Rochdi Mokhliss
27 Mars 2026
À 15:38
La trajectoire d’expansion du groupe
Akdital à l’international s’accompagne d’objectifs financiers précis, avec un EBITDA projeté à 1,19 milliard de dirhams et un résultat net de 503 millions de dirhams. Le programme d’investissement international, estimé à 3,5 milliards de dirhams, repose sur un montage diversifié : 1,5 milliard de dirhams déjà sécurisés via une émission obligataire, 1 milliard provenant de fonds d’investissement internationaux et 1 milliard sous forme de dette bancaire à lever sur les marchés internationaux à partir de 2027. Le groupe entend conserver au minimum 70% du capital de sa filiale dédiée à l’international, tout en s’appuyant sur une combinaison d’actifs générateurs de rendement et de projets greenfield à fort potentiel pour optimiser sa valorisation et ses conditions de financement.
Dans cette dynamique, Akdital privilégie un levier financier maîtrisé, avec un ratio loan-to-asset (LTA) de 30, afin de préserver des fondamentaux solides dans un environnement international jugé plus contraignant en matière de bancabilité durant les premières années. À horizon 2030, l’endettement international devrait représenter 18% des capitaux propres, traduisant une volonté de maintenir une structure financière prudente.
Le choix de l’international répond à plusieurs leviers stratégiques. Dans les
pays du Golfe, notamment en
Arabie saoudite et aux
Émirats arabes unis, le groupe cible un marché en forte croissance, encore sous-équipé sur le segment moyen à haut de gamme. Le modèle « asset light », déjà éprouvé au Maroc, permet d’optimiser le retour sur investissement, notamment grâce à la cession des actifs immobiliers à des foncières partenaires. Malgré un coût d’équipement médical supérieur d’environ 15 à celui observé au Maroc, la rentabilité y est jugée plus attractive. Par ailleurs, une part significative de la population assurée, notamment aux Émirats, reste insuffisamment servie, avec 46 des assurés de catégorie intermédiaire contraints de recourir à des établissements haut de gamme à leurs frais. L’expansion dans le Golfe s’inscrit également dans une logique de transfert de compétences, dans un contexte où la densité médicale dépasse trois médecins pour 1 000 habitants et où la digitalisation du secteur est avancée. Elle ouvre également la voie à un rapatriement de devises vers le Maroc, via les dividendes et les remboursements de comptes courants. En Arabie saoudite, le groupe bénéficie en outre d’une croissance démographique annuelle estimée à 4,6 et d’un taux de couverture assurantielle compris entre 80% et 95%.
En
Tunisie, Akdital met en avant des conditions économiques favorables, avec des tarifs inférieurs de 30 à ceux pratiqués au Maroc, tout en affichant des marges supérieures, avec un EBITDA de 32% contre 28% au Maroc, et une marge nette de 14 contre 10. Le pays est également perçu comme un hub régional stratégique, susceptible d’attirer une patientèle subsaharienne et maghrébine grâce à sa position géographique et à l’absence de contraintes de visa.
La feuille de route opérationnelle prévoit un déploiement progressif à partir du deuxième trimestre 2026, avec notamment le lancement de l’
Akdital Olaya Hospital (225 lits) et du projet de La
Mecque (Bishri Hospital, 120 lits). Plusieurs projets sont déjà engagés ou en phase de protocole d’accord, dont la Clinique Taoufik (164 lits), la Clinique Hannibal (230 lits), la Clinique Ezzahra (50 lits) et la Clinique Soukra (130 lits). D’autres développements sont programmés à partir de 2027, notamment à Djeddah (150 lits), à Dubaï (DIP, 180 lits) et Ras Al Khaimah (100 lits), avant de s’étendre à de nouveaux sites comme Mougharrazat (152 lits) et Dubaï Furjan (95 lits) à l’horizon 2029.
Parallèlement, le groupe poursuit son expansion au niveau national, visant 59 établissements à fin 2028 contre 41 en 2025, avec une capacité portée à 6.000 lits (contre 4.505) et une présence dans 29 villes, contre 24 actuellement. Cette croissance s’est déjà traduite en 2025 par une performance solide, avec un chiffre d’affaires consolidé de 4,413 milliards de dirhams, en progression de 49 par rapport à 2024, et une prise en charge de 566.077 patients (+60), dont 62 en dehors de l’axe Casablanca-Rabat.
Sur le plan financier, l’EBITDA a atteint 1,214 milliard de dirhams en 2025 (+45), pour une marge de 27,5, légèrement en retrait sous l’effet de la montée en charge des nouvelles structures. Le résultat net s’est établi à 494 millions de dirhams (+42), avec une marge nette de 11,2, tandis que le résultat net part du groupe a atteint 444 millions de dirhams. L’endettement net consolidé s’élève à 4,268 milliards de dirhams, contre 1,753 milliard un an auparavant, intégrant notamment une émission obligataire de 1,2 milliard destinée à soutenir l’expansion internationale.
Enfin, le PDG Rochdi Talib a tenu à clarifier la part de l’
AMO Tadamone dans les revenus du groupe, réfutant les estimations évoquant une contribution de 30% à 40%. Selon les données communiquées, cette part s’élève à 640 millions de dirhams sur un chiffre d’affaires global de 4,4 milliards, soit environ 7,11%. Rapportée à une facturation globale de 5,5 milliards de dirhams incluant les honoraires médicaux, cette contribution demeure marginale, confirmant que la croissance du groupe repose principalement sur les assurances maladie classiques et le développement de son activité.