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Vendredi 29 Mai 2026
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Le « Moroccan Dream » face au défi du management et de l’intelligence artificielle

Aux International Research Days 2026 organisés par EDGE Business School à Casablanca, universitaires, entrepreneurs et experts ont interrogé une question devenue centrale : comment transformer le « Moroccan Dream » en capacité durable de développement ? Entre souveraineté cognitive, intelligence artificielle, transition économique et entrepreneuriat, les intervenants ont plaidé pour une nouvelle génération de managers capables d’anticiper les ruptures du monde contemporain.

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Le « Moroccan Dream » ne peut plus se limiter à un slogan ou à une ambition projetée vers 2030. C’est le constat qui a traversé les débats des International Research Days 2026 organisés par EDGE Business School au Sofitel Casablanca. Animé par Dr Safae Mzara, le panel consacré à cette thématique a posé une question de fond : comment transformer le moment marocain en véritable capacité économique, technologique et managériale ?

Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, les recompositions industrielles et l’accélération fulgurante de l’intelligence artificielle, les intervenants ont insisté sur la nécessité pour le Maroc de dépasser le simple récit de l’émergence pour construire une véritable architecture de résilience, d’innovation et de souveraineté.

Le professeur Khalid Herradi, enseignant à la FSJES Aïn Sebaâ et à EDGE Business School, a replacé le débat dans une réalité économique mondiale traversée par les tensions inflationnistes, les perturbations logistiques et les nouvelles exigences climatiques. Selon lui, le monde est passé d’une logique de réduction des coûts à une logique de sécurisation des chaînes de valeur, où la résilience devient aussi importante que la compétitivité.

Dans cette nouvelle configuration, le Maroc pourrait tirer profit de sa position géographique, de ses infrastructures portuaires et de son ancrage euro-africain. Les perturbations du commerce international et les tensions en mer Rouge redonnent notamment de la valeur aux hubs logistiques stables comme Tanger Med ou les futurs corridors atlantiques du Royaume. Mais les intervenants ont également rappelé les fragilités structurelles auxquelles le pays reste confronté : stress hydrique, dépendance agricole aux conditions climatiques, chômage des jeunes ou encore montée des attentes de la génération Z. Pour Khalid Herradi, le management de demain devra précisément arbitrer entre performance immédiate et durabilité.

L’intervention de Dr Mohamed Lemine Hamady, directeur de l’enseignement supérieur en Mauritanie, a donné au débat une portée africaine et culturelle. Au-delà des outils technologiques, il a alerté sur la manière dont l’intelligence artificielle et les plateformes numériques reconfigurent silencieusement les imaginaires, les langues et les références culturelles des jeunes générations. Selon lui, la souveraineté ne peut plus être pensée uniquement en termes d’infrastructures ou d’économie. Elle concerne désormais la capacité des sociétés à produire leurs propres contenus, leurs corpus, leurs données et leurs cadres d’interprétation dans l’univers numérique dominé par les grandes plateformes mondiales.

Dans cette perspective, les sciences humaines et sociales retrouvent une place stratégique. Pour les participants, la transition vers l’ère de l’IA ne pourra être pleinement réussie sans une réflexion sur les valeurs, les identités et les modèles culturels que les sociétés souhaitent préserver ou construire.

Kamal El Alami, directeur général adjoint du Groupe Le Matin, journaliste et auteur, a pour sa part insisté sur le « momentum » que traverse actuellement le Maroc. Entre les grands projets d’infrastructures, les ambitions liées à 2030, le retour des Marocains du monde et l’attractivité croissante du Royaume, le pays vit selon lui une phase rare de convergence entre opportunités économiques et projection internationale. Mais ce momentum pourrait rester superficiel s’il ne se traduit pas par une capacité réelle d’exécution et d’anticipation. Kamal El Alami a notamment souligné l’impact grandissant de l’intelligence artificielle sur les métiers et les organisations, évoquant le passage des « dark factories » aux « dark offices », où des agents intelligents automatisent déjà des tâches cognitives et administratives. Selon lui, le manager de demain devra devenir un véritable « architecte IA », capable non seulement d’utiliser des outils technologiques, mais aussi de concevoir des systèmes mêlant données, agents intelligents, validation et stratégie d’entreprise. Il a également défendu une nouvelle définition de l’agilité : non plus simplement s’adapter au changement, mais anticiper les ruptures avant qu’elles ne deviennent des retards.

L’entrepreneuriat comme preuve concrète du rêve marocain

Le volet entrepreneurial du débat a été porté par Mehdi Alaoui, fondateur de LaStartupStation, qui a illustré l’évolution de l’écosystème technologique marocain à travers son propre parcours. Après avoir renoncé à des opportunités professionnelles dans la Silicon Valley, il a choisi de revenir au Maroc pour participer à la construction d’un environnement favorable aux start-up et à l’innovation. Depuis 2015, a-t-il expliqué, le paysage entrepreneurial marocain a profondément changé. Les incubateurs, programmes d’accélération, initiatives d’open innovation et dispositifs de financement ont permis l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs capables de créer, exporter et lever des fonds à l’international. Pour les participants, cette dynamique montre que le « Moroccan Dream » devient crédible lorsqu’il se traduit par des trajectoires concrètes et des opportunités accessibles aux jeunes talents, y compris en dehors des grands centres urbains. Au final, le panel a dessiné une vision exigeante du développement : un Maroc capable de relier infrastructures, intelligence collective, innovation, entrepreneuriat et souveraineté culturelle. Car, au-delà des ambitions affichées, les intervenants ont insisté sur une idée centrale : un pays commence réellement à se transformer lorsque son rêve cesse de le rassurer pour l’obliger à agir.
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