le taux y est passé de 15,2% à 16,7%, soit une hausse de 1,5 point, contre une progression de 0,2 point en milieu urbain, de 21,0% à 21,3%. Les disparités sont également importantes selon le sexe. Chez les femmes, le taux composite de sous-utilisation a atteint 28,5%, contre 26,7% au deuxième trimestre, soit une hausse de 1,7 point sur la base des données non arrondies. Chez les hommes, il est passé de 16,6% à 17,0%, en progression de 0,4 point.

La situation des jeunes reste particulièrement marquée par l’insuffisance des possibilités d’emploi. Chez les 15-24 ans, le taux composite de sous-utilisation s’est établi à 44,5%, contre 41,7% un trimestre auparavant, soit une augmentation de 2,8 points. Les titulaires d’un diplôme intermédiaire ont également enregistré une hausse notable de 2,4 points, leur taux passant de 26,4% à 28,8%.

Le chômage strict augmente de 103.000 personnes

Parallèlement à cette évolution, le chômage strict a progressé au troisième trimestre 2026. Le nombre de personnes concernées a atteint 1,22 millions, soit 103.000 de plus qu’au deuxième trimestre. Cette augmentation se répartit entre 46.000 personnes supplémentaires en milieu urbain et 57.000 en milieu rural. Le taux de chômage strict s’est ainsi établi à 10,5% au niveau national, contre 9,5% au trimestre précédent, soit une hausse de 0,9 point calculée sur les données non arrondies. Le chômage strict concerne les personnes sans emploi contre revenu, qui recherchent activement un emploi contre revenu et sont disponibles pour en occuper un.

Sur l’ensemble des personnes au chômage strict, 76,4% résident en milieu urbain et 34,6% sont des femmes. Dans les villes, le taux de chômage strict est passé de 11,9% à 12,5%, en hausse de 0,6 point. En milieu rural, il a progressé de 1,5 point, passant de 5,4% à 6,9%. L’écart entre les hommes et les femmes demeure important. Le taux de chômage strict féminin a atteint 16,7%, contre 14,8% au deuxième trimestre, soit une hausse de 1,9 point. Chez les hommes, il s’est établi à 8,7%, contre 8,1% précédemment. Les jeunes de 15 à 24 ans constituent la catégorie d’âge la plus exposée, avec un taux de chômage strict de 30,5%, en augmentation de 3,3 points par rapport au trimestre précédent, où il s’établissait à 27,2%. Chez les 25-34 ans, le taux a progressé de 14,5% à 16,0%, soit une hausse de 1,6 point. Les évolutions sont moins marquées parmi les 35-44 ans et les personnes âgées de 45 ans et plus, avec des augmentations respectives de 0,2 et 0,1 point.

Le niveau de diplôme fait également apparaître des écarts. Le taux de chômage strict atteint 18,1% aussi bien chez les détenteurs d’un diplôme avancé que chez les titulaires d’un diplôme intermédiaire, contre 11,6% pour les personnes ayant un diplôme de base et 4,7% pour celles sans diplôme. Entre le deuxième et le troisième trimestre, le chômage strict a augmenté dans toutes les catégories de diplôme. Les progressions les plus importantes concernent les diplômés intermédiaires, avec une hausse de 2,1 points, de 16,0% à 18,1%, et les diplômés avancés, avec une augmentation de 1,4 point, de 16,7% à 18,1%.

Deux autres indicateurs confirment la hausse des besoins de travail non satisfaits

Outre le taux composite et le chômage strict, le HCP présente deux indicateurs complémentaires permettant d’apprécier les différentes formes de sous-utilisation de la main-d’œuvre. Le premier, qui combine le chômage strict et la main-d’œuvre potentielle, mesure la pression actuelle et latente sur le marché du travail. Il s’est établi à 15,7% au troisième trimestre 2026, contre 14,7% au trimestre précédent. Ce taux atteint 18,2% en milieu urbain et 11,3% en milieu rural. Il présente également un écart entre les femmes, avec 26,5%, et les hommes, avec 12,5%. Le deuxième indicateur, qui associe le chômage strict au sous-emploi lié à la durée de travail, mesure l’insuffisance totale ou partielle de temps de travail. Il est passé de 14,0% à 14,6% entre les deux trimestres. Il atteint 15,8% en milieu urbain, contre 12,5% en milieu rural. Selon le sexe, il s’établit à 19,0% chez les femmes et à 13,4% chez les hommes.

Casablanca-Settat au-dessus de la moyenne nationale en sous-utilisation de l’emploi

La situation du marché du travail présente des disparités régionales significatives, particulièrement en matière de sous-utilisation de la main-d’œuvre. Le taux composite le plus élevé est enregistré dans la région de Guelmim-Oued Noun, à 38,7%, suivie de l’Oriental (28,3%), de Laâyoune-Sakia El Hamra (27,4%), de Fès-Meknès (25,9%) et de Drâa-Tafilalet (23,6%). La région de Casablanca-Settat affiche également un taux supérieur à la moyenne nationale, à 20,1%, contre 19,6% à l’échelle du pays. À l’inverse, les niveaux les plus faibles sont observés à Dakhla-Oued Ed-Dahab (9,2%), Rabat-Salé-Kénitra (15,5%) et Béni Mellal-Khénifra (16,1%). L’écart entre Guelmim-Oued Noun et Dakhla-Oued Ed-Dahab atteint ainsi 29,5 points. Les disparités régionales se retrouvent également dans le chômage strict. Les taux les plus élevés concernent Guelmim-Oued Noun (17,2%), Drâa-Tafilalet (14,7%), l’Oriental (13,7%) et Casablanca-Settat (13,0%). Les taux les plus faibles sont relevés à Dakhla-Oued Ed-Dahab (4,6%), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (6,8%), Béni Mellal-Khénifra (7,6%) et Souss-Massa (8,5%).

L’emploi contre revenu recule de 173.000 postes

Cette augmentation de la sous-utilisation de la main-d’œuvre et du chômage strict intervient dans un contexte de recul du volume de l’emploi contre revenu. Au troisième trimestre 2026, le nombre de personnes occupant un emploi contre revenu s’est établi à 10,47 millions, en baisse nette de 173.000 personnes, soit 1,6%, par rapport au deuxième trimestre. Cette diminution a principalement concerné le milieu rural, avec une baisse nette de 148.000 emplois, contre 25.000 en milieu urbain. Le HCP précise que ces variations trimestrielles ne permettent pas, à elles seules, de conclure à une destruction structurelle d’emplois. Le taux d’emploi contre revenu a reculé de 38,2% à 37,4% au niveau national, soit une baisse de 0,8 point. Il est passé de 36,3% à 36,0% en milieu urbain et de 41,6% à 40,0% en milieu rural.

Selon le sexe, le taux d’emploi contre revenu a diminué de 61,1% à 59,9% chez les hommes et de 15,4% à 15,0% chez les femmes.

Les femmes représentent 20,2% de l’ensemble des personnes en emploi contre revenu, tandis que 62,6% des personnes occupées résident en milieu urbain.

Selon l’âge, les taux d’emploi contre revenu les plus élevés concernent les 35-44 ans (53,3%) et les 25-34 ans (47,5%), suivis des personnes de 45 ans et plus (36,8%). Chez les jeunes de 15-24 ans, ce taux atteint seulement 16,2%.

Par niveau de diplôme, il s’établit à 56,1% chez les détenteurs d’un diplôme avancé, 35,4% chez ceux ayant un diplôme intermédiaire et 35,5% chez les titulaires d’un diplôme de base ainsi que chez les personnes sans diplôme.

Sur le plan sectoriel, les services demeurent le premier pourvoyeur d’emplois contre revenu, avec 5.155.000 personnes, soit 49,2% du total. Ils sont suivis par l’agriculture, la sylviculture et la pêche, qui regroupent 2.425.000 personnes (23,2%), l’industrie avec 1.526.000 personnes (14,6%) et la construction avec 1.354.000 personnes (12,9%). En milieu urbain, les services concentrent 64,2% des personnes en emploi contre revenu, devant l’industrie (18,9%). En milieu rural, l’agriculture, la sylviculture et la pêche représentent 54,1% des emplois, suivies des services (24,1%).

Entre le deuxième et le troisième trimestre, l’industrie a enregistré une hausse nette de 69.000 emplois, soit 4,8%. À l’inverse, l’agriculture, la sylviculture et la pêche ont connu une baisse nette de 145.000 postes (-5,6%), les services de 96.000 postes (-1,8%) et la construction de 3.000 postes, soit environ 0,2% de ses effectifs.

Le taux de participation à la main-d’œuvre recule à 41,8%

Au troisième trimestre 2026, la main-d’œuvre, composée des personnes en emploi contre revenu et des personnes au chômage strict, s’est établie à 11,69 millions personnes, en diminution de 70.000 par rapport au deuxième trimestre. Près de 64,1% de cette population résident en milieu urbain. Les femmes représentent 21,7% de la main-d’œuvre, alors qu’elles constituent 70,6% de la population hors de la main-d’œuvre. Le taux de participation à la main-d’œuvre s’est établi à 41,8% au niveau national, contre 42,2% au trimestre précédent. Il atteint 41,1% en milieu urbain et 43,0% en milieu rural. La baisse trimestrielle est plus prononcée dans les campagnes, où le taux est passé de 44,0% à 43,0%, contre une quasi-stagnation en milieu urbain, de 41,2% à 41,1%.

Selon le sexe, le taux de participation atteint 65,6% chez les hommes, contre 18,1% chez les femmes. Il a diminué de 0,8 point chez les hommes, contre une stabilité chez les femmes. Les taux de participation les plus élevés sont observés chez les 25-34 ans et les 35-44 ans, à 56,6% chacun. Ils atteignent 38,1% chez les personnes de 45 ans et plus et 23,3% chez les jeunes de 15-24 ans. Entre les deux trimestres, le taux de participation des 35-44 ans a reculé de 57,7% à 56,6%, tandis que celui des 15-24 ans a augmenté de 22,9% à 23,3%. Selon le diplôme, le taux de participation s’établit à 68,5% chez les détenteurs d’un diplôme avancé, 43,3% chez les titulaires d’un diplôme intermédiaire, 40,2% chez ceux ayant un diplôme de base et 37,3% chez les personnes sans diplôme.

Au niveau régional, quatre régions enregistrent un taux de participation supérieur à la moyenne nationale : Dakhla-Oued Ed-Dahab (64,7%), Casablanca-Settat (47,0%), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (45,5%) et Marrakech-Safi (42,4%). Les taux les plus faibles sont observés dans les régions de Drâa-Tafilalet (30,2%), de l’Oriental (35,7%), de Souss-Massa (37,5%) et de Guelmim-Oued Noun (38,6%). L’écart entre Dakhla-Oued Ed-Dahab et Drâa-Tafilalet atteint ainsi 34,5 points.
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