LE MATIN
12 Mars 2026
À 12:29
Les
pluies abondantes qui ont touché plusieurs régions du Maroc ces dernières semaines ont eu des conséquences contrastées pour la
filière agrumicole. Dans certaines zones du nord du pays, notamment le
Gharb et le
Loukkos, les précipitations se sont rapidement transformées en excès d’eau, provoquant des inondations et des pertes significatives de fruits et d’arbres. Selon
Tariq Kabbage, président de Station Kabbage Souss, certaines exploitations sont restées submergées pendant une longue période, entraînant des dégâts importants. « La situation est très difficile dans ces régions, où les pertes de fruits et d’arbres sont considérables », explique-t-il. La fédération interprofessionnelle des agrumes avait déjà alerté, dès la mi-février, sur les risques liés à ces intempéries. Selon l’organisation, près d’un tiers des plantations pourraient être menacées d’asphyxie racinaire en raison de la stagnation prolongée de l’eau dans les vergers.
Un impact immédiat sur la production
Les pertes enregistrées devraient se répercuter principalement sur le marché local. Les agrumes produits dans ces régions sont en effet majoritairement destinés à la consommation nationale. La baisse de la production pourrait également affecter les revenus des producteurs et réduire les volumes disponibles à l’export. Toutefois, les oranges marocaines représentent aujourd’hui une part relativement limitée des exportations d’agrumes, un recul lié notamment aux difficultés économiques rencontrées par la filière ces dernières années. Les conditions météorologiques ont également perturbé la logistique du secteur. Les intempéries ont ralenti l’activité portuaire durant les mois de janvier et février, compliquant les opérations d’exportation.
Dans d’autres régions, comme le Souss, les pluies n’ont pas non plus eu l’effet attendu sur la campagne agrumicole. Les précipitations sont intervenues à un moment où les fruits avaient déjà atteint leur maturité, limitant leur impact positif sur la production.
Des effets positifs attendus à plus long terme
Si les pluies pourraient contribuer à améliorer les ressources hydriques, leur impact sur la filière agrumicole ne devrait se manifester qu’à moyen ou long terme. Selon Tariq Kabbage, l’état des nappes phréatiques reste fragile après plusieurs années de sécheresse. Dans de nombreuses zones, les sols ont été trop appauvris pour absorber efficacement les précipitations récentes. Par ailleurs, l’arrachage de vergers s’est accéléré ces dernières années pour faire face à la raréfaction de l’eau, et la replantation nécessite du temps. Le ralentissement actuel des commandes de plants illustre les difficultés rencontrées par les producteurs, certains exploitants des régions sinistrées n’étant pas en mesure d’honorer leurs engagements.
Plus largement, la filière agrumicole traverse une phase délicate marquée par des problèmes de rendement et de rentabilité. Contrairement à certaines cultures agricoles dont les volumes réagissent rapidement aux conditions climatiques, les agrumes nécessitent plusieurs années pour que les effets des précipitations se traduisent par une amélioration de la production. Dans ce contexte, les professionnels du secteur restent prudents. Les pluies récentes constituent une évolution positive pour les ressources en eau, mais elles ne suffiront pas, à elles seules, à relancer rapidement la filière agrumicole marocaine.